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L'art du contre-la-montre par équipes

Aucun exercice dans le cyclisme n’est plus complexe ou ne nécessite plus de justesse que le contre-la-montre par équipes. Presque disparu dans le cyclisme moderne, alors qu’il occupait une place majeure dans le Tour de France des années 70-80, il reste un véritable exercice de style, unique en son genre. On vous explique tout.



« Il n’y a pas grand-chose qui ait la même intensité qu’une équipe bien en place, bien organisée, lancée à 60km/h… C’est beau à voir ». Le compliment a été donné sur France Télévisions lors du Tour de France 2018 par Dan Martin, pourtant pas le plus grand adepte et encore moins spécialiste du contre-la-montre. Mais, par équipes, l’exercice n’a plus rien à voir avec sa version individuelle. Il devient un exercice de style, un ballet de coureurs rodés qui exécutent une partition où chaque fausse note se compte en secondes. Décryptage.


1- Réussir son départ


Il existe quatre fondamentaux dans le contre-la-montre par équipes, indispensables pour performer : rester groupé puis finir fort, gérer et, surtout, ne jamais ralentir le groupe. Mais il est impossible de réussir cela si le départ n’a pas été bien géré. L’objectif du premier relayeur ? Atteindre une vitesse déterminée à l’avance, au bout d’une quarantaine de secondes d’effort. « Il faut produire un effort régulier, expliquait l’ancien rouleur David Millar en 2013 pour l’Equipe. Si tu pars trop fort, tout le monde est en surrégime. Et il faut que le deuxième relayeur soit assez fort pour absorber le lactate et l’accélération du départ. C’est à lui que revient le rôle primordial de fixer la vitesse pour le groupe ». Une fois lancée, la tâche de l’équipe est plus simple, sur le papier : conserver sa vitesse.


2- Ne jamais ralentir l’allure


« Le plus important dans un chrono par équipes, quand tu es en première position, c’est qu’il ne faut surtout pas que tu ralentisses la vitesse du groupe, expliquait le manager de la Cofidis Cédric Vasseur à France Télévisions, lors du Tour 2018. Au contraire, il faut même que tu essaies de l’augmenter ». Un exercice loin d’être facile et qui demande forcément au coureur concerné d’avoir encore les jambes, encore plus quand il n’est pas le plus fort de son équipe. Et c’est là que la stratégie d’équipe rentre en jeu. En fonction des coureurs alignés et de leur capacité à rouler fort et longtemps (ou non), chaque formation doit choisir comment gérer son chrono.


3- Rester groupé un maximum


Généralement, toutes les équipes privilégient l’homogénéité. « Ce qui fait la différence dans un chrono comme ça, de 35km, c’est la gestion lors de la première partie, analysait en 2018 Alain Gallopin pour France Télévisions, lors de la reconnaissance du chrono de Cholet. Il faut garder le groupe comme ça, entier. Il ne faut surtout pas perdre de coureur dans la première partie et rester bien homogène. La différence se fera dans la deuxième partie, où les costauds prendront des relais beaucoup plus longs que les autres ». Sur le papier, rien de plus simple. Mais rouler vite et ensemble n’a rien de simple, surtout si l’équipe n’a pas que des bons rouleurs.


Il faut par ailleurs rester compact, notamment après un virage lors de la relance. C'est dans ces moments là que le groupe a tendance à se disperser. Une équipe qui commence à devoir boucher des trous est une équipe désorganisée qui aura beaucoup de difficulté à finir sur le podium. Entasser des bons rouleurs ne sera pas 100% efficace si ceux-ci ne sont pas coordonnés. Ce fut notamment la force de Orica GreenEdge et son collectif. Une vraie spécialité d'équipe.


4- Le plus fort ne doit pas rouler plus vite mais plus longtemps


Alors comment faire pour continuer à rester groupé sans perdre de précieuses secondes ? Surtout si le moins bon rouleur est le leader. « Le plus fort ne va pas rouler plus vite qu’un autre mais il va rouler plus longtemps, expliquait Julien Pinot, entraîneur à la FDJ, à L’Equipe en 2015. Chaque coureur doit maintenir l’allure du train sans le ralentir. Les relais les plus longs vont jusqu’à 30 secondes. En revanche, les leaders en difficulté en chrono, il vaut mieux les laisser dans les roues. Ainsi, ils ne ralentissent pas l’allure du groupe et, surtout, ils seront à l’arrivée avec les autres ». Telles sont les clés de ce magnifique exercice visuel qu’est le contre-la-montre par équipes. Du moins, elles l’étaient avant ce nouveau règlement instauré cette année sur Paris-Nice.



Nouveau règlement mais pas de révolution


Exit le temps pris sur le 4e ou 5e coure, désormais chaque coureur aura son propre temps. De quoi fondamentalement changer la discipline et la manière de l’aborder ? Pas vraiment. « 32km c’est significatif, il y aura des écarts mais, globalement, je ne pense pas que ça change grand-chose en terme de classements ou de stratégie, tempérait Nicolas Fritsch, dans sa Chronique sur Eurosport.fr. On va toujours plus vite quand on est plus nombreux, plus longtemps, donc il y aura toujours intérêt à rester ensemble sur les ¾ du parcours ». Alors que cela va-t-il changer ?


« Il pourrait y avoir des stratégies différentes dans le final, en fonction des compositions des équipes, avoue t-il. On peut très bien ne rien changer et faire un chrono par équipes classique, si l’on a une formation aussi forte et homogène sur le papier que l’a Jumbo-Visma. Pogacar est moins bien entouré donc UAE Team Emirates pourrait se retrouver plus vite à 3 ou 4. Mais ce seront les plus forts et le nouveau règlement permettra à Pogacar de profiter de son finish dans le dernier kilomètre. Et, peut-être gratter 3-4’’». En somme, il ne faut pas s’attendre à une révolution, ni tactique, ni du rapport de force. Ce contre-la-montre par équipes de Paris-Nice en reste un et c’est une bonne nouvelle. En tout cas pour le spectateur.

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