Bora-Hansgrohe, German way of life

Pour sa 12e saison dans le peloton, la Bora-Hansgrohe fait partie des 6 meilleures équipes World Tour. En alliant un ancrage national fort et des partenariats innovants, elle est une vraie référence outre-Rhin.

A l’instar du football, où le projet de Super League sonne le glas de l’idée d’un sport équitable, on observe en cyclisme un phénomène moindre mais similaire. La corrélation positive entre le budget et les résultats des équipes World Tour semble évident. En suivant cette analyse, on observe qu’un Big Six se détache : Ineos, Jumbo-Visma, UAE, Deceuninck, Bahrain et Bora-Hansgrohe sortent du lot. Mais contrairement aux cinq autres membres de ce cercle privilégié, la Bora-Hansgrohe a construit son statut d’une manière différente. Loin des millions injectés par d’énormes sponsors comme chez Ineos, des soutiens étatiques aux objectifs géopolitiques évidents (UAE ou Bahrain), la formation allemande a su s’adapter aux évolutions du cyclisme moderne tout en conservant une forte identité locale et germanophone.


Contrairement à sa consœur DSM, rattachée historiquement aux Pays-Bas (l’équipe est devenue allemande en 2015 après 8 années sous pavillon néerlandais, ndlr), Bora-Hansgrohe se veut la référence Outre-Rhin, tout en attirant l’attention d’une autre nation cycliste germanophone, l’Autriche. En tout, 34 coureurs allemands et 8 coureurs autrichiens ont porté les couleurs de la structure créée en 2010 et basée à Niederndorf, à 200km au sud de Munich et à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche. Au-delà de sa localisation, à la fois stratégique et marquant un fort ancrage identitaire, l’histoire et le développement du collectif noir-blanc-vert ont tout du story-telling parfait. De la petite structure familiale et locale, elle est devenue une véritable multinationale, en franchissant les paliers un par un.


Une identité locale forte


Créée en 2010 sous l’appellation Team NetApp, l’équipe doit son lancement à Ralph Denk, ancien cycliste au palmarès surtout régional et véritable entrepreneur dans l’univers vélo. D’abord continentale, NetApp devient continentale pro dès 2011 et participe à des épreuves WT comme Paris-Roubaix ou le Tour de Suisse. Le développement est progressif et prend un vrai tournant en 2015 avec l’arrivée de l’entreprise Bora. Fondée en 2006 par Willi Bruckbauer, Bora est une firme familiale de système d’aspiration sur table de cuisson. La start-up grandit et compte plus de 50 salariés avec une présence dans 30 pays en 2015. Avec un chiffre d’affaires d’une dizaine de millions d’euros, Bora est un exemple parmi tant d’autres d’entreprises familiales allemandes devenues des références dans leur secteur. Et son mariage en 2017 avec la multinationale Hansgrohe, un des leaders mondiaux de la robinetterie sanitaire (1,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020), coule de source. A elles deux, les firmes allemandes permettent à la nouvelle Bora-Hansgrohe de devenir une équipe World Tour dès 2017. Avec 18 M€ de budget en 2021, elle possède la 6e force de frappe du peloton professionnel. Certes loin des 50 M d’INEOS Grenadier, mais suffisant pour compter quelques stars dans ses rangs.


Avec le départ de son fer de lance Peter Sagan, la Bora a effectué une grosse revue d’effectif à l’hiver 2021, consciente qu’elle est à un nouveau tournant de son histoire. Alexandr Vlasov, Sergio Higuita, Jai Hindley et Sam Bennett sont venus renforcer un effectif capable de briller dans tous les domaines, et en pleine internationalisation (14 nationalités différentes en 2022). En témoigne le partenariat conclu avec le Team Auto Eder, devenue officiellement l’équipe U19 de Bora-Hansgrohe. Basé en Bavière, le Team ne recrutait jusque-là que des Bavarois. Mais face à un cyclisme mondialisé, la stratégie de scouting a été adaptée. « Dès 2021, nous allons ouvrir notre concept à l’ensemble de l’Allemagne et à ses pays voisins, expliquait, fin 2020, Ralph Denk. Avec un réseau de talents plus grand, nous voulons créer plus de synergies avec l’équipe pro et améliorer le niveau de performance ». Une ouverture qui a permis au Team Auto Eder et Bora de recruter la pépite belge Cian Uijtdebroeks, qui intègre l’effectif pro en 2022.


Une formation innovante


Pour autant, pas question de renier l’identité et les racines de l’équipe. En 2022, 8 Allemands et 5 Autrichiens figurent dans l’effectif. Malgré le départ de Pascal Ackermann, en chute libre depuis 1 an, l’équipe de Ralph Denk rassemble toujours les meilleurs talents allemands, à l’image du mastodonte T-Mobile quelques décennies en arrière. Avec Maximilian Schachmann, double vainqueur de Paris-Nice, Emanuel Buchmann, 4e du Tour 2019 et meilleure chance germanique sur les Grands Tours, ou encore Nils Politt, 2e de Paris-Roubaix en 2019, et Lennard Kämna, la Bora-Hansgrohe est Schwarz-rot-gold. Et elle parvient à innover pour accrocher le wagon des plus grosses cylindrées. Le dernier exemple en date est le recrutement d’Anton Palzer en janvier 2021. Tel un certain Primoz Roglic, l’Allemand est un ancien skieur spécialisé en ski-alpinisme. Détenteur du globe de cristal de la spécialité en 2018 (équivalent du titre de numéro 1 mondial UCI), il est sponsorisé par la firme autrichienne Red Bull, avide en sport extrêmes. Un recrutement plus marketing et économique que sportif au vu de ses premiers résultats : avec ses plus de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, la marque au taureau a investi par la même occasion dans la structure de Ralph Denk. Si le montant reste inconnu, ce sponsoring donnera peut-être des ailes à une équipe qui ne manque pas d’ambition.

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