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Paul Seixas : que peut-il aller chercher sur les courses à étape et classiques World Tour?

Partons d’un fait. D’un constat. Paul Seixas était largement supérieur aux autres sur le Tour du Pays Basque avec 3 étapes et tous les classements annexes. Une razzia. Avec son physique élancé prêt à enflammer le cyclisme mondial, Paul Seixas a ravivé la flamme d’un cyclisme français en quête désespérée de son nouveau coureur de Grand Tour. Le coureur de la Decathlon CMA CGMA a (enfin !) effacé Christophe Moreau des tablettes. Alors, en assumant totalement et en cédant à la passion, nous avons fait un tour d’horizon de ce que peut aller chercher Paul Seixas au cours de sa carrière sur les courses à étape et classiques World Tour pour la France ?


Paul Seixas : que peut-il aller chercher sur les courses à étape et classiques World Tour?


Paul Seixas et les courses par étapes World Tour.

Tour Down Under, men at work.


Désormais course d’ouverture du calendrier WT, le Tour Down Under a évolué, tant par son rang que par son profil général. D’une course pouvant se jouer aux bonifications à une course dessinée pour les puncheurs, la tonalité générale permet d’entrevoir de plus grandes possibilités de victoire d’un Français, même si l’épreuve reste globalement chasse gardée des Australiens et Néo-Zélandais, avec un ratio de victoires qui nous ravirait si on l’appliquait au Tour de France.

Même si les priorités se situent plutôt en Europe actuellement, la destination exotique n’est pas à exclure pour le clan Decathlon-CMA CGM s’il souhaite asseoir un statut de top équipe WT, si ce n’est la meilleure.


UAE Tour, l’excuse de la jeunesse.


Course relativement récente et au prestige fort discutable, l’UAE Tour n’en reste pas moins une des courses World Tour. Elle prend de l’ampleur, petit à petit, année après année. À ce jour, aucun vainqueur chez les tricolores. David Gaudu, alors espoir et lieutenant de Pinot, terminait 3e de la première édition en 2019.


Paris-Nice, un rayon de soleil


En 1997, Laurent Jalabert remportait pour la troisième fois consécutive la Course au Soleil. Il finit même cette année-là par remporter le maillot arc-en-ciel du contre-la-montre, cela ne s’invente pas. Et depuis… On y a cru, quelques fois. Mais c’est surtout en 2023 que la Course au Soleil a failli illuminer nos visages. David Gaudu, encore lui, 2e, était alors au top de ses capacités. Avec seulement 12 secondes de retard à la veille de la dernière étape, tout était possible. Il finit second à 53 secondes.


Tirreno, la page vierge


L’analyse est bien plus simple. Jamais un Français n’a gagné Tirreno. Voilà, c’est tout. Ni même une deuxième place d’ailleurs. Il faut chercher du côté des troisièmes places pour retrouver les noms de Mottet, Delion et, plus récemment, Pinot en 2017 (+36 s), pour voir apparaître le drapeau tricolore. Ici donc, il s’agirait non pas de rayer un nom des tablettes, mais d’écrire celui d’un Français pour la première fois. D’autant plus notable.


pinot tirrenno
Pinot, troisième lors de l'édition 2017.

Tour de Catalogne, si près, si loin


Cet épisode a bien failli ne jamais être. Car si Seixas a remporté le Tour du Pays basque avec une autorité folle, Lenny Martinez a bien failli lui piquer la vedette. En Catalogne, quelques jours plus tôt, le grimpeur de Bahrain Victorious a terminé deuxième après une semaine aux conditions difficiles. Hélas, pas de victoire.


Tour de Romandie, du déjà-vu


Dernier vainqueur : Jalabert. Dernier coureur à s’être le plus rapproché de la victoire : Lenny Martinez, 2e. Une sorte de routine qui, au final, renforce le sentiment de libération causé par la victoire de Seixas. Thibaut Pinot lui aussi a bien failli l’emporter, deuxième, c’était en 2016.


Dauphiné, Moreau tient toujours


C’est la victoire qui faisait date. Celle martelée par Christophe Moreau à qui voulait l’entendre et le lire sur les réseaux sociaux. C’était en 2007, Paul Seixas ne savait pas encore marcher. Si, par le passé, gagner le Dauphiné pouvait signifier qu’on était en forme trop tôt pour le Tour, ce n’est plus d’actualité. Libre au jeune coureur de Decathlon-CMA CGM de rayer Moreau de la carte une bonne fois pour toutes.


moreau dauphiné
Moreau, vainqueur du Dauphiné, soulevant son trophée.

Tour de Suisse, tour de force


Après une première étape dantesque en 2025, on a bien cru que Kévin Vauquelin serait l’élu. Leader au matin de la dernière étape, il doit céder lors du chrono final face à João Almeida, simplement plus fort. Car si Vauquelin perd le maillot, il garde la tête haute en finissant malgré tout 4e du contre-la-montre.

Côté palmarès, il faut remonter à Christophe Agnolutto en 1997, soit en l’an 9 avant Seixas.


Tour de Pologne, sponso FFL


Situé en seconde partie de saison, le Tour de Pologne ne bénéficie pas forcément de la même aura que tous les précédents cités. Mais une chose demeure : un titre est un titre. De plus en plus de coureurs l’ont compris et le palmarès de l’épreuve s’étoffe chaque année. Sagan, Kwiatkowski, Evenepoel, Almeida, Vingegaard, McNulty et… Sivakov !

Mais alors, pourquoi ? Pourquoi dire que le record de Moreau tient toujours ? C’est la subtilité, le coup de trafalgar fait au destin, le genre d’anecdote dont la FFL se délecte. Lors de sa victoire en 2019, Pavel Sivakov ne roulait pas encore sous pavillon français, mais pour la Russie. Raté.


sivakov pologne
Sivakov sous pavillon russe...

Renewi, pas de renouveau


C’est sans doute celle qui résistera le plus longtemps. Face à une culture française ancrée puncheur/grimpeur, le profil du Renewi paraît bien inaccessible. Par deux fois, Sylvain Chavanel a terminé deuxième et, en l’état actuel des choses, Paul Seixas ne devrait pas s’y rendre. Ou alors, il aura tout gagné, plusieurs fois, et voudra s’assurer d’un palmarès absolu sur l’ensemble de sa carrière. Mais après tout, si c’est la seule course par étapes qui résiste au clan tricolore dans les années à venir, et que, par définition, toutes les autres sont tombées, on ne fera pas la fine bouche !


Guangxi, dans l’indifférence


Avec un palmarès d’un moindre charisme, présent depuis 2017 et amputé de nombreuses éditions à cause du COVID, on avait failli l’oublier. Toujours est-il que ça compte, et que Victor Lafay, comme Rémy Rochas, ont bien failli devenir les nouveaux « derniers vainqueurs » d’une course par étapes WT pour les Français.




Paul Seixas et les classiques WT

Toujours juste auréolé de sa première victoire en classique World Tour, Paul Seixas affirme sa polyvalence. Le désormais vainqueur de la Flèche wallonne peut ambitionner de remporter d'autres classiques de renom et, ici encore, écraser quelques noms des tablettes.

Commençons par un fait simple. Nous n'aborderons pas ces classiques qui sont chasse gardée des sprinteurs, comme la Cyclassics d'Hambourg, par exemple. Attardons-nous sur ces courses d'un jour à la portée du jeune espoir de 19 ans, dans un esprit de conquête proche de celui de castes de coureurs dominateurs.


Milan-San Remo, la donne change


Avec l'arrivée de Pogacar sur la Classicissima, le scénario de Milan-San Remo n'est plus le même. La bagarre est plus intense, de plus loin, et ne se cantonne plus à un affrontement de ténors dans le Poggio. Et cela ouvre la course pour Paul Seixas ! Si son talent au sprint reste à définir (il a la fâcheuse tendance à arriver en solitaire), sa capacité à l'emporter n'est pas à exclure. Cela dépendra alors des priorités données à sa carrière. Si tout s'aligne, il fera aussi bien que Julian Alaphilippe en 2019.


Ronde et Roubaix, un pavé dans la mare


Allons droit au but. Si tel scénario venait à arriver, Paul Seixas viendrait sur les pavés seulement sur les Monuments, à l'image de Pogacar ou même Evenepoel. Tant pis pour l'E3 ou Gand-Wevelgem, il y a déjà fort à faire avec les deux précédemment cités. Côté Ronde, il faut remonter à Jacky Durand en 1992 pour avoir un Français sur la plus haute marche. Roubaix ? Même topo, ou presque. Frédéric Guesdon l'emportait en 1997. Cela commence à dater.


Triptyque ardennais, travail en cours


L'Amstel, la Flèche, Liège. Trois noms, trois styles, bien trop peu de vainqueurs. À commencer par l'Amstel, où aucun Français ne s'est imposé. Concernant la Flèche, victoire acquise. C'était peut-être l'année ou jamais afin de se concentrer au mieux sur la cerise sur le gâteau… Liège !

Alaphilippe, puncheur par excellence, doit sans doute regretter 2020. Tout frais champion du monde, il lève les bras. Roglic, lui, lance son vélo. Après coup, il sera reclassé dernier du groupe pour un sprint irrégulier. Une photo pour l'histoire et un palmarès qui reste ainsi inchangé pour les Bleus depuis 1980 et Bernard Hinault. Une autre édition chargée d'histoire, sous la neige.


alaphilippe liège bastogne liège
Une image qui restera gravée dans les mémoires.

San Sebastián dans la foulée du Tou


La classique a régulièrement souri aux Français. Gallopin et Alaphilippe, au cours des 15 dernières années, ont réussi à tirer leur épingle du jeu au Pays basque. 5 podiums, dont 1 victoire chacun, ce à quoi l'on peut rajouter les apparitions d'Anthony Roux et Pavel Sivakov dans le top 3.


Tour de Lombardie, Pogacar dictateur


Fatalement, les comparatifs vont bon train toute la saison, toutes les saisons même. Et si la France cherche un successeur à Thibaut Pinot, le monde cherche, lui, un David pour battre Goliath. Dès 2026 ? Qui sait. Nos repères de janvier d'il y a 6 mois sont déjà bien lointains. Qu'en sera-t-il en octobre prochain ?



Chapitre 3 : les Grands Tours


Enfin, avec une attente mêlant impatience et curiosité, nous attendons de voir ce que vaut Paul Seixas sur un Grand Tour. Exercice particulier où la récupération et la polyvalence sont des éléments clés. Il en semble capable, c'est évident. Mais d'autres aussi, par le passé, s'y sont cassé les dents.


Giro d'Italia, amour à définir


La rivalité franco-italienne a parfois été portée à un niveau digne des plus grandes pièces d'opéra. Point d'orgue : l'affrontement Moser-Fignon. Le regretté professeur, comme il était surnommé, est le dernier vainqueur français du Giro. Une disette qui date de 1989. Depuis, c'est assez calme. John Gadret, en 2011, nous a donné quelques frissons. Il termine alors troisième et, depuis… Plus rien pour le clan tricolore !


Du côté des maillots distinctifs, la France se porte un peu mieux. Le maillot bleu de grimpeur et celui de meilleur jeune peuvent tomber dans la besace du jeune Paul s'il venait à s'aligner au départ de l'autre côté des Alpes.


Meilleur grimpeur, il succéderait à Thibaut Pinot en date de 2023. Assez récent, donc. Pour le maillot blanc… Ce serait faire oublier Charly Mottet, qui n'a pas eu de relève depuis 1984. Le triplé rose-bleu-blanc ? Compliqué, voire inédit dans un cyclisme moderne où de nombreux coureurs arrivent avec des objectifs précis. Impossible ? Non. Pogacar, Geoghegan Hart, Bernal et Froome ont su remporter deux de ces trois classements au cours des 10 dernières années.


Le maillot cyclamen, lui, semble quasi impossible à aller chercher. Premier argument : Jonathan Milan. Ogre sprinteur régulièrement au départ du Giro, avec des parcours lui permettant de scorer. De manière plus générale, en second argument, cela fait bien longtemps que le classement n'a pas couronné un coureur du général. Il faut remonter à Purito Rodríguez en 2012 !


pinot giro meilleur grimpeur
Dernier français sur un podium du Giro.. ce n'était pas si loin !

Vuelta a España, le paradoxe


Si Seixas n'est pas présent au Tour de France en juillet, il est fortement pressenti pour faire ses premières armes en Espagne à l'occasion de la Vuelta. Le Tour d'Espagne, c'est le dernier Grand Tour remporté par un Français, Laurent Jalabert en l'occurrence, il y a plus de 30 ans maintenant. C'est aussi, avec surprise, la dernière fois que l'on voyait un drapeau bleu-blanc-rouge dans le top 3 du général !


Côté classement par points / régularité, même topo, ou presque. Jalabert, encore, cette fois-ci en 1997. Un palmarès d'un autre siècle, donc ! La tâche se complique encore un peu, le dernier non-sprinteur à l'avoir remporté étant Roglic en 2020. Seul le classement de la montagne reste assez frais puisqu'en 2020, Guillaume Martin ramenait les pois bleus dans l'Hexagone.


Concernant le maillot jeune, difficile de se prononcer. L'histoire de la Vuelta est différente et les maillots distinctifs ont parfois été orientés sur autre chose que le critère d'âge. Avant 2017, le dernier classement distinctif était celui du combiné, et non pas du meilleur jeune. Ce maillot, aucun Français ne l'a remporté, même si cette anecdote paraît moins difficile à avaler que certaines autres.


jalabert vuelta
Jalabert, dernier vainqueur français d'un grand tour

Tour de France, ciao Bernard !


Plus de quarante ans maintenant que l'on nous rabâche les oreilles avec de vieilles rengaines, souvent injustes, à l'encontre des Français. Mal entraînés, fainéants, sans talent, poissards… Ils en ont pris plein la figure, de manière peu légitime, vu le palmarès parfois assez sulfureux de ses vainqueurs.

Dernier vainqueur donc : Bernard Hinault. Le Blaireau, de son surnom, l'emporte en 1985 et, depuis, plus rien. De beaux accessits, des lueurs d'espoir. 2016 et 2017, les deux derniers podiums français, sont à mettre à l'actif de Romain Bardet. Comme un passage de témoin si Seixas venait à en faire de même, les deux coureurs sont issus de la même formation (dont l'identité a varié au fil des années, évidemment). Bien sûr, impossible de parler du classement général du Tour sans mentionner les années 2011 avec l'épopée Voeckler, et 2019 avec les espoirs fous du duo Pinot et Alaphilippe.


Pour ce qui est du maillot du meilleur jeune, la victoire de Pierre Latour date déjà de 2018. Paul Seixas aura de multiples occasions de le faire oublier, lui qui sera éligible au maillot blanc jusqu'en… 2030 !


Le maillot à pois, lui, est peut-être celui qui est le mieux servi de toute la liste. Attention à ne pas se voir trop beaux pour autant. Trois Français l'ont emporté coup sur coup en 2017, 2018 et 2019 avec Barguil, Alaf' et Bardet. Mais depuis, et c'était il y a déjà 7 ans, plus rien. Ce maillot, Paul Seixas a définitivement les moyens de l'obtenir. Il aura sans doute besoin d'un coup de pouce du parcours et de victoires au sommet. Sur les 6 dernières éditions, le maillot jaune a doublé avec le maillot à pois à 4 reprises.


Le maillot vert, car il faut en parler évidemment, est bien loin. Sauf refonte complète du système de points, tout champion/futur champion qu'il est, Paul Seixas n'y arrivera pas. Pour l'heure, Laurent Jalabert conserve son nom depuis 1995. Peut-être que Paul y arrivera. Mais si c'est le cas, alors ce sera Paul… Magnier !


hinault 85 tour de france
Hinault sur le Tour 85.

Article rédigé par Benoit Laurenti

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