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Remco Evenepoel 🇧🇪, l'indispensable nécessité de l'altitude pour performer en montagne ?

Dernière mise à jour : il y a 14 heures

Loin des purs grimpeurs, capables de s’exprimer tout au long de la saison avec la même aisance dans les cols, Remco Evenepoel a lui besoin de se préparer spécifiquement pour briller en montagne avec des stages en altitude. Ce qui rend son niveau très difficile à juger.


Remco Evenepoel 🇧🇪, l'indispensable nécessité de l'altitude pour performer en montagne ?

Peut-on raisonnablement ambitionner de gagner le Tour de France lorsqu’on ne parvient pas à devancer un néophyte du World Tour comme Byron Munton sur les pentes de l’UAE Tour ? La question a tout de la provocation, presque de l’absurde, tant l’écart de pedigree entre les deux hommes saute aux yeux. Et pourtant. Elle dit, à sa manière, l’énigme persistante que représente Remco Evenepoel. Un talent brut, façonné dans l’urgence et les remous, poli par éclats mais jamais totalement lissé en raison des chutes, et dont le profil échappe aux grilles de lecture habituelles.


Un passif erratique d'échec en montagne

Chez le Belge, les journées "sans" en montagne ne relèvent pas de l’accident. Elles s’inscrivent dans une histoire plus longue, qui remonte à sa lourde chute sur le Tour de Lombardie 2020. Depuis, Evenepoel alterne, avec une constance troublante, les sommets et les creux. Passons sur 2021, où il n’a pas couru en montagne à part sur le Giro, sa course de reprise après neuf mois sans compétition. Mais 2022, sa saison la plus aboutie, raconte déjà cette dualité. Alors qu’il avait été dépassé en montagne à Carpegna (13e et 4’ de perdues sur Pogacar) sur Tirreno-Adriatico et sur le Tour de Suisse, où il avait perdu une minute à Moosalp et Malbun sur Geraint Thomas , il avait ensuite dominé la Vuelta de la tête et des épaules, y compris en montagne, face à Enric Mas, Juan Ayuso, Joao Almeida ou encore Primoz Roglic. Même s’il avait un peu souffert 48h après sa chute, vers La Pandera.



En 2023, c’est le Covid qui plombe sa saison et un début de Giro qu’il dominait. Il a ensuite peiné à s’en remettre, avec une Vuelta en dents de scie, marquée par une explosion dans l’étape du Tourmalet (27’ perdues). Attendu au tournant en 2024, il laisse les doutes planer sur un Dauphiné décevant (7e) mais les balaie tous sur le Tour de France, se hissant sur le podium (3e) en reléguant la concurrence loin derrière en montagne, l’exception évidemment de Pogacar et Vingegaard. 2025 aurait dû valider cette performance mais sa lourde chute à l’entrainement en décembre 2024 a compromis toute sa saison. Et c’est à bout de forces, sans fond, qu’il est arrivé sur la Grande Boucle, qu’il abandonne lors des Pyrénées. Alors, forcément, avec un passif aussi erratique et un UAE Tour aussi raté en février, la question se pose : quel est le vrai niveau d’Evenepoel en montagne ?


Indispensable stage en altitude pour Remco Evenepoel?

Mais poser ainsi le problème, c’est peut-être se tromper de focale. À l’heure où les leaders du classement général s’appliquent à être compétitifs de février à octobre, le Belge avance à contretemps. Là où Tadej Pogačar ou Jonas Vingegaard semblent capables de répondre présents sur Paris-Nice comme sur le Tour de France, Evenepoel, lui, choisit ses moments. Ou plutôt, il y est contraint. Sans doute le meilleur rouleur de l’histoire, immense classicmen, Remco Evenepoel n’a rien d’un grimpeur à la base, si ce n’est sa puissance. Il est un rouleur, un immense rouleur, le plus grand de l’histoire peut-être, qui s’est construit pour survivre — puis exister — en altitude. Une trajectoire qui rappelle, par certains aspects, celle de Jan Ullrich. Résultat : un coureur au plafond vertigineux… mais au plancher étonnamment bas, surtout comparé aux Joao Almeida, Jonas Vingegaard, Isaac Del Toro ou Florian Lipowitz. Même en méforme, eux maintiennent un certain niveau quand la pente s’élève. Pas Evenepoel, ce qui explique en grande partie certains résultats franchement décevants en montagne en cours de saison, notamment au printemps. Cela signifie-t-il que le Belge est moins fort en montagne ? Non, seulement que c’est plus difficile pour lui d’y être au top. Il a besoin d’une préparation parfaite pour cela.



Les faits, eux, sont têtus. Ses échecs sur le Giro 2021, la Vuelta 2023 et le Tour 2025 ? Ils coïncident tous avec une préparation sérieusement perturbée (Covid en 2023, chutes à l’hiver au championnat de Belgique et en début de Tour en 2025) voire inexistante (2021). Ses succès sur le Tour 2024 et la Vuelta 2022 ? Ils s’inscrivent dans des saisons maîtrisées, sans accroc majeur où sa préparation pour ce qui était son Grand Tour objectif aura été parfaite. En 2022, sa saison se sera déroulée comme dans un rêve et, en 2024, sa grosse chute sur le Tour du Pays Basque (fracture clavicule et omoplate droite) a retardé sa préparation, certes, mais n’a pas perturbé sa montée en puissance en juin. Avec, comme signe qui ne trompe pas chez le Belge, ce stage en altitude après le Dauphiné et ces kilos perdus dans la dernière ligne droite. Un point primordial pour lui, à condition ne pas en surjouer.

Je reviens toujours plus fort d’un stage en altitude

Reste que cet équilibre demeure fragile. La quête du poids idéal expose à tous les excès. "La plupart d’entre nous ont fait cette erreur au moins une fois, confiait Alberto Contador. A un moment donné, après avoir atteint un poids incroyable, que vous n’avez jamais eu auparavant, votre corps atteint ses limites et il s’effondre. Au niveau physiologique, tout va mal, parce que vous êtes très mince mais vous ne marchez pas, vous n’êtes pas bien." Une mise en garde qui résonne forcément dans le cas d’Evenepoel. Car le Belge n’a, au fond, guère d’alternative. Pour rivaliser en montagne, il doit être à 100 %, sans approximation possible.




Cela passe par une gestion fine de son poids, ajusté au plus près des objectifs, loin des standards du printemps où il privilégie d’autres terrains, comme les Ardennaises. Ce qui explique également sa différence de niveau entre le printemps et juillet. Mais cela passe aussi, et surtout, par ces stages en altitude, devenus incontournables dans le cyclisme moderne.



"Je compte bien retrouver mon niveau habituel pour le Tour de Catalogne, déclarait-il à la RTBF après l’UAE Tour. Je reviens toujours plus fort d’un stage en altitude". Une phrase presque banale dans le peloton, mais qui, chez lui, prend une résonance particulière. Car Evenepoel est un coureur d’objectifs. Un coureur de rendez-vous. Dès lors, inutile de tirer des conclusions hâtives sur ses prestations de début de saison. Pas plus à l’UAE Tour qu’au Tour de Catalogne. Le vrai juge de paix se situera ailleurs. Plus tard. Là où il aura choisi d’être prêt. « Ce que je veux, c’est faire une saison normale, sans blessure ni maladie », glissait-il dans BistroVelo en février. Tout est là. Car jusqu’ici, une forme de rythme s’est installée, presque malgré lui : 2020, 2022, 2024… autant d’années où il a touché les sommets en montagne. Alors pourquoi 2026 échapperait-elle à la règle ? Après tout, la vérité n’est jamais dans le printemps. Avec Remco Evenepoel, tout ce qui échappe à ses objectifs prête à confusion. Car c’est ailleurs, et ailleurs seulement, que se mesure réellement son niveau.

4 commentaires

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TheGreg71
il y a un jour
Noté 5 étoiles sur 5.

Excellente analyse

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Angmar
il y a un jour
Noté 5 étoiles sur 5.

Analyse au top! La phrase "un coureur au plafond vertigineux… mais au plancher étonnamment bas" est incroyablement pertinente je trouve.

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Invité
il y a un jour
Noté 5 étoiles sur 5.

excellente analyse, très loin des blabla des réseaux sociaux.....

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Invité
il y a un jour
Noté 5 étoiles sur 5.

Très belle analyse

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