Paul Lapeira (Decathlon CMA CGM) : « Être équipier de Paul Seixas, c’est très enrichissant »
- Romain Bougourd

- il y a 2 heures
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Après un début de saison prometteur, Paul Lapeira a dû abandonner l’Amstel Gold Race dimanche en raison d’une chute, alors qu’il avait de grandes ambitions en Belgique. Sur la Flèche ce mercredi et Liège-Bastogne-Liège dimanche, il sera équipier de Paul Seixas pour donner la victoire à Decathlon CMA CGM. Entretien avec le champion de France 2024.

Interview de Paul Lapeira (Decathlon CMA CGM)
Vélofuté : À la veille de la Flèche Wallonne, dans quel état d’esprit es-tu ?
Paul Lapeira (Decathlon CMA CGM) : On est sur une course qui me correspond bien et sur laquelle l’équipe a de vraies ambitions. J’arrive avec des sensations un peu mitigées après l’Amstel, avec une chute qui m’a fait abandonner une course sur laquelle j’avais de l’ambition. Globalement, la condition est bonne et surtout l’envie est intacte. La Flèche, c’est une course très spécifique, très exigeante dans le final, et qui correspond bien à mes caractéristiques. Donc je reste confiant dans ma capacité à jouer un rôle important pour l’équipe.
Quel sera ton rôle concrètement dans l’équipe ?
Le plan est assez clair : je serai dans un rôle d’équipier au service du leader, Paul Seixas. Sur ce type de course, le positionnement est absolument clé, et le travail en amont conditionne énormément le résultat final. Mon rôle sera donc multiple : protéger du vent, gérer les placements, répondre aux mouvements si nécessaire, et surtout amener notre leader dans les meilleures conditions possibles au moment décisif.
Justement, sur une course aussi verrouillée, comment envisages-tu la stratégie ?
La Flèche est une course assez particulière parce qu’elle se joue à 99% du temps sur le Mur de Huy. Contrairement à d’autres classiques, il y a rarement une grande sélection en amont. Du coup, la gestion de l’effort est primordiale. L’idée, c’est vraiment de courir de manière intelligente, d’éviter les dépenses inutiles, et d’être parfaitement placé dans les moments clés. Le rôle des équipiers est déterminant pour maintenir le leader dans une position idéale jusqu’au pied du Mur, où tout se joue.
Quel effet ça fait, pour toi qui es encore jeune, d’être équipier d’un extraterrestre comme Paul Seixas alors que tu as toi-même le potentiel pour être leader ?
C’est forcément une situation particulière, mais aussi très enrichissante. Quand tu évolues aux côtés d’un coureur capable de gagner les plus grandes courses, tu apprends énormément, que ce soit dans la gestion de la pression, la lecture de course ou les choix tactiques. Bien sûr, en tant que coureur, on a toujours envie de jouer sa carte personnelle, mais il faut aussi savoir s’inscrire dans un projet collectif. Et quand l’équipe a un leader aussi fort, c’est logique de se mettre à son service. Ça fait partie de la progression aussi.
Tu as gagné le Tour des Alpes Maritimes et fait de bons résultats à Bessèges et en Ardèche. Comment juges-tu ton début de saison ?
Globalement, je suis satisfait. Mon début de printemps s’est très bien passé, j’ai de bonnes jambes et j’ai fait de bons résultats. Je suis juste déçu de ne pas avoir pu me battre sur l’Amstel qui était un gros objectif, et c’est un autre coureur qui me fait tomber. Maintenant voilà c’est la dure loi du sport, mais hormis ça, la forme est bonne et ça devrait continuer comme ça par la suite.
"L'Amstel une épreuve extrêmement exigeante, où il faut allier puissance, technique et résistance. J’y ai fait un bon résultat en 2024 et je pense vraiment pouvoir y briller"
Tu seras donc équipier sur les Ardennaises mais connais-tu le reste de ton calendrier et notamment celles où tu pourras être leader ?
Oui, clairement. La suite de la saison a été construite avec cet objectif. Après les Ardennaises, j’enchainerai avec Eschborn-Francfort, puis j’irai en Bretagne avec le GP Morbihan et le Tro Bro Léon. Les courses bretonnes sont des rendez-vous importants pour moi, parce qu’elles correspondent bien à mon profil. Ensuite, il y aura le Tour de Suisse avant les championnats de France.
Eschborn-Francfort a changé son parcours qui s’est durci, et te convient beaucoup mieux. Tu comptes y jouer la gagner ?
Effectivement, je l’avais fait il y a quelques années mais quand le staff me l’a présentée en début d’année pour établir le calendrier en me disant que le parcours avait changé, ça m’a assez plu. Ça me convient plutôt bien, je pense que je peux jouer la gagne ou en tout cas des gros points.
Que te manque-t-il aujourd’hui pour gagner une grande classique World Tour ?
Honnêtement, je pense que c’est surtout une question de timing et d’opportunité. À ce niveau, les écarts sont extrêmement faibles entre les meilleurs coureurs. Les qualités physiques, je les ai, la capacité à encaisser les efforts aussi. Ce qui fait la différence, c’est souvent le scénario de course : être dans le bon groupe, faire les bons choix au bon moment, et parfois aussi avoir une part de réussite. C’est un ensemble de paramètres qui doivent s’aligner.
S’il y avait une classique à gagner, laquelle te ferait le plus rêver ?
Je pense vraiment que c’est l’Amstel. C’est une épreuve extrêmement exigeante, où il faut allier puissance, technique et résistance. J’y ai fait un bon résultat en 2024 et je pense vraiment pouvoir y briller. Ensuite, le Grand Prix de Québec est une course que j’apprécie particulièrement. Le circuit, l’intensité, le type d’effort demandé correspondent vraiment bien à mon profil.
Face à des coureurs comme Pogacar ou Evenepoel, penses-tu avoir ta chance ?
Il faut être lucide : sur certaines courses, ils sont au-dessus. Sur l’Amstel, c’est tellement dur que Pogacar peut dicter son rythme et faire la course seul devant. Sur des courses comme Québec, avec un circuit nerveux et des arrivées en petit groupe, il peut y avoir des ouvertures. Si on arrive dans une configuration tactique favorable, je pense que je peux rivaliser. L’an passé j’ai réussi à suivre Pogacar sur sa première attaque à deux tours de l’arrivée, donc je pense avoir le potentiel pour m’imposer.
Tu es un pur produit de la structure AG2R-Decathlon-CCF, avec deux ans au CCF, puis une année en U23 avant de rejoindre les pros. L’équipe a énormément évolué en 5 ans, qu’est-ce qui a le plus changé ?
Tellement de choses ont changé, il faudrait y passer plusieurs heures pour les énumérer (rires). La transformation a été très profonde. L’équipe et même l’entreprise s’est énormément structurée, notamment sur tous les aspects liés à la performance. Il y a eu des investissements importants dans le matériel, dans la data, dans les ressources humaines. Beaucoup de postes ont été créés. On est passé d’un fonctionnement assez traditionnel à une organisation beaucoup plus moderne, avec une approche scientifique de la performance.
"Si ma marge de progression naturelle était de 10% par an, je pense qu’elle a été tirée à 15-20% avec cette équipe"
Quel impact cela a-t-il eu sur ta progression ?
L’impact est majeur. L’environnement dans lequel on évolue conditionne directement la progression. Aujourd’hui, tout est optimisé : l’entraînement, la récupération, le matériel, la nutrition. On bénéficie aussi d’un encadrement très pointu, avec des spécialistes dans chaque domaine. Ça permet de gagner du temps dans la progression et d’exploiter beaucoup plus rapidement son potentiel.
Si on part du principe que tu progresses de 10% chaque année, à quel point cette équipe t’a fait progresser ? Aurais-tu eu la même progression dans tous les cas, peu importe l’équipe, ou t’a-t-elle tiré vers le haut ?
Franchement, c’est difficile à dire, mais clairement ma progression a été meilleure. Déjà le matériel, le simple fait de savoir qu’on a un matériel de top niveau nous impacte mentalement. Ensuite sur la nutrition par exemple, les coachs très scientifiques que j’aie me permettent de progresser très fortement. Donc je ne pense pas que j’aurais autant progressé dans une autre équipe. Si ma marge de progression naturelle était de 10% par an, je pense qu’elle a été tirée à 15-20% avec cette équipe.
Pour être plus concret : penses-tu que tu aurais été champion de France en 2024 dans un autre contexte ?
Sincèrement, je ne pense pas. Ce titre est le fruit d’une dynamique collective et individuelle très forte. Il y avait une confiance accumulée grâce aux résultats précédents, mais aussi une équipe extrêmement performante autour de moi. Ce type de victoire ne se construit pas seul. Sans cet environnement, ça aurait été beaucoup plus difficile d’atteindre ce niveau.
Quand tu es arrivé dans l’équipe, elle était très française et francophone. Ça a bien changé depuis, notamment l’hiver dernier avec le départ de 8 Français. Comment vis-tu l’internationalisation de l’équipe ?
C’est une évolution qui change forcément certaines choses. Avant, il y avait une identité très française, avec un esprit très “bande de copains”. Aujourd’hui, c’est plus international, plus structuré, donc un peu différent dans les relations au quotidien. Mais ce qui est positif, c’est que l’état d’esprit reste très bon. On a réussi à garder une cohésion de groupe, une bonne ambiance, et ça se ressent dans les performances. L’équipe a su évoluer sans perdre son ADN.




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