Cyclisme rétro : 2006, la prise de pouvoir de l'Espagne

La saison 2006 marque un tournant au 21 siècle. Celle de la prise de pouvoir de l'Espagne, à travers notamment Alejandro Valverde, numéro 1 mondial à 25 ans. Les prémices d'une domination qui va durer une décennie. 2006, c'est aussi le début de la lutte entre Tom Boonen et Fabian Cancellara. Rétrospective d'une année capitale.

En 2006, Frank Schleck était le meilleur des frères Schleck, Paris-Tours était encore au calendrier "World Tour" (Pro Tour à l'époque), Pro Cycling Manager sortait son meilleur jeu et Thomas Dekker était vu comme le crack de demain, après son triomphe sur le Tirreno - Adriatico. Il y avait même un maillot de leader du classement UCI Pro Tour, de couleur blanche. Cela semble peut-être loin pour certains, mais cette année fut charnière. 16 ans après, certains noms de vainqueurs de grandes courses cette année-là vous seront très familiers.


Le fait marquant : le début de l'ère espagnole


Numéro un mondial à la fin de saison, l'éclosion de Valverde n'est pas neutre dans la prise de pouvoir de l'Espagne au niveau des nations, après une période dominée par la Belgique et l'Italie, voire les USA de Lance Armstrong, Hincapie ou Hamilton. C'est la première fois dans l'histoire qu'un Espagnol termine 1er mondial. Même Indurain n'y était pas parvenu (2e au mieux). Cependant, il est loin d'être le seul a avoir contribué à cette prise de pouvoir. 8 des 25 grandes courses du calendrier ont été remportées par un Espagnol, soit plus de 30 %. Parmi elles, le doublé Ardennais par El Imbatido, le Tour de France par Pereiro, le Tour de Catalogne par David Canada ou encore le Tour du Pays-Basque par Gomez Marchante, mais aussi le GP de Zurich par Samuel Sanchez, la Vattenfall Cyclassics avec Freire et la Classica San Sebastian grâce à Xavier Florencio. Une belle et longue liste sur des courses de prestige. C'est surtout la première fois qu'un Espagnol marquait son nom au palmarès de la Doyenne (Valverde est d'ailleurs toujours le seul 16 ans après) mais aussi le premier Tour de France depuis Miguel Indurain. Le début d'une hégémonie de victoires sur les grandes courses.


On remarque que les victoires sont aussi bien sur les courses à étapes que sur les courses d'un jour. Une diversité qui fait la force de l'Espagne cette année là. Ce sont aussi deux Espagnols qui finissent 1er et 2e du classement UCI Pro Tour : Alejandro Valverde et Samuel Sanchez, validant ainsi la domination annuelle. Durant cette période, quatre équipes ibériques étaient encore en World Tour et marquaient l'importance de la nation dans le peloton : Caisse d'Epargne, Saunier Duval, Liberty Seguros - Team Würth et Euskaltel Euskadi. En 2022, seule Movistar est encore dans l'élite et a résisté à l'usure du temps.


Le duel Boonen - Cancellara est lancé


2006, c'est aussi le premier Monument de Fabian Cancellara sur l'Enfer du Nord. Une semaine plus tôt, Tom Boonen remportait déjà son deuxième Tour des Flandres. Les deux hommes, qui lutteront ensuite durant près de 10 ans sur les pavés, débutent donc leur domination. A noter que cette année-là, Spartacus devient champion du monde du contre-la-montre pour la première fois, un an après le titre de Tom Boonen, sur route.


Tom Boonen réussit en 2006 une splendide année puisqu'il remporte 21 victoires, son record en carrière sur une seule saison. Une époque où il était vu comme l'un, si ce n'est LE meilleur sprinteur. Son évolution définira une réalité différente.


Les Grands Tours : Une saison étrange


Vous n'êtes pas sans connaître le scénario dramatique du Tour de France 2006. Si Oscar Pereiro finit par être couronné vainqueur, c'était pourtant Floyd Landis qui montait sur la première marche du podium, succédant à son compatriote Lance Armstrong. Déclassé pour dopage, tout comme son prédécesseur, c'est un nouveau coup de massue pour la réputation de la Grande Boucle. Pereiro, lui, doit finalement sa victoire à une échappée fleuve de plus de 29 minutes, qui lui a permis de se maintenir en haut du classement. Andreas Klöden termine 2e devant Carlos Sastre. Pereiro n'était même pas le leader de sa formation mais l'abandon de Valverde - tragique pour lui tant le tapis rouge semblait se dérouler sous ses pieds - lui a offert une opportunité. Un coup de maître encore plus beau que Thomas Voeckler en 2011.

GC : Pereiro - Maillot vert : McEwen - Maillot à pois : Rasmussen


Sur le Giro, il n'y a pas eu photo. Ivan Basso a dominé la course de la tête et des épaules, avec plus de neuf minutes d'avance sur son Dauphin José Enrique Gutierrez (Phonak) et Gilberto Simoni. Ivan le terrible a remporté les trois grandes arrivées au sommet, s'offrant donc trois étapes en plus du maillot rose.

GC : Basso - Maillot vert : Bettini - Maillot à pois : Garate


Enfin, sur la Vuelta, la course a offert une magnifique lutte entre Alejandro Valverde et Alexandre Vinokourov, qui a tourné en la faveur du coureur kazakhstanais. Une victoire méritée puisqu'il aura remporté lui aussi trois étapes. Valverde, maillot Or durant 8 étapes après sa démonstration à Ponferrada, n'aura rien pu faire face au duo Vinokourov / Kashechkin, qui s'offrait le doublé sur la 18e étape, confirmant dans le même temps sa victoire au général.

GC : Vinokourov - Maillot vert : Hushovd - Maillot à pois : Martinez


Palmarès 2006 :


Nous n'oublierons pas que 2006 marque aussi la première grande victoire d'un certain Vincenzo Nibali, la plus belle victoire de Filippo Pozzato sur la Primavera, que beaucoup imaginait finir avec un bien plus grand palmarès, ou encore de la victoire de Samuel Sanchez pour la dernière édition du championnat de Zurich, qui disparu l'année suivante.


* Hushovd sur Gent-Wevelgem


Coureur de l'année : Valverde

Grimpeur de l'année : Basso

Sprinteur de l'année : McEwen

Puncheur de l'année : Valverde

Flandrien de l'année : Boonen

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