UCI Africa Tour : Rendez-vous en Terres Inconnues

Faisant partie des 5 circuits continentaux (Asia, Océania, Europe & America) , l'UCI Africa Tour est une zone d'ombre, même pour les plus grands suiveurs du cyclisme. Nous sommes loin des épreuves prestigieuses de l'Europe, mais les courses africaines semblent avoir tout pour plaire : climat chaud en hiver, terrains de jeux différents, ferveur populaire, paysages somptueux. Que cache ce circuit ? Quelles courses en font partie ? VéloFuté vous amène en Afrique.

UCI Africa Tour

Ne vous méprenez pas. Nous ne nous prenons pas pour Frédéric Lopez, animateur illustre de l'émission "Rendez-vous en Terres Inconnues" sur France 2. Néanmoins, nous sommes partis à la découverte de l'UCI Afrique Tour, compétition officielle de cyclisme, qui reste trop méconnue à notre goût. D'ailleurs, les recherches Google concernant ce "Tour" ne menant pas à grand chose, il a fallu fouiller pour y voir plus clair. On était prévenu : du flou avec l'UCI, nous sommes habitués.


Qu'est ce que l'UCI Africa Tour ?


L'Africa Tour a vu le jour en 2005 en même temps que le Pro Tour. L'UCI "souhaitait développer ce sport sur tous les continents, en lui offrant un cadre dans lequel il peut s'épanouir sans souffrir de la concurrence des épreuves phares du Pro Tour", précisait Enrico Carpani, directeur de communication de l'UCI de l'époque. Depuis, l'Africa Tour regroupe l'ensemble des compétitions 1.1, 1.2 et 2.1, 2.2 sur le sol africain. A l'instar du World Tour ou du Pro Tour, il existe un classement annuel réservé aux coureurs africains, combinant les résultats sur les épreuves du calendrier. Si toutes les nationalités peuvent participer aux courses, depuis 2019 seuls les coureurs africains peuvent y être classés. C'est évidemment le même fonctionnement pour l'Europe Tour, Asia Tour, Oceania Tour et l'America Tour.


Loin du sport numéro un qui est le football, le cyclisme se développe à vitesse grand V dans tous les pays, notamment en Afrique subsaharienne. De nombreux pays qui organisaient leur Tour national pour les amateurs ont vu des investisseurs privés rejoindre les États qui subventionnaient pour certains jusqu'à 90%. Désormais, on s'approche plus des 30 à 50% selon les pays. Malgré tout, dans certains pays comme la Côte d'Ivoire ou le Rwanda à l'époque, certaines épreuves « peinent à décoller, car les États ne le soutiennent pas vraiment», précise Aimable Bayingana, ancien président de la Fédération Rwandaise de Cyclisme.

L'arrivée du Pro Tour a permis une retransmission TV plus large avec la professionnalisation des courses. Le grand public est donc plus attentif à ces épreuves qui ont monté nettement de niveau, en témoigne le plateau des coureurs présents.


La notoriété n'est pas encore à son paroxysme mais tend largement à grandir. L'histoire reste à écrire et l'attribution des Mondiaux 2025 à Kigali (Rwanda) devrait profiter pleinement au cyclisme africain et faire naître des vocations un peu partout. A l'heure actuelle, le tour national du Rwanda recense 3 millions de spectateurs en bord de route.


Le calendrier : l'instabilité permanente


Pour le coup, c'est effectivement terre inconnue. Il est assez difficile de retrouver un calendrier de l'UCI Africa Tour et d'en extraire les courses. Chaque année, des courses apparaissent puis disparaissent.


Entre instabilité politique, épidémique, et économique, certains pays ne peuvent assurer la continuité de leur course comme en Éthiopie où le Tour Meles Zenawi est en attente, ou en Érythrée, où le tour national ne semblera jamais reprendre. On dénote aussi la "pause" voir l’ "annulation" d'un grand nombre de courses dans les pays du Maghreb avec le Tour de Tunisie mais aussi en Algérie sur la période 2017-2020 (GP d'Alger, Tour d'Annaba, GP d'Oran, Tour d'Algérie, Tour des Zibans, Constantine Tour). Une perte importante pour un contingent relativement faible d'épreuves. Cela dit, ces courses devraient renaître de leurs cendres. C'est ce que nous précise en tout cas la Fédération Algérienne de Cyclisme que nous avons joint. En ce qui concerne le Tour d’Égypte, qui n'a pas eu lieu depuis 2019, il ne semble pas programmé pour 2022.


La carte ci-dessous récence les courses enregistrées (quand elles ont lieu) l'UCI Africa Tour.

L'Afrique de l’Ouest et l'Afrique subsaharienne sont les régions les plus dynamiques et celles qui ont réussi à maintenir les courses malgré les contextes actuels.


Palmarès : les pros prennent le pouvoir


Il a fallu du temps pour que la mayonnaise UCI prenne sur le continent africain. Au départ boudées par les équipes pros, les courses ont commencé à accueillir un contingent de ProTeam à compter des années 2017-2018. Le format et le prestige des courses (pour la plupart 2.2) ne permettent pas non plus d'inviter et de recevoir les grosses écuries World Tour (uniquement sur les 1.1 et 2.1 et limité à 50% de présence) mais déjà de recevoir les ProTeams et les Continentales (1.2 et 2.2). Malheureusement, certaines équipes hésitent à se déplacer aussi loin. Il est vrai que côté logistique, ce n'est pas simple. On se souvient en 2021 de la mésaventure de B&B Vittal Concept qui a dû rouler avec les vélos de rechange de la Total Energies sur les trois premières étapes du Tour du Rwanda. Pierre Rolland empruntant le vélo d'Alexandre Geniez.


Désormais, on voit les professionnels se frotter aux coureurs des équipes nationales et des teams régionales/locales. Force est de constater que le niveau étant très hétérogène, les pros amassent désormais les bouquets finaux. Il n'est quand même pas rare que sur une des courses, un cycliste local soit couronné le temps d'une journée. Dans tous les cas, la fête est toujours présente et promeut le cyclisme africain.

Au palmarès, on retrouve évidemment le pays le plus développé : l'Afrique du Sud. Les infrastructures (routières, financières, sportives) permettent une formation plus efficace et plus professionnelle. Le Maroc a également eu sa période de gloire avant l'hégémonie des Érythréens, qui perdure. Après les Sud-Africains, ce sont eux les plus présents dans le peloton pro.


De 2005 à 2015, tous les coureurs africains pouvaient être classés à l'exception de ceux membres d'équipes Pro Tour/World Tour. Depuis 2016, il n'y a plus d'exception, tous peuvent marquer des points dans le classement. Ce dernier s'effectue à cheval sur deux années civile (comme dans le football européen).

Le barème des points a évolué à partir de la saison 2016. Depuis 2019, c'est le classement mondial UCI des coureurs, équipes et nations du continent qui est pris en compte. Les victoires sur les championnats nationaux rapportant également des points UCI. Il est donc possible de remporter l'Africa Tour sans avoir roulé une seule fois sur le continent. Le gagnant était simplement le meilleur coureur africain UCI. Surprenant !

Les formations WorldTour ne sont pas prises en compte dans le classement par équipes. Il est calculé avec la somme des points obtenus par les 8 meilleurs coureurs de chaque équipe (hors WorldTeams) au classement individuel. Le classement inclut uniquement les équipes qui sont enregistrées sur le continent. Pour le classement par pays, il est calculé en fonction du total de points des dix meilleurs cyclistes de chaque pays du continent.


L'UCI Africa Tour a pour vocation de mettre en lumière les coureurs Africains, mais aussi de mener au développement du cyclisme sur le continent. Les routes peu adaptées et le coût d'un vélo ne permettent pas au cyclisme d'être un sport à la portée de tout le monde, et cela est un autre débat et nous poussera à mener une enquête plus approfondie.





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