Picnic-PostNL au bord du précipice : la fin d’un modèle actionnarial dans le cyclisme ?
- Romain Bougourd

- il y a 12 heures
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Alors que l’équipe néerlandaise Picnic-PostNL est au bord du gouffre financier, son actionnaire-fondateur Iwan Spekenbrink doit trouver des fonds et probablement un repreneur pour rester en vie. Au-delà du cas batave, c’est tout un modèle actionnarial - celui des fondateurs actionnaires uniques – qui est menacé de disparition. Décryptage.

Il y a un an, on se projetait sur les équipes qui joueraient le maintien et la montée en World Tour, et Picnic-PostNL faisait partie des équipes en danger. C’était sans compter sur un Tour de France presque miraculeux de la part des Néerlandais et de leur leader Oscar Onley surprenant 4e. Avec plus de 1 000 points empochés, il garantissait le maintien de sa formation dans l’élite mondiale. C’était il y a à peine 6 mois, et le rêve est bel et bien terminé pour le team néerlandais. A l’entame de ce nouveau cycle UCI 2026-2028, la formation d’Iwan Spekenbrink a reçu la validation de sa licence World Tour… Pour seulement une saison, soit 2026. La raison ? Un trou financier béant creusé depuis plusieurs saisons.
Picnic-PostNL au bord du précipice : la fin d’un modèle actionnarial dans le cyclisme ?
C’est en réalité un article de Money in Sport, publié fin janvier, qui dévoile l’ampleur de la situation. Sur les saisons 2022 à 2024, les bleu et orange ont enregistré un cumul de 19,5 M€ de pertes opérationnelles, et un passif net fin 2024 de -18,8 M€. Soit des dettes gigantesques pour une société aux revenus estimés à 12 M€ en 2024. Un véritable gouffre financier que Spekenbrink doit absolument remplir afin de survivre. Le transfert d’Onley vers Ineos, officialisé fin décembre, est à analyser dans cette perspective : il aurait rapporté près de 7 M€ aux Néerlandais. « Alors que l’équipe aurait voulu conserver Oscar Onley au-delà de la durée de son contrat, la proposition était d’une nature que ni Oscar ni l’équipe n’était en mesure de refuser », déclarait l’équipe dans son communiqué. On le confirme.
De 10 à 4 équipes appartenant toujours à leur actionnaire en 3 saisons : vers la fin d’un modèle actionnarial dans le cyclisme ?
Sauf que sans son leader, le team PPN se retrouve face à un double enjeu : assurer son maintien sportif… et financier. Les deux sont remis en cause. Si Iwan Spekenbrink est parvenu à trouver des partenaires avec un réel succès depuis la création de l’équipe en 2005 (Sunweb, DSM, Picnic), l’étau semble se resserrer autour de lui. Et plus globalement, c’est tout un modèle actionnarial du cyclisme qui est menacé. Avec l’explosion des budgets et l’inflation qui touche tous les postes de dépenses d’une équipe cycliste (salaires, matériel, déplacement, logement sur les courses, R&D, taille du staff), rares sont les entrepreneurs comme Spekenbrink qui parviennent à rester seuls actionnaires de l’équipe qu’ils ont créé. Vincent Lavenu, Marc Madiot, Emmanuel Hubert, Ralph Denk, Jonathan Vaughters, Eusébio Unzue, Jean-François Bourlart : tous ces illustres patrons d’équipe ont soit passé la main, soit perdu la main, soit fait entrer un groupe (grand ou pas) au capital pour se renforcer, tant budgétairement qu’opérationnellement. L’illustration ci-dessous le montre : de 10 équipes appartenant à leur fondateur en 2023, elles ne sont plus que 4 parmi les 18 formations WT en 2026. Et parmi ces dernières, les frères Roodhooft ont connu un hiver compliqué pour remplacer Deceuninck, Spekenbrink est en grande difficulté tandis que Gerry Ryan (Team Jayco AlUla) a fait entrer les Saoudiens dans le sponsoring de l’équipe et Zdenek Bakala (Soudal Quick-Step) est un mécène bien exceptionnel.

Reste encore Richard Plugge, qui n’est pas seul aux manettes de Visma Lease-a-Bike, et Jean-René Bernaudeau, à l’échelon inférieur, qui doit sauver son équipe avant de probablement se retirer du milieu. Bref, être seul à la barre n’est plus viable dans l’économie du cyclisme professionnel. Pourquoi ?
Face à l’inflation des budgets, le poids est trop lourd pour un entrepreneur seul
Nous l’avions déjà en partie expliqué dans un précédent article. Pour suivre l’inflation des budgets et obtenir le minimum vital de 20 M€ pour survivre en World Tour, il faut cibler des entreprises d’une taille nettement plus importante que par le passé (au minimum 1 milliards de chiffre d’affaires). Et en conséquence : le nombre de cible se réduit drastiquement et le processus de validation d’investissements à ces montants est plus complexe. Il faut donc peser lourd pour démontrer l’intérêt d’investir dans son équipe, justifier de process en place dignes des plus grands groupes (notre interview de Dominique Serieys l’a bien démontrée) et réussir à être mis en relation avec les interlocuteurs clés au sein de ces multinationales.
C’est en partie pour cela que des Jérôme Pineau ou Emmanuel Hubert ont échoué : ils manquaient de ces atouts pour convaincre les hautes sphères. La solution est donc de vendre pour se développer, ce qu’ont dû faire tous les hommes cités précédemment. Spekenbrink se trouvera donc probablement bientôt face à ce dilemme : vendre ou sombrer. On lui souhaite de trouver une porte de sortie par la première option, pour éviter une nouvelle catastrophe pour une centaine d’employés d’un secteur bien tendu. A suivre.







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