Top 10 des meilleures équipes : Quick-step, apogée du wolfpack

En 22 saisons, la Quick Step est devenue la référence sur les classiques, notamment grâce à sa puissance de feu, son terrible Wolfpack. Sur les 8 coureurs alignés (9 avant), la moitié est capable de gagner la course. Un avantage colossal qui rend la tâche de leurs adversaires très difficile. La formation belge est aussi l'équipe qui gagne le plus. Décryptage d'une équipe de haut-vol.


Sponsors : Mapei - Quickstep (2000-02), Quick-Step (2003-11), Omega Pharma QS (2012-14), Etixx QS (2015-16), Quick Step Floors (17-18), Deceuninck QS (19-21)


14 avril 2019, Philippe Gilbert vient de remporter l'Enfer du Nord devant Nils Politt, espoir du cyclisme allemand. Le Belge remporte donc son 4e des cinq Monuments au terme d'une performance collective de haute volée de la Deceuninck Quick-Step, qui voit trois de ses coureurs rentrer dans le top 5 de la course. Elle conclut aussi une campagne de classiques dans laquelle les hommes de Patrick Lefevere auront remporté deux des trois plus grandes classiques pavées de la saison, avec deux coureurs différents : Stybar sur l'E3 et Gilbert sur Roubaix. Asgreen lui, échouera à la 2e place du Ronde, derrière un Bettiol intouchable. Un rythme fou qui est une habitude chez l'équipe belge.


Histoire et palmarès : la Reine des classiques


Arrivée en 1999, la Mapei - Quick Step a directement écrasé la concurrence avec 42 victoires. Il faut dire que cette année-là, l'équipe avait mis les moyens pour briller avec Michele Bartali, Paolo Bettini, Meeusew, Tafi, entre autres. Si cette saison n'est pas prise en compte dans le classement, elle marque cependant la naissance d'un empire, et d'une mainmise sur les courses d'un jour. A la barre de ce redoutable navire de guerre, Patrick Lefevere, directeur sportif historique de l'équipe et stratège au caractère bien trempé. Sous sa responsabilité, la Quick-Step a amassé près de 1000 victoires, faisant d'elle la recordman sur la période, de loin. En moyenne, cela représente 45 victoires par an depuis 22 ans. Indécent.

Parmi ces succès, les cinq Monuments ont tous été remportés au moins deux fois, une performance unique au 21e siècle. En somme, c'est 23 Monuments glanés par l'actuelle Deceuninck- Quick Step (2x Il Lombardia, 3x Milan Saremo, 3x La Doyenne, 8x Paris-Roubaix, 9x Le Ronde), soit 15 de plus que toute autre équipe sur la même période. De tels succès ont naturellement conduit l'équipe au sommet, même si cela a mis du temps.

En effet, avant d'être une équipe avec de nombreux coureurs capables de gagner une grande diversité de grandes courses, la Quick-Step se reposait surtout sur certains coureurs, particulièrement entre 2008 et 2014 avec Tom Boonen. Une période creuse qui a précédé la période la plus faste pour l'équipe, qu'elle vit actuellement. Cependant, elle possédait tout de même une armada sur les classiques en début de siècle.


Spécialité et philosophie : la culture des pavés


Quand on pense à la Quick-Step, on pense naturellement aux Flandriennes et aux courses pavées. Forcément, les victoires de l'équipe belge sur l'Enfer du Nord et le Ronde représentent 40% des victoires au 21e siècle. On comprend vite et facilement pourquoi. C'est aussi là qu'ont eu lieu les victoires les plus mémorables, qu'elles soient grâce à une performance individuelle incroyable ou à une performance collective splendide. De Knaven, dernier vainqueur de Roubaix sous la pluie, à Gilbert, vainqueur vélo levé du Tour des Flandres, les images de leurs victoires sont restées gravées. Plus largement, l'équipe est connue pour ses performances sur les classiques, avec 62 victoires sur les classiques World Tour. A l'inverse, elle connaît de vraies difficultés en Grand Tour, tout simplement parce que ce n'est pas l'ADN de l'équipe. Aucune victoire, à l'instar de T-Mobile et Lotto. Qui a dit qu'il n’y avait que les GT dans la vie ? Sûrement pas les connaisseurs.


Autre point qui a fait l'ADN de l'équipe : les sprints. Elle a répandu et normalisé le train pour emmener son sprinteur. Une puissance qu'a pu découvrir Cavendish, incapable de finir une course en 2020, et quadruple vainqueur d'étape sur la Grande Boucle 2021. Bennati, Freire, Kittel, Boonen, Gaviria, Jakobsen, Viviani, Steels, Steegmans, tous ont contribué à la légendaire histoire du sprint chez Quick Step.


En terme de philosophie, l'équipe a toujours su s'appuyer sur un collectif énorme pour les courses pavées. Un temps réuni, Museeuw, Boonen, Knaven ou Nuyens ont été remplacés par Asgreen, Lampaert, Gilbert, Terpstra ou Sytbar. Seule la période 2009 à 2014 fut difficile, avec le seul Tom Boonen comme favori pour la victoire sur leurs courses. Elle peut aussi compter sur Alaphilippe et ses drôles de soldats Devenyns, Almeida, Bagioli, Vansevenant, Evenepoel pour gagner sur les Ardennaises. L'ex-Omega Pharma Quick Step a aujourd'hui développé ce que l'on appelle le "Wolfpack", soit ce collectif ultra efficace et soudé capable de gagner les Flandriennes comme les Ardennaises (même si c'est difficile sur la Doyenne et l'Amstel depuis plusieurs années) avec des coureurs différents.


Tom Boonen, performeur et emblème de la Quick Step



De très grands noms se sont succédés au sein de la structure de Patrick Lefevere. De Museeuw à l'époque Mapei, en passant par Bettini jusqu'à Alaphilippe aujourd'hui, personne n'a pourtant atteint le niveau de performance et de reconnaissance de Tom Boonen, 5e de notre classement des meilleurs coureurs du 21e siècle. Tomeke, qui a réalisé la quasi totalité de sa carrière dans l'équipe, fait vite oublier tous les autres coureurs. La moitié des Paris-Roubaix et Tour de Flandres remportés proviennent de son palmarès personnel. Il a aussi couru avec le maillot de champion du monde sur les épaules, ce qui n'est donc pas un manque face à Bettini ou Alaphilippe. Il a rapporté le maillot vert sur le Tour comme Cavendish, et décroché 124 victoires sous le maillot Quick Step. Deux fois plus que Bettini, 2e (58), pourtant 9e de notre top 9 du 21e siècle. Sprinteur et Flandrien, il combine les deux spécialités de l'équipe, faisant de lui LE coureur de l'histoire de Quick Step.


Difficile de ne pas parler du rocambolesque patron Patrick Lefevere, dont les déclarations aussi trash que déconcertantes marquent régulièrement le monde du cyclisme. Un DS qui mérite un grand respect pour son travail (mais moins pour ses prises de paroles).


Cependant, il ne faut tout de même pas minimiser l'impact de certains coureurs, à commencer par Museeuw, qui aura rapporté deux Paris-Roubaix dans les premières années, charnières, ou à Terpstra et ses deux Monuments. Naturellement, deux grands puncheurs, Bettini et Alaphilippe, se rapprochent de Tomeke. Le premier grâce à ses succès sur le Lombardie, les seuls de l'équipe, ainsi que sur le Doyenne, qui ont enrichi le palmarès de l'équipe. Le second, avec ses performances sur la Flèche notamment, 2e meilleur performeur de l'histoire, ou sur Milan-San Remo. On ne peut pas non plus oublier sa magnifique aventure lors du Tour de France 2019, qu'il a conclu à la 5e place après avoir longtemps porté le maillot jaune. Un cas unique dans la maison belge. Une pensée tout de même pour certains coureurs comme Chavanel, Tony Martin et Cavendish qui ont laissé une trace importante dans l'équipe ou encore Keisse et Devenyns, qui sont dans l'équipe depuis 11 et 10 ans.

Mais pour le moment, c'est très loin de l'immense apport et de la trace qu'a laissée Tom Boonen dans l'histoire : coureur le plus titré et le plus présent dans l'équipe (15 saisons)


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