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Qu'est ce qui cloche avec EF Education-Easy Post en 2026 ? Une saison de paradoxe

Sur les plus grandes courses, EF Education-EasyPost continue de faire briller son maillot et de collectionner des succès de prestige. Mais derrière ces victoires se cachent un paradoxe, celui d'une équipe qui vise les sommets avec un effectif limité pour un tel calendrier, et qui voit les points lui échapper malgré ses coups d'éclat.


Qu'est ce qui cloche avec EF Education-Easy Post en 2026? Une saison de paradoxe

Une saison peut parfois ressembler à un mirage. De loin, elle scintille des reflets du prestige, des bouquets levés vers le ciel, des images qui s’impriment dans les mémoires et donnent l’illusion d’une route parfaitement tracée. EF Education-EasyPost connaît en 2026 ce paradoxe. Son début de saison a offert quelques sommets, assez éclatants pour rappeler la valeur de ses coureurs, mais, derrière cette façade lumineuse, une autre réalité se dessine, plus préoccupante. Car si les victoires attirent les regards, le classement UCI, lui, ne s'émeut ni des récits ni des émotions. Il accumule les chiffres avec une froideur implacable. Et à l'heure des comptes, les motifs de satisfaction ne pèsent pas bien lourds face aux besoins de l'équipe.


Le plein de chutes plutôt que le plein de points

A l'approche de la mi-saison, la formation de Jonathan Vaughters n'occupe que la 21e place au classement UCI, derrière des formations Pro Teams comme Unibet Rose Rockets, Tudor Pro ou encore Pinarello Q36.5. Elle accuse même près de 1000 points de retard sur Movistar, pourtant dans une saison que beaucoup jugeraient décevante. C'est dire si 2026 est loin d’être un long fleuve tranquille pour EF Education-EasyPost. Pourtant, l'équipe amércaine répond encore présente lorsque les projecteurs s'allument : Luke Lamperti a levé les bras sur Paris-Nice et Michael Valgren s'est offert un doublé de prestige sur Tirreno-Adriatico puis sur le Giro, à Andalo. Trois victoires de premier plan, inattendues, auxquelles s'ajoutent les troisièmes places finales de Harry Sweeny sur le Tour Down Under et de Georg Steinhauser sur Paris-Nice. Un bilan honorable. Mais en apparence seulement .



Leader historique de l'équipe, Richard Carapaz montait en puissance (10e en Catalogne) à l'approche d'un Giro censé être son objectif de l'année, mais l'Equatorien a finalement raté la course italienne pour cause d'une opération du périnée. Son apport en points UCI s'en ressent évidemment et est bien loin des attentes de la formation américaine, qui a besoin de ses coureurs d'expérience. Mais aucun n'a répondu présent, de Kasper Asgreen, transparent sur les flandriennes (23e d'In Flanders Fields comme meilleur résultat), à Neilson Powless, qui n'a plus couru depuis sa chute en Provence en février, en passant par Ben Healy, privé des classiques ardennaises et des centaines de points que l'Irlandais aurait surement glanés après une chute au Pays Basque. La malchance explique beaucoup. Elle n'explique pas tout.


Astana, la voie à suivre pour EF Education-Easy Post

Car lorsqu'une équipe ne possède ni la profondeur ni la densité nécessaires pour rivaliser avec les meilleures formations du monde, elle doit trouver d'autres chemins vers la survie. XDS Astana l'a démontré avec éclat l'an dernier. Son spectaculaire redressement n'est pas né des monuments ou des Grands Tours, mais d'une conquête méthodique du calendrier continental. Tour de Turquie, Tour de Hongrie, Tour de Hellas, Boucles de la Mayenne, Tour of Magnificent Qinghai ou encore Tour of Taihu Lake… Autant de victoires moins prestigieuses mais terriblement rentables. À elles seules, ces six courses ont rapporté plus de 1 100 points à la formation kazakhe, un total dont EF Education-EasyPost ne peut aujourd'hui que rêver. Car la formation américaine peine à transformer les épreuves de second rang en terrain de récolte.



À l'exception du Tour d'Oman en début de saison, elle concentre l'essentiel de son programme continental sur l'Europe Tour, le circuit le plus dense et le plus concurrentiel. Un choix ambitieux, presque romantique dans sa volonté de se mesurer aux meilleurs, mais qui se révèle désastreux dans la logique comptable actuelle. Deux tops 10 sur les courses par étapes, deux tops 5 sur les semi-classiques continentales : la moisson est maigre. Beaucoup trop maigre. Bien sûr, EF paie les absences de Carapaz, Powless et Healy, ses trois principaux pourvoyeurs de points. Bien sûr, elle paie également la jeunesse d'un effectif encore tendre lorsqu'il s'agit d'assumer seul les responsabilités. Mais les difficultés du printemps révèlent surtout les limites d'une construction sportive déséquilibrée.


Il est temps de s'adapter

L'équipe américaine ne dispose pas d'un bon spécialiste des classiques pavées, pourtant omniprésentes dans le calendrier européen du premier semestre, ou d'un autre grimpeur que Carapaz, capable de multiplier les résultats sur les courses par étapes. Elle ne possède pas plus un sprinteur de premier plan, malgré la régularité encourageante de Madis Mihkels sur le Giro. Alors, en persistant à concentrer ses efforts sur le calendrier européen, elle s'expose à des terrains qui mettent en lumière ses faiblesses davantage que ses qualités. La menace de la relégation n'est pas encore immédiate, le nouveau cycle triennal ne faisant que commencer. Mais l'écart avec les équipes les plus performantes continue de se creuser.



L'an dernier, Richard Carapaz avait considérablement allégé la pression grâce à son podium sur le Giro. Imaginer un exploit similaire sur le prochain Tour de France relève aujourd'hui de l'utopisme. Il faudra sans doute une deuxième partie de saison remarquable, entre la Vuelta, les classiques canadiennes et les rendez-vous italiens de l'automne, pour limiter les dégâts. Ou alors accepter une réalité devenue difficile à ignorer : celle d'une équipe qui doit adapter son calendrier à ses moyens actuels plutôt qu'à son statut passé. Car le prestige nourrit les souvenirs. Les points, eux, dessinent l'avenir. Et pour EF Education-EasyPost, l'avenir commence à ressembler à une urgence.

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