Le pire est passé pour Evenepoel mais le plus dur est à venir

Au soir d’un week-end terrible de haute montagne, Remco Evenepoel est toujours le solide leader du Tour d’Espagne, avec 1’34’’ d’avance sur Roglic et 2’01’’ sur Mas. Une avance considérable qui pose le Belge en grand favori désormais, surtout après avoir passé l’écueil de l’altitude et des longs cols. Mais a-t-il réellement fait le plus dur ? Pas vraiment.

Johan De Muynck aura t-il un successeur dans une semaine ? Le dernier Belge vainqueur d'un Grand Tour (Giro 1978) pourrait bien voir Remco Evenepoel lui succéder. C'est en tout cas la tendance. On lui promettait l’enfer ce week-end, mais le coureur de la QuickStep-AlphaVinyl a éteint les flammes de celui-ci avec calme. Il a beau avoir souffert, le Belge en est pourtant le grand gagnant du week-end. Parce qu’il est toujours vêtu du maillot rouge de leader, à une semaine de Madrid. Parce que, surtout, il s’est sorti avec brio d’une double étape de haute montagne, en altitude, sur des cols longs, justement là où il était le plus attendu et où se situaient les principales craintes le concernant. Il les a balayées avant une dernière semaine qui devrait lui aller comme un gant.


Avec une arrivée en bosse, deux arrivées au sommet et une étape en circuit marquée par un 2e catégorie, la troisième semaine offre clairement un terrain propice aux attaques, un terrain susceptible de mettre le leader à mal. Mais à y regarder de plus près, ces ultimes jours de la Vuelta 2022 semblent taillés pour Remco Evenepoel. Peu de pourcentages, des montées régulières qui ne dépassent pas les 14km et, à l’exception, de la 20e étape, rien ne dépassant les 1300m d’altitude… Tout ce qu’adore le Belge, qui possède en plus un matelas assez conséquent.


Un seul gros renversement en 20 ans

ANNEE

LEADER AVANT LA 3E SEMAINE

ECART AVEC LE 2E

PLACE FINALE

2020

Richard Carapaz (IGN)

10''

2e

2015

Joaquim Rodriguez (KAT)

1''

3e

2013

Vincenzo Nibali (AST)

28''

2e

2012

Joaquim Rodriguez (KAT)

28''

3e

2010

Joaquim Rodriguez (KAT)

33''

4e

2006

Alejandro Valverde (CEI)

48''

2e

2003

Isidro Nozal (ONCE)

3'03''

2e

2002

Roberto Heras (US Postal)

35''

2e

Malgré le débours concédé ce week-end, le leader de la Quick Step-Alpha Vinyl compte encore 1’34’’ d’avance sur Roglic et 2’01’’ sur Mas. Une avance conséquente qu’il est tout de même assez rare de dilapider en troisième semaine. Sur un Grand Tour, cela n’est plus arrivé depuis le Giro 2018 où Simon Yates possédait 2’11’’ sur Tom Dumoulin (et plus de 4 minutes sur Chris Froome futur vainqueur) à l’aube de la dernière semaine. Sur la Vuelta, il faut remonter à l’édition 2003 et l’énorme craquante d’Isidro Nozal, qui avait encore 1’55’’ d’avance sur Roberto Heras avant le chrono d’Abantos, à la veille de l'arrivée à Madrid.


Dumoulin, un exemple pour l’humilité


Il faut dire que les « remontada » sont devenues assez rares ces dernières années sur le Tour d’Espagne. Depuis le succès surprise de Chris Horner en 2013, ils ne sont que deux à avoir renversé la Vuelta en dernière semaine : Fabio Aru, en 2015 et Primoz Roglic, en 2020. Mais aucun des deux n’avait eu à rattraper un tel débours sur le maillot rouge puisque l’Italien n’était qu’à une seconde de Joaquim Rodriguez alors que le Slovène pointait à 10’’ de Richard Carapaz. Loin, très loin des 94’’ d’avance d’Evenepoel, qui semble ainsi à l’abri de pareille mésaventure. Mais si le plus gros de la tâche, et sans doute le pire en terme de difficulté, est passé pour le Belge, le maillot rouge aurait tort de penser avoir fait le plus dur.


Le profil de la 20e étape :




Si jusqu’ici ses adversaires pouvaient espérer qu’il craque sur les longs cols et les hautes altitudes, ils savent qu’il n’en sera rien et qu’ils devront inventer quelque chose d’inédit dans cette troisième semaine. Et le terrain, favorable aux coups tactiques et aux coups de force en équipe, peut permettre pareil bouleversement. C’est sur le même tracé (à peu de chose près) que la 20e étape, sur ces mêmes cols, que Tom Dumoulin, alors leader, avait complètement explosé à la veille de l’arrivée en 2015 . Lui aussi avait souffert en montagne, lui aussi avait gagné le chrono individuel, lui aussi avait repoussé sans cesse les limites qu’on lui prédisait. Avant de craquer au pire moment. Nul doute qu’Evenepoel aura cela en tête s’il venait à aborder cette journée en leader, lui qui rentre dans l’inconnu.


Si le Néerlandais avait déjà terminé deux fois le Tour de France, Remco Evenepoel n’a jamais dépassé les 17 jours de course. C’était l’an passé, à l’occasion du Tour d’Italie et le Belge avait alors explosé, en manque de foncier après sa blessure. Le scénario est complètement différent cette saison mais la question demeure, et c’est sans doute la seule : peut-il vraiment tenir, à la fois physiquement et mentalement, trois semaines ? Il devra en plus faire face à des étapes difficiles tous les jours entre la 17e et la 20e étape, un enchaînement qui pourrait faire bien plus mal que prévu. Surtout si son équipe n’est pas au rendez-vous.


Remco, souvent esseulé : un problème ?

ETAPE

LONGUEUR MONTEE FINALE

KMS SANS EQUIPIER

Pico Jano (6e)

12,6 km

9,8

Collau Fancuaya (8e)

10,1 km

4,3

Penas Blancas (12e)

19 km

5,6

Sierra Pandera (14e)

8,4 km

4

Sierra Nevada (15e)

22,3 km

10,4


Si la Jumbo-Visma (qui s’est ratée tactiquement vers la Sierra Nevada) et la Movistar ne sont pas éblouissantes non plus, la QuickStep-Alpha Vinyl semble en-dessous sur le papier et seul Ilan Van Wilder semble capable d’accompagner Evenepoel en montagne. En première semaine, le Belge n’avait eu besoin de personne mais on connait l’importance d’avoir une équipe sur le genre de profil que propose la 3e semaine. C’est ce qui avait permis à Fabio Aru de renverser Dumoulin en 2015. C’est encore plus vrai si Primoz Roglic est prêt à tout tenter pour renverser Evenepoel, comme on a pu l’entendre. Sur ses trois succès sur la Vuelta, il n’y a qu’en 2019 où le Slovène avait déjà le maillot rouge à l’entame de la 3e semaine. En 2020 et 2021, il s’en est emparé en dernière semaine. Remco Evenepoel est prévenu : son premier Grand Tour n’est pas encore dans la poche.

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