Alors que la préparation pour les grands objectifs devient de plus en plus minutieuse et que les coureurs cherchent la fraicheur, le début de saison est devenu, depuis quelques années, une superbe opportunité pour les plus petites équipes, même World Tour, avec un moins gros budget que les mastodontes. Le moment idéal pour engranger de gros points, surtout en cette année de montée / descente ? Analyse.

Les grands leaders en retrait en janvier / Février
Primoz Roglic est devenu l'image des coureurs qui courent peu mais bien. L'entrainement prend une place de plus en plus importante et permet de courir moins souvent, mais à un meilleur niveau. Le Slovène, qui vise le Tour d'Italie en 2025 ainsi que le Tour, ne participera qu'à trois courses avant : Tirreno et le Tour de Catalogne. Cette année, à l'inverse des autres, il courera aussi le Tour d'Algarve, mais c'est une exception depuis quelques années. Lorsqu'il était chez Jumbo, il ne reprenait qu'en mars. Ce fut aussi le cas de Pogacar en 2024, qui n'a repris que sur les Strade Bianche.

Cette année il ira sur l'UAE Tour, histoire qu'UAE redevienne maitre sur ses terres, sinon, il l'aurait sans doute zappé, comme depuis 2 ans. C'est plutôt une volonté du sponsor. Van der Poel est aussi un spécialiste des reprises tardives, souvent sur Milan-San Remo comme en 2024. En 2023, Alpecin a même zappé le premier mois et demi de compétition avec Philipsen et Van der Poel. Ce manque de présence ouvre forcément la porte à d'autres coureurs, désireux d'en profiter tant ils sont réduit à des rôles d'observateur pour la suite de la saison.
Une préparation des GT incompatible avec un gros début de saison ?
Lorsque l'on vise le Giro, le Tour ou même les Flandriennes, il est difficile de commencer trop tôt sa saison. Comme l'explique Thomas De Gendt au HNB, cela devient incompatible avec certaines courses : "La préparation pour les classiques ou le Giro devient de plus en plus minutieuse. Un voyage en Australie n'a donc plus sa place dans ce contexte", faisant référence au Tour Down Under, qui vient de se terminer ce dimanche. Et comme les coureurs cherchent avant tout le soleil à cette période de l'année, les courses sont en Australie, autour de la Méditerranée ou au Moyen Orient.
Mais reprendre aussi tôt, obligerait aussi d'avoir un bloc très long jusqu'au premier objectif. C’est pour cette raison que bon nombre de leaders ou bons coureurs ne sont que rarement en forme à cette période de l'année. Ce qui offre là aussi des opportunités à des coureurs moins réputés et à des équipes avec moins de moyens.
Le début de saison, une belle opportunité pour les "petites équipes"
Quand on parle de petites équipes, on parle surtout des équipes au delà de la 10e place au classement UCI. Celles qui n'ont ni le top 3 des sprinteurs, ni le top 3 des grimpeurs ou des Flandriens. Ceux qui finalement ne sont que rarement favoris au début des grandes courses de la saison. Le meilleur exemple dans un passé récent, c'est Intermarché. Au 7 mars 2023, la formation belge est 2e au classement UCI avec 3200 pts en 1 mois et demi de compétition. Beaucoup de suiveurs en viennent même à les soupçonner de dopage. Et ce malgré un Girmay absent. Thijssen se hissait parmi les meilleurs sprinteurs du monde et gagnait deux classiques. Kobe Goosens se révélait sur les challenges de Majorque. Puis l'équipe disparaissait petit à petit. Mi-avril, elle n'est plus que 10e et à la fin de l'année 14e. Cela reste évidemment une très belle saison pour l'équipe belge, mais ce début de saison a été un vrai trompe l'oeil en termes de performance collective.

Autres exemples parlant, les vainqueurs sur les grandes courses de janvier février. Prenons 2024 pour changer d'année. Sur le Tour Down Under, Stephen Williams, membre d'une équipe Pro Team, a remporté le Tour Down Under. Une surprise à ce moment. Lennart Van Eetvelt a lui remporté l'UAE Tour avec au sein du Top 6, Max Poole, un coureur de la DSM, 17e au classement UCI. La victoire de Jan Tratnik était aussi une surprise sur l'Omloop. Cette année, si c'est un coureur d'UAE qui a remporté le général, Romo de Movistar est 2e (13e UCI) et Onley 3e (DSM, 17e). Plapp, membre de Jayco Alula (15e) est 6e du général. Beaucoup de grosses équipes se désintéressent de ces courses et sont surtout en train de préparer les moments forts de leurs saisons. Pensez-vous que Romo sera à nouveau le 2e plus fort d'une course WT cette saison ? On est certain que non. En tout cas, pas avant octobre.
C'est en fait à partir de début mars que les grosses équipes sonnent la fin de la récréation, avec l'arrivée des grandes courses et la rentrée des classes pour certains cadors. Les opportunités deviennent beaucoup plus rares sur les classements généraux ainsi que sur les classiques et il y a une tendance depuis 2 saisons, à moins laisser partir les échappées sur les courses World Tour. Résultat, le premier mois et demi de compétition est une occasion énorme de marquer de gros points dans la lutte pour le maintien ou la montée. En 2023, en 1 mois et demi sur 10 mois, Intermarché a marqué 32% de ses points alors que nous n'avions fait que 15% des courses de la saison. A noter que la fin de saison est aussi l'occasion pour les petites équipes de beaucoup scorer avec certaines courses comme le Tour de Pologne ou le Tour de Quangxi, généreux en points UCI et souvent sans grosses concurrences.
En conclusion, en cette année 2025, les deux premiers mois de l'année seront capitaux pour la survie des équipes. Si rien ne sera décidé fin février, car il restera de gros points à prendre, les points déjà pris ne seront plus à prendre. On l'a vu avec Intermarché : même en disparaissant après mars, ils ont pu se maintenir dans le Top 15 UCI grâce à ce début de saison. Sur les 7 mois suivants, ils sont hors du top 18. Et ce sont peut-être ces 3200 pts de 2023 qui sauveront Intermarché de la relégation en fin d'année.
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