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Uno-X vs TotalEnergies : concurrences directes pour une place en World Tour

Toutes les deux en course pour la promotion en World Tour fin 2025, TotalEnergies et Uno-X ont développé des stratégies bien différentes malgré leurs fortes similitudes. Actuellement 3e et 4e Pro Teams, elle se vouent une lutte qui va au-delà du sport. Analyse.

C’est l’histoire d’une scène a priori tout à fait anecdotique. Lors de la 2e étape du Tour des Alpes Maritimes et du Var, deux hommes sont échappés vers Antibes : Mathieu Burgaudeau du Team TotalEnergies et Adne Holter d’Uno-X. Ils comptent une quarantaine de secondes d’avance sur le peloton à 40km de l’arrivée lorsque le Français lâche le Norvégien au profit d’un magnifique bidon tiré par la voiture de son DS. La fin de la collaboration entre les deux hommes n’a guère plu au team scandinave, puisqu’Holter s’est plaint sur les réseaux sociaux en partageant la vidéo du geste interdit des Français. Une vidéo que s’est empressé de commenter Jens Haugland, directeur d’Uno-X : « lâché par la voiture TotalEnergies. Allons les gars, soyez professionnels », pestait-il, condamnant un « coup old school ». Burgaudeau et son DS seront pénalisés par les commissaires, mais cet épisode est bien plus qu’un simple fait de course. TotalEnergies et Uno-X, deux Pro Teams si proches et en même temps si différentes, visent toutes les deux la montée en World Tour fin 2025. S’il n’est pas garanti que l’une ou l’autre y parvienne, ces formations sont concurrentes pour la place de 3e Pro Team. Mais la concurrence va au-delà du sportif.


Car les deux marques Uno-X et TotalEnergies sont positionnées sur un même marché, celui des stations-services. L’entreprise norvégienne, née dans les années 50, est surtout présente en Scandinavie et au Royaume-Uni et génère près d’1,5 milliard d’euros de revenus, bien loin des presque 52 milliards de la multinationale française créée en 1924. Mais cette activité est en pleine mutation, face à la croissance des mobilités douces et la sortie du diesel et de l’essence à long terme. Et comme souvent, plus une organisation est grande et ancienne, plus il est compliqué de la transformer. « Notre business fait partie du vieux monde, en vendant de l’essence aux entreprises de transport », nous avouait Jens Haugland début 2023, avant de poursuivre : « mais en même temps, nous faisons partie du changement : nous avons investi massivement dans les bornes de recharges électriques et le carwash éco-responsable. Et nous utilisons le cyclisme pour promouvoir cette transition écologique ». Preuve que la transition est belle et bien enclenchée chez les Norvégiens, alors que TotalEnergies est sous le feu des critiques pour ses bénéfices records en 2022 ou avec son méga projet pétrolier en Ouganda.


Deux projets à l’ancrage régional fort


Le cyclisme sert donc d’espace d’exposition pour s’associer à une mobilité douce comme le vélo. Et ces projets sportifs qui offrent des similitudes avec la trajectoire des deux marques sponsors. La structure française existe depuis 2000 en enchainant les partenaires titre (Bonjour, Brioches la Boulangère, Bouygues Telecom ou Europcar), avant que Direct Energie, devenu TotalEnergies, n’arrive en 2016. Mais malgré ces nombreux changements, la formation a su garder ses racines : son directeur, Jean-René Bernaudeau, incarne toujours l’identité d’une équipe au fort accent vendéen, notamment grâce à sa relation avec le centre de formation Vendée U, créé par le même Bernaudeau en 1991. L’ancien meilleur jeune du Tour 1979 tient à cette identité locale, pour valoriser un territoire et développer des jeunes talents. Le nombre de coureurs passés pro chez le Team TotalEnergies après avoir fait leurs classes au Vendée U sont légion : Sébastien Turgot, Lilian Calmejane, Bryan Coquard, Sylvain Chavanel, Jérome Pineau ou encore Thomas Voeckler.


Encore en 2023, ils sont 9 issus du centre de formation Vendée U. Cet ancrage est un véritable marqueur mais ne suffit pas à s’imposer au plus haut niveau cycliste. Et c’est là que le bât blesse : pour étoffer son effectif, Jean-René Bernaudeau a adopté la stratégie d’attirer des stars mondiales en fin de carrière pour profiter de leur expérience et de leur image. Nicki Terpstra, Edvald Boassen Hagen et surtout Peter Sagan se sont succédé sous les couleurs blanc, bleu, vert, jaune et orange, mais sans rencontrer de grands succès. Loin du fiasco sportif de Chris Froome chez Israel Premier Tech, Sagan et consort ont surtout donné l’impression de venir en pré-retraite dans le collectif français, pour s’offrir une dernière expérience bien rémunérée mais sans obligation de résultats. Si ces transferts ont certainement été fructueux en termes de marketing et de visibilité de l’équipe, le bilan sportif reste bien moins luisant. Avec la retraite du Slovaque, TotalEnergies se retrouve sans grande tête d’affiche pour 2024, et son mercato traduit un manque d’attractivité.


Un constat bien éloigné de celui que l’on peut tirer d’Uno-X. Soucieux de construire une équipe 100% scandinave (l’effectif ne compte que des coureurs danois et norvégiens), Jens Haugland et son staff basent l’évolution de la structure sur deux axes fondamentaux : le développement du cyclisme scandinave, afin de repérer les meilleurs talents, et le rapatriement des principaux coureurs de la région confirmés au niveau WT. Ils ont ainsi opéré un mercato impressionnant en signant Magnus Cort Nielsen (30 ans, 9 étapes en GT), Andreas Leknessund (24 ans, 1 étape sur le Giro) et Jonas Hvideberg (24 ans), tous provenant d’équipes WT. Ces cadres devront épauler les nombreuses pépites de l’effectif qui doivent s’aguerrir au haut niveau. Car avec Tobias Johannessen ou Soren Warenskjold, pour ne citer qu’eux, Uno-X possède en son sein des coureurs extrêmement prometteurs, capables de s’imposer pas seulement en tant que baroudeur.


Une dynamique en faveur d’Uno-X


Le Tour de France l’a d’ailleurs bien montré : alors que les Norvégiens y participaient cette année pour la toute première fois de leur histoire, ils ont amassé 770 points UCI, contre 595 points pour les Vendéens, qui n’en sont pas à leur coup d’essai. Mais ces 175 points d’écart sur la Grande Boucle ne sont pas grand-chose à côté des 1300 qui séparaient les deux équipes au classement UCI fin août. Un rebours très important pour Bernaudeau et consort, qui ont cependant réagi en réalisant une très belle Vuelta jusqu'alors. Mais leur retard reste important et les jaune et rouge montent en puissance saison après saison. La dynamique risque même de s’accentuer : d’après le règlement UCI, la 3e Pro Team est invitée d'office à toutes les courses d'un jour WT pour la saison suivante. A l'heure actuelle, la 3e place pour les classiques irait à Uno-X. Une perte énorme pour TotalEnergies, qui avait fini 2e Pro Team en 2022 et pouvait donc participer aux plus grandes courses du calendrier, telle que la Vuelta actuellement.


Retrouvez le classement UCI par équipes 2023 en suivant ce lien


Les Vendéens jouent donc gros en cette fin de saison et devront cravacher pour rattraper un retard qui peut sembler d’ores et déjà inéluctable. Bernaudeau va devoir se réinventer, trouver de nouvelles idées pour concurrencer la projet moderne d’Uno-X, sous peine de rester encore longtemps en division Pro Tour.

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