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Lenny Martinez, un cap de passé à confirmer sur le Tour de France 2026

Enfin régulier sur les courses d'une semaine, Lenny Martinez a réussi une première partie de saison 2026 éblouissante, qui confirme son cap physique passé cet hiver. Mais à l'aube du Tour de France, le Français de la Bahrain-Victorious préfère s'imaginer lever les bras en juillet que se battre pour un classement général. Question de nature profonde.


Lenny Martinez, un cap de passé à confirmer sur le Tour de France 2026

Il y a ceux qui bâtissent leur carrière autour des classements généraux. Ceux qui calculent, économisent, gèrent leurs efforts pour gagner quelques secondes par-ci, en sauver quelques-unes par-là. Et puis il y a ceux qui courent pour l'ivresse de la victoire, pour les chevauchées spectaculaires, pour les journées où tout se joue sur un coup d'audace. Lenny Martinez, lui, n'appartient totalement à aucune de ces catégories, mais se régale dans les deux domaines.


Un an après sa découverte de la Grande Boucle, le Français de la Bahrain-Victorious s'apprête à retrouver le Tour de France avec l'envie d'être acteur, pas gestionnaire, des trois semaines de juillet. Et qu'importe si sa saison lui aura apporté des certitudes nouvelles sur sa capacité à jouer les premiers rôles. Car, oui, en 2026, Lenny Martinez fait partie des meilleurs mondiaux sur les courses par étapes, un statut qu'il compte bien assumer sur le Tour de Suisse, dont il sera un des favoris pour le podium derrière l'ogre Tadej Pogacar. Son potentiel n'avait jamais fait débat. On connait le talent immense du jeune Tricolore. Sa régularité, en revanche, constituait encore un frein majeur il y a un an.


Un gros cap franchi en 2026 à confirmer sur le Tour de Suisse

"Je sais que, quand je suis dans un bon jour, je peux être très fort mais il y a des jours où j'ai l'impression que ça ne va pas du tout, que le vélo n'avance pas, avouait-il dans une interview accordée à L'Equipe, en décembre dernier. Ça a toujours été comme ça. Il pouvait m'arriver en juniors de faire 100e le samedi et le dimanche d'être super fort et de gagner. C'est juste physique parce que cette année (en 2025), je me suis rendu compte que j'avais beau être super motivé, super heureux dans le bus et, dans le premier col, me trouver complètement nul". Mais cette irrégularité, ces jours sans, Lenny Martinez les a mis de côté en 2026. Que ce soit sur Paris-Nice (5e et une victoire d'étape), sur le Tour de Catalogne (2e) ou le Tour de Romandie (3e), l'ancien de la Groupama-FDJ a toujours répondu présent, au point d'avoir fini dans le top 10 de toutes ces courses de l'année (5e du Tour des Alpes-Maritimes, 3e de la Faun-Ardèche et de la Faun Drôme, 8e de la Flèche Wallonne).



"Ça a beaucoup changé par rapport à l’an dernier, j’ai pu faire le général un peu partout, avouait-il à DirectVélo. Mon début de saison a été parfait. J’attendais de faire de belles choses et ça a été fait". La concrétisation d'un gros travail hivernal qui a vu le Tricolore franchir un cap, et même plusieurs. "Honnêtement, j'ai progressé de partout cette année : au sprint, sur les efforts punchy, sur les efforts de 20-30 minutes…, expliquait-il en mars dans Bistro Vélo. J'ai passé un cap dans tous les domaines. Je n'ai pas spécialement travaillé le plan mental, mais c'est venu naturellement, du fait que je sois plus fort. Avec l'expérience, maintenant je sais que je peux être mal en milieu d'étape mais que ça peut revenir ensuite, ça peut s'inverser". Ca s'est ressenti dans ses résultats et, forcément, au moment de revenir sur le Tour de France, une question s'impose : ce nouveau Lenny Martinez peut-il viser un classement général ambitieux sur la Grande Boucle ? La véritable interrogation est peut-être ailleurs. Le veut-il vraiment ? Il devra déjà briller sur le Tour de Suisse 2026 où il va croiser la route de Tadej Pogacar

Ça me manque de ne pas aller dans des échappées

Car derrière le coureur plus complet se cache toujours le même compétiteur instinctif. Celui qui s'ennuie lorsqu'il doit calculer. Celui pour qui la victoire reste la seule véritable récompense. Rester sagement dans le peloton ? Une torture. "Remporter des courses, c'est le but ultime et, pour l'instant, je m'épanouis à fond là-dedans, expliquait-il en décembre dernier. Quand on me dit sur une course de chasser les étapes, je n'ai pas envie de finir deuxième ou troisième. C'est soit premier, soit rien. Un classement général, c'est beau, mais c'est différent. Je sais que je donne beaucoup plus d'émotion aux gens que je connais en gagnant des courses qu'en jouant les classements généraux". Une déclaration qui résume parfaitement le personnage. Un classement général est prestigieux, une victoire d'étape est éternelle. Mais ça, c'était avant.



Avant de rivaliser - au moins quelques kilomètres dans une ascension - avec Tadej Pogacar sur le dernier Tour de Romandie. Avant de passer ce cap dans la régularité et dans le niveau en montagne qui en fait un naturel candidat au top 10 sur le Tour de France 2026. En tout cas, sur le papier. Parce qu'en juillet, entre Barcelone et Paris, ce n'est pas dans le peloton qu'on devrait le plus le voir. "Sur le Tour de France, je pense que je vais rester sur mon idée de jouer les étapes et le maillot à pois, assumait t-il en mai pour DirectVélo. Ça me manque de ne pas aller dans des échappées, même si j’ai pris du plaisir à faire le général sur les dernières courses". Comme si son instinct refusait de céder à la logique. Comme si le grimpeur romantique résistait encore au gestionnaire que les résultats voudraient faire émerger. Parce qu'on peut progresser, gagner en maturité, devenir un coureur plus complet. Mais il est beaucoup plus difficile de changer sa nature profonde.


Lenny Martinez aura-t-il la liberté dont il rêve sur le Tour de France 2026?

Chez les Martinez, le Tour de France ne se raconte pas seulement en classements généraux. Il se raconte aussi en maillots à pois, en victoires d'étape et en panache. Son père Mariano avait lui-même marqué l'édition 1978 en remportant les deux. L'an passé, le Français de la Bahrain-Victorious n'avait jamais été dans le coup au classement général et avait multiplié les échappés (Rouen, Puy-de-Sancy, Hautacam et Superbagnères), en vain. Cette fois, les choses sont différentes. Plus fort, plus mature, plus résistant, il semble armé pour transformer les promesses d'hier en victoires de juillet. Reste un obstacle : sa nouvelle réputation.



Car les favoris ne regardent plus Lenny Martinez comme un simple chasseur d'étapes. Quand un coureur est capable de suivre Pogacar ou Vingegaard dans les grandes ascensions, il cesse immédiatement d'être anodin au classement général. Et cette reconnaissance a un prix : elle réduit la liberté. Heureusement pour le Tricolore, délaisser le classement général est bien plus facile que de s'y accrocher. Sur le plan physique en tout. Car à la vue de son année 2026, voir Lenny Martinez se laisser décrocher pour mieux prendre les échappées laisserait un goût amer. Une amertume qui s'effacera facilement avec un ou deux bouquets en juillet. Et qui sait : ce ne serait pas la première fois qu'un coureur profite d'une échappée victorieuse pour se replacer au classement général...

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