Top 10 des "Flandriens" : Van der Poel, le Ronde est son jardin

Double vainqueur du Ronde et 3e sur l’Enfer du Nord en 2021, Mathieu Van der Poel est 9e de notre classement des meilleurs coureurs pavés du 21e siècle. Sa régularité sur les deux Monuments de la spécialité lui octroie de nombreux points, et de belles perspectives.

Qu’il est difficile, dans le sport, de s’affirmer lorsque l’on est « fils de » ou « petit-fils de ». Réussir à s’imposer sans être constamment ramené à son illustre parent est un défi de plus dans la vie d’un sportif. Nombreux ont échoué, comme l’a si bien montré le documentaire « Papa » de Canal+. Mais d’autres, en héritant d’un talent hors norme et d’une force de caractère sans égal, ont su faire leur trou. Mathieu Van der Poel en fait partie. Certes, il est le petit-fils de la légende Raymond Poulidor, ce qui lui offre une génération de répit. Mais la « Poupoularité » de son grand-père a traversé les âges, au point de laisser une trace dans une expression largement reprise dans la littérature sportive, pour qualifier les éternels deuxièmes. Avec un talent exceptionnel, un caractère qui casse avec les codes et un style rafraichissant, « MVDP » s’est installé parmi les meilleurs spécialistes pavés du siècle.


Pourquoi lui ?


A vrai dire, il suffit de regarder son palmarès pour justifier sa présence dans ce classement, en seulement 4 saisons complètes sur route (il vient du cyclo-cross, discipline dans laquelle il excelle, et a disputé quelques courses sur routes de 2016 à 2018 avant de rejoindre réellement le peloton professionnel). Le Néerlandais a remporté le Tour des Flandres à deux reprises (2020, 2022), ainsi qu’A travers la Flandre (2019, 2022). Pas de Gand-Wevelgem, d’E3 ou d’Omloop Het Nieuswblad, mais cela ne saurait tarder. Surtout, sa constance sur les deux courses pavées suprêmes, le Ronde et Roubaix, le placent tout en haut de la hiérarchie. Une statistique affole même les compteurs : en 4 participations au Ronde, il compte 3 podiums (dont 2 victoires), et n’a jamais fait pire que… 4e. Une performance hallucinante, qui ferait passer ses deux top 10 (dont un podium) en 2 participations à l’Enfer du Nord pour une banalité. Pour résumer : depuis 2019, à chaque course pavée d’envergure, Van der Poel fait partie des 3 favoris à la victoire, et il ne se manque presque jamais. De quoi le placer, sans trop de contestation, parmi les 10 meilleurs du siècle de la spécialité.


Sa plus belle victoire : le Ronde, son jardin


Nous allons tricher dans cette section : il nous a été impossible de départager ses deux victoires sur le Tour des Flandres, en 2020 et 2022, tant les deux ont été prodigieuses. Sur la première, il parvient, en costaud, à lâcher presque tous ses adversaires à la pédale. Presque, car il en reste deux : Julian Alaphilippe et Wout Van Aert, son rival de toujours. On se dirige vers un final à trois indécis mais le Français abandonne après avoir percuté une moto. C’est donc lors d’un duel fratricide que VDP et WVA se disputent la victoire. Les deux monstres s’adonnent à un sprint de mammouth, emmené par VDP, épaule contre épaule, sur plus de 200 mètres, sans que l’un ne prenne un avantage décisif. C’est à la photo-finish que le verdict tombe : pour 20 cm, le Néerlandais résiste et remporte son 1er Monument.


Deux ans plus tard, la course donne lieu à un autre duel épique, avec Tadej Pogacar à la place de Van Aert. Pour sa première participation au Ronde, le Slovène survole la course, et son accélération dévastatrice dans le Vieux Quaremont lâche tout le monde, sauf un irrésistible : Mathieu Van der Poel. Le Néerlandais s’accroche, en grimaçant ferme, et les deux larrons se retrouvent dans le final. A force de s’observer, ils sont rejoints à 200 m de la ligne par Dylan Van Baarle et Valentin Madouas. Lancés, ces deux-là entament leur sprint. Mais VDP fixe Pogacar et accélère au dernier moment, aux 100m. Une distance parfaite qui lui permet, grâce à son explosivité, d’accélérer si vite qu’il résiste et lâche ses trois opposants, dont un Pogacar bloqué par Madouas et dépité. Battu par Asgreen un an plus tôt pour avoir lancé le sprint de trop loin, Van der Poel a appris et contrôlé ce final à la perfection pour doubler la mise sur le Tour des Flandres, son véritable jardin.


Ce qui lui manque pour être plus haut


Il y a fort à parier que Mathieu Van der Poel figurera bien plus haut dans ce classement d’ici quelques années. Car à 27 ans et avec seulement 4 saisons pleines, ses perspectives sont alléchantes. Mais si l’on veut être tatillon, ou tout simplement exigeant, on peut aussi présenter le postulat suivant : il devrait déjà figurer plus haut dans ce classement (il est à moins de 200 points du 6e). Ce qui lui manque ? Une plus grande lucidité dans le final. Evidemment, son caractère offensif et sa volonté d’emmener la course et les sprints font avant tout sa force. Mais à deux reprises, sur le Ronde et Paris-Roubaix en 2021, MVDP a laissé échapper deux victoires face à des adversaires nettement à sa portée (face à Kasper Asgreen et Sony Colbrelli). En voulant gagner en costaud, il a lancé le sprint de trop loin face au Danois, alors qu’il a surtout payé ses trop nombreux efforts et n’a pas su gérer l’Italien sur le Vélodrome de Roubaix. Ces deux courses ne lui étaient pas acquises, loin de là, et ses adversaires étaient d’une grande qualité. Mais en manœuvrant avec plus de lucidité, et de filouterie, MVDP compterait au moins un Monument de plus à son palmarès. La relative faiblesse de son équipe joue aussi un rôle dans son état de fatigue de fin de course. Mais ce ne peut pas être la seule raison, et la lucidité lui a parfois fait défaut. S’il gagnera peut-être d’autres Monuments à l’avenir, espérons surtout qu’il ne regrettera pas ce printemps 2021. Quoiqu’il en soit, il est bien loin de l’image de l’éternel deuxième, et c’est en soit déjà une grande victoire.

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