• Romain Bougourd

Top 5 des coureurs sans Grand Tour : Thibault Pinot, le maudit

3e du Tour de France 2014 à seulement 24 ans, Thibault Pinot constituait le plus grand espoir français sur les Grands Tours au 21e siècle. Un espoir passé tout près d’un succès sur le Tour en 2019, qu’une maladresse l’empêcha de concrétiser.

Certains penseront directement à lui, d’autres que nous sommes chauvins. Pourtant, les larmes trop nombreuses de Thibault Pinot, ainsi que ses abandons dans les dernières encablures vers Paris ont marqué et peiné des millions de Français. Pourquoi ? Parce que le Franc-Comtois a donné l’espoir que, 34 ans après Bernard Hinault, un Français pouvait de nouveau monter sur la plus haute marche du podium du Tour de France. Mais les blessures, la maladresse et le destin en ont décidé autrement.


Pourquoi lui :


Grand espoir français dès son arrivée chez les professionnels, en 2010, le grimpeur du collectif de Marc Madiot faisait partie d’un petit groupe de Français dont les observateurs attendaient beaucoup. A l’époque, avec Pierre Rolland et Jérôme Coppel, ils étaient promis à un brillant avenir sur les Grands Tours, et surtout sur le Tour de France. 10 ans plus tard, il est incontestablement celui qui a le mieux répondu aux attentes. Dès sa première participation, il termine 10e du Tour en 2010, puis confirme quatre ans plus tard en montant sur le podium de la Grande Boucle, à seulement 24 ans. Pour l’époque, c’était un authentique exploit, et surtout un motif d’espoir pour tout le peuple français : cet homme-là, à la franchise et au naturel sans détours, pouvait succéder à Hinault. Nous en étions tous convaincus.


Mais à ce jour, cette 3e place reste l’unique podium de Pinot sur les Grands Tours. 3 autres top 10 accompagnent son bilan sur les trois courses de trois semaines, même s’il a été un acteur incontournable des courses par étapes : 6 victoires d’étapes sur les GT, une 2e place sur le Dauphiné 2020, un Tour des Alpes, deux Tour de l’Ain et plusieurs autres succès marquants en altitude. Il a aussi remporté, dans une autre catégorie, le Tour de Lombardie, la classique des feuilles mortes, destinée aussi bien aux puncheurs qu'aux grimpeurs. Ce jour-là, il avait réalisé un numéro en terre Lombarde. Mais les plus grandes performances ne se lisent pas toujours sur les lignes d’un palmarès. Car par deux fois, Pinot aurait pu, voire dû, monter sur le podium d’un Grand Tour : le Giro 2018, et le Tour 2019. Mais ces deux fois, le corps a lâché, au pire moment, pour nourrir les regrets et les rêves les plus fous de millions de Français.


Ce qui lui a manqué :


C’est certainement un débat national qui oppose deux camps irréconciliables, tous deux frustrés et déçus par les abandons de leur champion. Thibault Pinot est-il frappé par la malchance, ou est-il plutôt faible et fragile mentalement ? Chacun se fera sa propre opinion, mais jamais n’apparaîtra de vérité définitive. Deux choses sont sûres : lors de l’avant dernière étape du Giro 2018, Thibault Pinot a été victime d’un début de pneumopathie, et lors de la 19e étape du Tour 2019, il se blesse à la cuisse. Ces blessures sont des faits, pas des créations de son esprit, et nul ne peut les nier.

Le chiffre : 50%. Thibault Pinot a abandonné la moitié des Grands Tours auxquels il a participé, soit 7 sur 14.

S’il est facile d’invoquer la malchance, ce que l’on peut légitimement finir par croire, il faut également analyser ces blessures de façon très pragmatique. Lorsqu’ils atteignent leur pic de forme, les cyclistes sont plus vulnérables aux blessures : affutés et nerveusement sollicités, ils brulent énormément de calories et donc d’énergie. Ils sont alors plus exposés aux virus, infections ou blessures. C’est ce qui pourrait expliquer, notamment, sa pneumopathie, qui n’est autre qu’une infection par un pneumocoque entraînant une forte fièvre, une toux sèche et un essoufflement. On ne peut donc pas là parler d’une faiblesse mentale. De même sur le Tour un an plus tard : sa déchirure à la cuisse est survenue en se donnant un coup de guidon, après plus de deux semaines de course intenses. On peut parler de malchance ou de maladresse, mais dans les deux cas, il est difficile de croire que le Français a cédé mentalement : il se sentait de mieux en mieux au fil des jours et son débours sur ses concurrents fondait à la vitesse lumière. Ces différents arguments ne convaincront peut-être pas les plus sceptiques, mais ce débat continuera d’occuper l’imaginaire collectif pour de nombreuses années.


La fois où il est passé tout près :


Ce n’est peut-être qu’une intime conviction, et personne ne le saura jamais. Mais on reste persuadé que sans cette déchirure à la cuisse, Thibault Pinot serait monté sur le podium du Tour de France 2019. Sur quelle marche ? Telle est la question, mais la dynamique du Franc-Comtois lors des dernières étapes laissait penser qu’il pouvait prétendre à la 1ère place. Parmi les meilleurs grimpeurs du Tour, si ce n’est le meilleur, il ne devait son débours qu’au contre-la-montre par équipe de Bruxelles et cette bordure sur la route d’Albi, qui lui a fait perdre 1’40 sur les meilleurs. Mais en montagne, il ne cessait de reprendre du temps sur Thomas, Alaphilippe et surtout le futur vainqueur Egan Bernal, à qui il a même repris près de 50 secondes lors du contre-la-montre de Pau.


Une dynamique ascendante matérialisée par sa victoire au Tourmalet lors de la 14e étape. Le lendemain à Foix, il reprenait encore du temps sur le duo Ineos et ne pointait qu’à 15 secondes de la 2e place de Geraint Thomas, et 1’50 sur un Julian Alaphilippe alors en état de grâce. Si son guidon n’avait pas déchiré sa cuisse, qui sait ce que Thibault Pinot aurait réalisé à Tignes ou Val Thorens. Peut-être aurait-il creusé son avance, eu une terrible défaillance, chuté dans une descente ou été distancé à la pédale par le jeune Colombien. Nul ne pourra le savoir, mais Thibault Pinot était peut-être le meilleur coureur cette année-là, et nourrira des regrets certainement toute sa vie.


Ses résultats sur les Grands Tours :


Tour de France :

- 8 participations, 4 abandons

- 3e en 2014, 10e en 2010, 16e en 2015 et 29e en 2020

- 3 victoires d’étapes (2012, 2015, 2019)

Tour d’Italie :

- 2 participations, 1 abandon

- 4e en 2017

- 1 victoire d’étapes (2017)

Tour d'Espagne :

- 4 participations, 2 abandons

- 7e en 2013, 6e en 2018

- 2 victoires d’étapes (2018)

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Par Romain & Titouan

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