• Quentin D.

Le Terrible Zoncolan

Son nom pourrait tout à fait baptiser le grand méchant dans un blockbuster américain ou dans le nouveau streetfighter. Oui, car le Zoncolan est un monstre. Il s’agit d’un des cols les plus durs du monde escaladé par le peloton professionnel. Programmé régulièrement sur le Giro, il revient cette année lors de 14ème étape annonçant un final explosif. Qu’est-ce que le Zoncolan exactement ? Vélofuté vous décrypte l’ascension pour mieux comprendre.


Un peu d’histoire


Le Zoncolan ne fait pas partie des ancêtres du Giro. Le Tour d’Italie n’a emprunté ce col pour la première fois qu’en 2003, du côté du Sutrio. Pour cette inauguration, Gilberto Simoni volait la vedette à Marco Pantani, champion sur le déclin qui réalisait alors son dernier fait d’arme. En 2007, c’est de nouveau le fantasque Simoni qui remportait l’étape, sans remporter le maillot rose cette fois-ci, le laissant à son compratriote Di Luca.

Entre 2010 et 2018, se sont succédés Ivan Basso, Igor Anton, Michael Rodgers et plus récemment, Christopher Froome au palmarès de ce géant. Chez les femmes, c’est Annemiek van Vleuten qui est la dernière à avoir remporté l’étape en son sommet.


L’ascension – Au départ de Sutrio – Versant Est.


Il y a trois voies d’accès possibles au Zoncolan. Attardons-nous plus particulièrement sur celle qu’empruntera le peloton en mai 2021.

Faisant même trembler les cyclistes professionnels, ce colossal Zoncolan est légendaire. Il véhicule la peur. En effet, ce versant sort des muscles de 14km de long avec ses 9% de pente moyenne pour un total de 1200m de dénivelé. Quand on sait que c’est le côté le plus facile, on n’imagine pas le chantier que représentent les deux autres voies. Le combat qui vous attend se déroule en 3 rounds.


Premier round : Le Zoncolan est extrêmement irrégulier. Aucun rythme ne peut se prendre tant la variation de la pente est importante d’une partie à l’autre. Sur les 5 premiers kilomètres, vous alternez à plusieurs reprises entre du 3% et du 11% et cela, de façon incessante. Difficile donc de trouver son tempo. Les uppercuts s’enchaînent sans que l’on puisse les esquiver. On subit sur l’ensemble des 5 lacets. La route au départ large se raccourcit, le revêtement est très moyen. Quelques arbres permettent de s’abriter du soleil même si la majeure partie de la route est sous le cagnard. On manque d’alliés.

Second round : Sur les 5 kilomètres suivants, l’exigence monte d’un cran puisque de nombreux passages tournent au-delà des 11%. Certains durent plus d’un kilomètre. On manque de souffle, on dandine les hanches. Les lacets ont laissé place à des routes plus rectilignes. A ces pourcentages, le moral prend un coût avec une impression de rester sur place. Pendant ce long combat, on peut seulement souffler un peu après la station de Ski entre le 10ème et le 11ème km avec du 1,5% de moyenne. Idéal pour retrouver les idées claires et affronter la partie finale. On apprécie la forêt dense et fleurie qui nous entoure par moment même si cela gâche un peu la vue. Finalement, il a de la douceur ce Zoncolan.


Dernier round : Ce dernier acte est de la survie. La route est bien plus sinueuse et étroite. Aucun arbre ne vous protégera. Vous êtes sous le soleil, seul face à vous-même. 3 kilomètres à 13,5%. Votre n’êtes plus qu’un pantin désarticulé tel l’anglais Hugh Carthy dans l’Angliru. Le colosse Zoncolan abat ses dernières cartes pour vous empêcher de l’emporter. La bataille est terrible. Les lignes droites sont interminables et le pourcentage de la pente vous accable. On a même du 20% par endroit… ! Pourtant, Dieu sait que c’est beau autour de nous (mais on s’en fiche bordel !) C’est même surhumain de réussir l’exploit d’y arriver sans poser pied à terre. Aucun répit, aucun replat. Ces trois kilomètres marathon sont un supplice.

Ne pas s’affoler est le leitmotiv. Chaque coup de pédale est une victoire. Qu’ils sont longs ces derniers mètres à piocher (on en trouverait presque du pétrole). Après de longues minutes à agoniser, vous arriverez aux 1750m de hauteur et pourrez prendre la pose sur la fameuse signalétique « Sella Monte Zoncolan ».


Vous sortez vainqueur du Zoncolan. Vous vous rendrez surtout compte que ce n’était pas un adversaire mais un ami. Cet ami qui vous veut du bien. Il vous permet de voir vos limites et de vous dépasser. Ce col est aussi dur que beau. Le dernier tiers de la montée, là où les difficultés s’additionnent les unes aux autres, est un lieu bucolique et enchanteur. Félicitez-vous d’avoir gravi l’un des cols les plus durs du monde. Le Zoncolan n’est pas qu’un mythe, c’est un pèlerinage à faire absolument pour tous les amoureux de la bicyclette. En attendant de voir nos héros l’escalader lors du moi mai, nous avons pris un réel plaisir à partager notre expérience.


Zoncolan versant Ouest par Ovaro : 10,5km à 11,5% avec des pentes à 23%


Zoncolan versant Est par Priola : 8 ;9km à 12,8% avec des pentes à 23%


Petit conseil pratique : Nous ne saurons vous conseiller qu’un braquet 30x34 pour profiter (juste un peu) de ce moment. Inutile de vous dire qu’un entrainement est nécessaire pour le gravir. (2000km avec du D+)


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