Portrait : Tobias Halland Johannessen, le grimpeur des Fjords

Coeur du projet de la formation Uno-X, Tobias Halland Johannessen incarne le futur du cyclisme norvégien et nordique. Privé de Tour de France (son équipe n’a pas été invitée), il compte bien donner tort aux organisateurs en performant sur le Critérium du Dauphiné.


C’est peut-être un mal pour un bien. La participation ou non de la jeune formation norvégienne Uno-X Pro Cycling au prochain Tour de France a créé un petit feuilleton en début d’année. L’espoir a grandi chez les jaune et rouge, qui ont finalement dû rester à quai au profit de B&B Hotel. L’objectif est désormais tourné vers l’édition 2023. Le temps pour Tobias Halland Johannessen, sa tête d’affiche, de s’affirmer et de se faire les dents sur les courses d’une semaine, comme le Critérium du Dauphiné dès ce mois de juin. Si la pépite norvégienne de seulement 22 ans continue de franchir les paliers aussi vite que les cols, elle pourrait devenir un prétendant sérieux au classement général d’un Grand Tour. En plus d’incarner l’avenir du cyclisme nordique.


Son début de carrière :


Comme de plus en plus de coureurs du peloton mondial, Tobias Halland Johannessen est arrivé très tard sur la route après avoir fait ses preuves en VTT et cyclo-cross. Au niveau national, le natif de Drobak, non loin d’Oslo, a remporté trois titres de champion en cyclo-cross (2018, 2019 et 2022). En 2018, il devance un adversaire qu’il connaît bien : son frère jumeau Anders. Un atout dans sa progression, puisque les deux frangins, très proches, se sont toujours tiré la bourre. C’est ainsi qu’ils se mettent progressivement à la route, pour rejoindre fin 2020 la structure Uno-X Pro Cycling Team. D’abord via sa filiale de développement, Uno-X Dare Development Team. « C'est un gars formidable qui s'est concentré sur le VTT et le cyclocross jusqu'à il y a 3 ans », expliquait en août dernier son directeur sportif Leonard Snoeksau au site belge WielerVerhaal. « Il vient tout juste de débuter des courses sur route dans la catégorie U23. Sa progression est remarquable, il a fait de grands progrès très rapidement », poursuit le Norvégien.


Et c’est le moins que l’on puisse dire. Le léger grimpeur d’1m76 pour 62kg a impressionné sur le Baby Giro 2021, terminant à la 2e place du général derrière le crack Juan Ayuso, qui a tout écrasé sur son passage, mais devant d’autres talents prometteurs et son frère Anders, 6e. Mais c’est au mois d’août qu’il va franchir un cap majeur : il remporte deux étapes du Sazka Tour (catégorie 2.1) au milieu de coureurs confirmés comme Rein Taaramäe et Jan Hirt, avant de brillamment remporter le Tour de l’Avenir avec deux victoires d’étape. Son frère Anders finit lui encore dans le top 10, à la 7e place, avec une victoire d’étape. De quoi permettre aux Johannessen d’accéder ensemble à l’équipe professionnelle en 2022 (Tobias est d’ailleurs premier de notre classement des néo-pros à suivre cette saison). Sur l’Etoile de Bessèges, Tobias remporte la 4e étape et termine 3e du général. Si le plateau reste peu dense, cette performance lui donne confiance avant d’aborder sa première course WT, le Tour de Catalogne. Il se frotte alors à quelques-uns des meilleurs grimpeurs du circuit. Et il rivalise, terminant à la 7e place du général, à seulement 1’13 de Sergio Higuita, devant des spécialistes des courses par étapes comme Guillaume Martin ou Jai Hindley. Surtout, il accompagne les meilleurs en haute montagne, comme sur l’étape 4 vers Boí Taüll, qu’il termine dans le même temps que Richard Carapaz, Carlos Rodriguez ou Juan Ayuso.


Si la découverte des Flandriennes et des Ardennaises n’est pas une franche réussite (abandons sur le Ronde et la Doyenne), faute de rythme suite à une maladie, il engrange de l’expérience pour l’avenir : « Au Tour des Flandres, je n'étais pas encore en forme, mais je voulais vraiment tenter le coup. J'étais à l'aise dans les bosses, je n'ai pas ressenti de stress particulier. Je reviendrai un jour pour jouer les premiers rôles, ça c'est sûr », confia-t-il à Direct Vélo. Mais sa reprise sur son tour national, fin mai (4e du général derrière l’intouchable Remco Evenepoel), a confirmé que Tobias Halland Johannessen est une valeur sûre des courses par étapes, même s’il n’est qu’au début de sa jeune carrière.


Un grimpeur explosif au bon finish :


Tobias Johannessen a le gabarit parfait pour un grimpeur : léger (62 kg) et de taille moyenne (1m76), son profil rappelle celui d’un glorieux coureur, Alberto Contador. Comme le Pistolero, le Norvégien gigotte rapidement par des petits mouvements lorsqu’il se met en danseuse, mais reste efficace. A l’aise sur les pourcentages élevés, il dispose aussi d’une très belle pointe de vitesse et d’un certain punch, comme peuvent en témoigner Tiberi et Vine après s’être fait mettre dans le vent sur la 4e étape de l’Etoile de Bessèges. Il a aussi fait jeu égal avec Evenepoel sur ce genre d'arrivée sur le Tour de Norvège. Johannessen dispose enfin d'un certain potentiel sur les pavés, en témoigne sa déclaration à l’arrivée du dernier Ronde : « j’étais à l’aise dans les bosses […]. Je reviendro un jour jouer lespremiers rôles, ça c’est sûr ». Pour viser plus haut sur les courses à étapes, il lui faudra cependant progresser en chrono. Loin d’être ridicule, il peut encore gagner en compétences sur cette spécialité pour en faire un véritable atout.


Nos attentes : Un avenir tout tracé


Au vu de sa progression constante et linéaire, on attend de Tobias Halland Johannessen de rapides résultats sur les courses par étapes World Tour. Sur le Critérium du Dauphiné, tout autre résultat qu’un top 10 au classement général serait presque une déception. Il se frottera à de nombreux prétendants au prochain Tour de France (Roglic, Mas, Vingegaard, O’Connor, Gaudu, Lutsenko) mais a le potentiel pour faire partie des meilleurs. D’autant qu’il ne participera pas à la Grande Boucle et ne sera pas en rodage, contrairement aux autres. Si la suite de son calendrier n’est pas encore communiquée, il pourrait par exemple briller sur le Tour de Pologne, où son équipe est invitée.


Mais là où on l’attend le plus sera en 2023 : son équipe a fait des Grands Tours son objectif majeur. « Tobias terminera sa 1ère année en tant que pro en 2022, mais en même temps, nous commençons déjà à construire un groupe de coureurs GC autour de lui. Nous pensons avoir la structure pour demander également une licence WorldTour d'ici 1 ou 2 ans », confiait Leonard Snoeksau en août 2021. Si ce ne devrait pas être pour 2023, rien ne dit qu’Uno-X ne sera pas invité sur les GT grâce à ses bons résultats, à commencer par ceux du prodige norvégien. La suite s’écrira sûrement dans une autre formation, plus prestigieuse. Mais Tobias l’assure, il ira au bout de son contrat en 2024. « C'est l'équipe qui me correspond le mieux. Je progresse au même rythme que l'équipe. L'ambiance est géniale et je suis avec mon frère jumeau, Anders, et nous pouvons souvent rouler en WorldTour. Pourquoi aller voir ailleurs ? ».


Finalement, Johanessen est un futur vainqueur de GT en puissance. A l'image des jeunes de sa génération, il ne doit cependant pas perdre de temps car la densité de gros potentiel entre 19 et 24 ans est énorme. Mais le Norvégien a de quoi nous régaler dans les années à venir.


Ses principaux faits d’arme :

- 4e Tour de Norvège 2022

- 7e Tour de Catalogne 2022

- 3e Etoile de Bessèges 2022 (+ 1 étape)

- 1er Tour de l’Avenir 2021 (+ 2 étapes)

- 2e Sazka Tour 2021 (+ 2 étapes)

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