Raphaël Jeune (Cofidis) : « Le diagnostic, c’est qu’il manquait beaucoup d’humain »
- Romain Bougourd

- il y a 2 jours
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Nommé le 1er octobre Manager général de l’équipe Cofidis en remplacement de Cédric Vasseur, Raphaël Jeune s’est vu confier une mission impossible : sauver la formation nordiste d’une relégation en Pro Team. S’il n’y est pas parvenu, les promesses semées laissent entrevoir l’espoir d’une remontée fin 2028. Entretien avec l’ancien de Look, l’équipementier de l’équipe nordiste, qui affiche sa confiance avant d’entamer la saison 2026.

Sa nomination était une surprise, car son nom est inconnu du grand public, pourtant, le départ de Cédric Vasseur était attendu. Dès novembre, nous avons tenté de l’interviewer, mais Cofidis a souhaité temporiser pour laisser le temps à Raphaël Jeune de s’installer à son nouveau rôle. C’est donc mi-janvier que le Nordiste nous a accordé du temps, transparent, chaleureux, lucide et ambitieux.
Tu es nommé à la tête de l’équipe dans une période compliquée, avec une relégation qui se profile et seulement quelques semaines de course à disputer. Comment as-tu vécu ce contexte ?
J’arrive le 1er octobre, donc en réalité il reste à peine trois semaines de course à gérer, c’est très court et forcément un peu “chaud”. Mais ce n’est pas un saut dans l’inconnu : cela fait une quinzaine d’années que je travaille avec Cofidis via Look, je connais très bien les rouages de l’équipe, le staff, les coureurs, les habitudes. Pour beaucoup, entre mon dernier jour chez Look fin septembre et mon premier jour comme manager général, il n’y a finalement que le titre qui change.
Malgré ce timing serré, on a l’impression que la dynamique a vite changé. Qu’as-tu mis en place pour redresser la barre ?
Sur trois semaines, la barre a clairement été redressée en termes de résultats, même si ça ne suffit pas à éviter la relégation en ProTeam. Le matin de ma nomination, on a 700 points de retard sur Uno-X, et le matin de la dernière course, on n’en a plus que 170 : cela veut dire une implication énorme de tout le monde, staff comme coureurs. On ne gagne pas, mais on multiplie les belles places d’honneur, avec surtout un comportement exemplaire sur quasiment toutes les courses.
"On a tendance à oublier l’humain. Mon constat, c’est que cette priorité s’est un peu effacée, alors que dans un collectif quand tu ramènes de la confiance et de la considération, l’équipe va tout de suite beaucoup mieux"
Quand on reprend une équipe qui va mal, on est forcément obligé de penser court terme. Quel était ton diagnostic et tes premières actions ?
Le diagnostic, c’est qu’il manquait beaucoup d’humain. J’ai donc remis de la proximité, de la confiance, l’envie de se faire plaisir sur le vélo, et ça s’est rapidement vu dans les résultats. J’ai essayé d’être présent partout : en Italie sur toute la campagne de fin de saison, auprès des filles, des garçons, dans les voitures, mais aussi à passer les bidons ou à aider les mécanos à charger les vélos.
Tu insistes beaucoup sur cette notion d’humain. Ça veut dire qu’avant, il y en avait moins ?
On vit dans un environnement très économique, et le sport n’y échappe pas : on a tendance à oublier l’humain. Mon constat, c’est que cette priorité s’est un peu effacée, alors que dans un collectif – quel que soit le sport – quand tu ramènes de la confiance et de la considération, l’équipe va tout de suite beaucoup mieux.
Tu succèdes à Cédric Vasseur, qui a marqué l’histoire récente de l’équipe avec, notamment, un Tour 2023 référence, mais qui a aussi été vivement critiqué. C’est difficile de passer derrière un manager aussi marquant ?
D’abord, j’ai beaucoup de respect pour Cédric, que je connais depuis longtemps, à l’époque où je courais encore contre lui. Il a apporté beaucoup de belles choses à Cofidis, avec des victoires sur le Tour, sur la Vuelta, sur le Giro, et ça, il ne faut surtout pas l’oublier. Je ne me demande pas si c’est dur de passer après lui : je suis là pour une mission, comme quand je suis arrivé chez Look il y a plus de vingt ans avec l’objectif de gagner des étapes sur le Tour de France, et je ne me fixe pas de limites aujourd’hui non plus pour remettre Cofidis sur de bons rails.
Pour remettre l’équipe dans le bon sens, il faut identifier ce qui n’a pas fonctionné. À tes yeux, pourquoi Cofidis se retrouve-t-elle reléguée ?
Il n’y a pas une cause unique, c’est un ensemble de facteurs. Il y a une perte de confiance, un calendrier très lourd pour une WorldTour sans équipe continentale, des périodes avec beaucoup de blessés, et des recrutements qui n’ont pas toujours permis de compenser tout cela. Quand tu dois courir sur trois fronts avec seulement 30 coureurs, parfois une vingtaine disponibles, c’est très compliqué de rester performant partout.
Tu restes pourtant très optimiste sur le potentiel sportif du groupe.
Oui, parce qu’on a de très bonnes individualités. Si on parvient à faire “prendre la mayonnaise” sur le plan collectif, Cofidis a largement le niveau pour être dans les 18 meilleures équipes mondiales.
Le statut ProTeam peut aussi devenir une opportunité : on l’a vu avec Lotto, Israel ou Tudor. Comment vous comptez en tirer parti dans votre calendrier ?
L’idée, c’est de transformer notre inconvénient en avantage, comme ces équipes ont su le faire. En ProTeam, on choisit davantage nos courses, ce qui est presque un luxe d’un point de vue sportif, même si, évidemment, les partenaires préfèrent le WorldTour pour la visibilité. Il faut donc trouver l’équilibre parfait entre un calendrier performant, où l’on joue réellement les courses, et la satisfaction des sponsors.
Concrètement, ça veut dire des impasses fortes, comme le Giro ?
Oui, on a pris la décision de ne pas aller sur le Giro, ni sur Tirreno-Adriatico ni sur les Strade Bianche. On respecte énormément ces courses, mais le mois de mai est déjà très chargé avec les Coupes de France, les Quatre Jours de Dunkerque et la préparation du Tour de France, et on ne peut pas raisonnablement courir sur trois ou quatre fronts avec une grosse vingtaine de coureurs disponibles sans mettre en danger leur santé physique et mentale.
"A Paris-Roubaix, sur le papier, on fait partie des quatre ou cinq équipes les plus fortes"
Tu parles justement de santé mentale : c’est un sujet dont on entend encore assez peu parler dans le cyclisme.
C’est pourtant capital. On a recruté une personne à 100% dédiée à la préparation mentale, pour les coureurs mais aussi pour le staff, et à ma connaissance, on est au moins la seule équipe française à le faire à cette échelle. La santé mentale, c’est une priorité dans la vie économique, mais ça doit l’être tout autant dans le sport de haut niveau.
Dans le peloton moderne, quasiment toutes les grandes structures ont une équipe de développement. L’absence d’équipe Conti chez Cofidis, c’est un vrai manque. Où en êtes-vous sur ce sujet ?
C’est un projet qui est clairement sur la table. En janvier 2026, on ne peut plus bouger la structure existante pour la saison en cours, et 2027 reste encore incertain, même si “il ne faut jamais dire jamais”. On y travaille, mais ce ne sera pas opérationnel pour 2026 et ce n’est pas encore acquis pour 2027.
Si on entre dans le concret : quels sont les objectifs sportivement affichés pour 2026 ? Classement UCI, grandes courses, nombre de victoires ?
Sur le papier, tout le monde veut gagner sur le Tour de France, et nous les premiers. On a déjà un plan très clair pour le sprint, avec l’idée d’arriver sur le Tour avec des ambitions assumées sur les étapes, sans se disperser sur un général qui n’est pas notre terrain. A Paris-Roubaix, sur le papier, on fait partie des quatre ou cinq équipes les plus fortes. Le Nord, c’est le terrain de Cofidis, donc évidemment que l’ambition est très élevée sur ce bloc, mais plus globalement, ce que je veux, c’est que chaque coureur ait des courses où il peut s’épanouir, qu’il soit leader, lanceur, ou équipier de luxe. Le nombre de victoires ne dit pas tout : je préfère une équipe qui prend du plaisir et qui performe collectivement plutôt qu’un simple compteur.
Et sur le plan comptable, l’objectif UCI est clair ?
Oui, il faut se réinstaller dans le top 18 mondial. Être 18e ou 16e ne change pas grand-chose, mais il faut être dans cette zone-là pour retrouver le confort du WorldTour et lancer le cycle 2026–2028 sur de bonnes bases.
Le cyclisme vit une période de grande instabilité, avec des budgets qui explosent et des équipes historiques qui disparaissent. Dans ce contexte, la relégation de Cofidis a-t-elle mis l’avenir de l’équipe en danger ?
Non. Le partenariat avec Cofidis est sécurisé jusqu’à fin 2028, et le président a été très clair lorsqu’il m’a embauché : l’engagement est solide et pensé dans la durée. Avec trente ans d’investissement dans le cyclisme, Cofidis a prouvé que c’était un partenaire fidèle, et il n’y a aujourd’hui aucune discussion ouverte sur un arrêt du projet.
Donc le message est simple : projet stable, mais ambition maximale.
Exactement. À nous, maintenant, de faire en sorte que cette fidélité se traduise par des résultats, des victoires et une place retrouvée parmi les meilleures équipes mondiales.







Bonsoir,
Pourquoi ai je eu des points retirés a Brenner? Il termine le TDU avec 225 points en raison de sa 4eme place. Or j'avais un bonus de x2 vu qu'il ne coûte que 4. Le TDU faisait partie de mes courses doublées. Il doit donc me rapporter 900 points sans compter les 2 points rapportés durant les étapes. Merci de m'expliquer pourquoi ce n'est plus le cas.
Bien a vous