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Les Français ont la cote sur la Flèche Wallonne, surtout en 2026

S'il faut remonter à 2021 pour trouver trace d'un succès français sur les Ardennaises, la Flèche Wallonne 2026 pourrait sourire au clan tricolore. Avec les débuts de Seixas mais surtout la présence des habitués et spécialistes des lieux Vauquelin et Martinez, la France peut espérer renouer avec la victoire au sommet du Mur de Huy.


Les Français ont la cote sur la Flèche Wallonne 2026

Il a fallu attendre 46 ans pour le voir au programme et trois de plus pour qu'il en devienne le juge de paix, mais le Mur de Huy est désormais indissociable de la Flèche Wallonne. L'un ne peut exister sans l'autre - on ne peut dire qu'ils le cherchent - et c'est tant mieux. Dans un cyclisme qui tend à se moderniser, quitte à effacer le passé, à désacraliser ses lieux mythiques en les reproduisant ailleurs (à l'image des chemins blancs, à la mode sur les courses par étapes), la Flèche Wallonne est une exception, aussi bien qu'un théâtre à ciel ouvert. La scène y est unique, tout se passe toujours dans le Mur de Huy, ces 1 400 mètres infernaux à la dramaturgie incertaine mais omniprésente et au mythique virage Criquelion, où vacillent les certitudes des plus téméraires qui ne s'appellent pas Tadej Pogacar, seul OVNI capable d'y démarrer assis sur sa selle. Les autres y testent leur vaillance, leur résistance à la douleur alors qu'il reste alors encore plus de 400m d'un effort brutal et sans répit. Beaucoup s'y résignent, d'autres s'y révèlent. Et si l'Amstel Gold Race aime varier ses vainqueurs, la Flèche Wallonne préfère les habitués, ceux qui connaissent ses routes et acceptent d'y souffrir pour mieux finir tout en haut, du Mur comme du classement.


Vauquelin et Martinez, deux favoris français sur la Flèche Wallonne 2026 ?

C'était le cas du grand maître des lieux Alejandro Valverde, mais aussi de Julian Alaphilippe, dernier vainqueur français d'une Ardennaise, ici même, en 2021. Il faut croire que les Français s’éprennent du Mur, eux qui n’ont triomphé qu’ici durant la semaine ardennaise (Jalabert, Leclercq, Fignon, Hinault), depuis 1981. Ils étaient quatre dans le top 10 en 2022 (Alaphilippe termine 4e), trois encore en 2023 (Lafay 6e) avant l'émergence du quatuor qui sera forcément très ambitieux en 2026, Benoit Cosnefroy, Romain Grégoire, Lenny Martinez et, surtout, Kevin Vauquelin, dont le profil épouse davantage la gestion des pentes du Mur que les tourments du toboggan infernal de Liège-Bastogne-Liège. En l'absence de Remco Evenepoel, et malgré les présences de Mattias Skjelmose, 2e ici en 2023, ou de Tobias Halland Johannessen, le Français d'INEOS Grenadiers s'avance comme le grand favori sur le papier de cette 90e édition, lui qui reste sur deux 2e places au sommet du Mur de Huy.



La forme était au rendez-vous dimanche dernier, avant sa chute dans la descente du Kruisberg, qui laisse planer quelques doutes, bien qu’il ait rallié l’arrivée sans encombre. Avec, comme toujours, cette ambition de courir juste dans le Mur. "Je ne voulais pas commettre la même erreur que l’an passé (2024) en partant trop tard, sans pour autant m’élancer trop tôt", confiait-il au micro d’Eurosport après l’arrivée en avril 2025, seulement devancé par Pogacar. Tout se joue, en somme, dans cette capacité à maîtriser un effort unique, une science rare de la mesure et de l’instinct mêlés qui fait la force des Tricolores dans le chemin des Chapelles. 1 400 mètres et 2'40'' d’intensité pure, à plus de 9 % de moyenne, avec des pointes à 17 %, et cette impression tenace que la ligne se dérobe de plus en plus... "Ce n’est pas un effort facile, reconnaissait Vauquelin dans L’Équipe en 2025. Le coup de bâton peut revenir très vite". Il faut jauger son effort, se connaître autant que connaître le Mur, patienter jusqu’à l’instant juste pour libérer son sprint. Exactement ce qu'affectionnent Kévin Vauquelin comme Lenny Martinez, l'autre favori français de la Flèche Wallonne

L’essentiel est de garder de l’énergie pour le dernier kilomètre

Le Français de la Bahrain Victorious s’était révélé avec éclat sur l’épreuve l’an passé (4e), et il n’a cessé de confirmer son aisance dans ces efforts où l’on apprivoise la brûlure des lactates, au cœur des pourcentages les plus rudes. C’est ainsi qu’il s’était offert une victoire de prestige à La Côte-Saint-André sur Paris-Nice, au terme d’un effort encore plus sévère (1,7 km à 11 %), ou qu’il s’était hissé parmi les meilleurs sur le Tour d’Émilie (4e), au sommet de San Luca. L’an dernier, face à Pogacar, rien n’était possible dans le Mur de Huy pour Martinez, mais il avait laissé éclater sa frustration de rater le podium pour en avoir "trop gardé", selon ses propres mots. Le Cannois n’est pas homme à répéter deux fois la même erreur, pour peu qu’il soit bien placé au pied, son péché mignon, parfois, aussi. Cela vaut également pour Benoît Cosnefroy, qui a peut-être vu la victoire lui échapper sur l’Amstel Gold Race dimanche dernier (3e) pour les mêmes raisons.

"J’ai perdu ma position peut-être à 3 km du point clé, et je me suis retrouvé derrière deux chutes", racontait-il à DirectVelo. Mais la Flèche, c'est une tout autre affaire et il la connait bien. "Sur la Flèche, j’ai de bonnes sensations avec un podium (2e en 2020) et une 4e place (en 2024), poursuit-il. L’essentiel est de garder de l’énergie pour le dernier kilomètre. Et après tu vois à quelle place tu te situes en haut". Celle de Romain Grégoire a toujours été la 7e jusqu'ici à Huy. De quoi être ambitieux mais également prudent, après un début de saison où le Français de la Groupama-FDJ n'a jamais semblé aussi fort (4e des Strade et de l'Amstel), sans toutefois trouver ce supplément d’âme qui métamorphose les places d’honneur en triomphes. Tout l'inverse finalement de celui vers qui se tournera mercredi toute l'attention, médiatique et sportive : Paul Seixas.


Seixas veut la Flèche avant de s'attaquer au roi Pogacar

Le prodige tricolore de la Decathlon CGA CGM n'a jamais fait pire que 2e cette saison et en l'absence de Tadej Pogacar et Juan Ayuso, qui sont après tout les seuls à avoir gagné une course en ligne où le Lyonnais était au départ depuis les championnats de France en juin 2025 remportés par Dorian Godon, il ne visera rien d'autre que la gagne, comme toujours, comme son talent l'exige autant que lui-même ou les attentes du public français. La distance est bien plus courte qu'à Amstel ou à Liège, en plus, ce qui ne peut que lui sourire, pour l'instant. À la lumière de sa semaine étincelante au Pays basque, les forts pourcentages ne l’effraient guère, et celui qui a dépossédé Pogacar du record d’ascension du Val d’Enfer (1,7 km à 9,3 %) en février paraît destiné à briller sur le Mur de Huy, quel que soit le schéma de course.



Sa faculté à faire la différence dans un sprint en côte n’est plus à démontrer depuis le Tour d’Algarve. Son aptitude aux offensives lointaines encore moins, depuis son succès sur l’Ardèche Classic. On pourrait objecter, comme nous en parlions en préambule, que la Flèche Wallonne sourit d’ordinaire aux coureurs aguerris et qu'il devrait attendre l'an prochain, peut-être, pour devenir le plus jeune vainqueur de l’histoire de l'épreuve. Mais Paul Seixas ne s’embarrasse guère de son âge. Son histoire est déjà en marche, écrite à l’encre des records et de la précocité. Mercredi, sur la Flèche Wallonne, il visera la victoire, rien d’autre. Comme les autres Français. Car le Mur de Huy dépasse le simple statut de lieu de mythologie du cyclisme. C'est un théâtre idéal pour les Tricolores, l’écrin où s’exprimer pleinement et, peut-être enfin, offrir au cyclisme français l’Ardennaise qu’il attend depuis cinq ans. Il est temps.

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