Geoffrey Bouchard (Team TotalEnergies) : « Etre offensif et tenter des coups audacieux »
- Romain Bougourd
- il y a 13 heures
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1 mois et demi après avoir annoncé sa retraite, à 33 ans, Geoffrey Bouchard a finalement rejoint le Team TotalEnergies en novembre dernier pour 1 an. Meilleur grimpeur de la Vuelta 2019 et du Giro 2021, le Dijonnais compte savourer cette saison « bonus » et aider l’équipe vendéenne à briller en 2026, année cruciale dans la recherche d’un sponsor. Entretien.

Coureur discret mais non moins talentueux, Geoffrey Bouchard a connu une fin d’année atypique. Blessé à la clavicule sur le Tour du Luxembourg en septembre, le grimpeur de Decathlon-AG2R voit le team savoyard se séparer de nombreux coureurs et anticipe la fin de l’aventure. Le 13 octobre, il annonce sa retraite, après 8 ans chez les pros. Mais c’était sans compter sur l’appel du Team TotalEnergies, qui voit dans le meilleur grimpeur du Giro 2021 un formidable élément pour renforcer le pôle montagne autour de Jordan Jegat. Entretien avec un rescapé de l’hécatombe des cyclistes pros fin 2025.
Le 13 octobre, tu annonces prendre ta retraite, à 33 ans, après 8 saisons en professionnel. Puis le 24 novembre, tu signes un an chez le Team TotalEnergies. Peux-tu nous raconter ce revirement ?
Sur le Tour du Luxembourg en septembre, il y a eu une vague dans le peloton, je suis parti sur le trottoir, j’ai chuté et j’ai dû abandonner, je me suis cassé la clavicule. Avec le contexte du moment, l’absence de nouvelles de la part de l’équipe et le fait que mon contrat s’arrêtait fin décembre, j’ai vraiment pensé que ma carrière était terminée, c’est pour ça que j’ai annoncé ma retraite. Finalement, TotalEnergies m’a contacté à la mi-novembre et on s’est mis d’accord pour faire une saison ensemble en 2026, voire plus si tout se passe bien.
Pendant ta convalescence, la retraite était-elle vraiment actée dans ta tête ?
Au début, j’étais surtout concentré sur la convalescence, parce que la blessure prenait beaucoup de place dans mon quotidien. En parallèle, je m’étais dit que j’allais enclencher des démarches de reconversion : je me suis inscrit au DEJEPS spécialité cyclisme, sport de haut niveau, et je commençais à préparer des formations. Mais dès que j’ai pu refaire du sport, le plaisir est revenu et, avec lui, l’envie de continuer à courir.
Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis et accepter de repartir pour une saison ?
Quand j’ai reçu l’appel de Benoît Genauzeau, je me suis dit qu’une opportunité comme celle-là, il fallait savoir la saisir. Je suis parti en stage avec l’équipe en janvier et, en vivant le projet de l’intérieur, j’ai été encore plus agréablement surpris. C’est une très belle structure, avec une philosophie que j’aime : faire les choses sérieusement sans se prendre trop au sérieux, dans une excellente ambiance entre coureurs et staff.
"Je rejoins une équipe assez décomplexée, avec la possibilité de courir de manière offensive et de tenter des coups audacieux, ce qui me plaît beaucoup"
Toi qui as passé toute ta carrière pro dans la même équipe auparavant (Decathlon AG2R depuis 2018), comment vis-tu ce changement d’environnement ?
J’ai fait toutes mes années pros dans la même formation WorldTeam, que j’ai vue évoluer pendant huit ans vers une structure très ambitieuse, très structurée, avec beaucoup de personnel, de process, de matériel et d’encadrement haut de gamme. Je garde de très bons rapports avec les coureurs et le staff là-bas, et le fait qu’ils soient prêts à m’accompagner dans ma reconversion si ma carrière s’était arrêtée montre la qualité humaine de l’équipe. En même temps, je ne faisais plus partie des plans sportifs, je n’étais plus au niveau des exigences, et les pépins des deux dernières années m’avaient un peu freiné, donc changer d’environnement était sans doute la meilleure chose qui pouvait m’arriver.
Que retiens-tu de ta dernière saison, entre belles performances et fin compliquée ?
Ce sont clairement des montagnes russes émotionnelles. Il y a eu de très belles choses, comme des bonnes performances sur les courses par étapes et cette étape de l’UAE Tour où on a essayé de dynamiter le peloton, et où Felix Gall termine troisième derrière des coureurs comme Pogacar, ce qui montre aussi le niveau et la difficulté de gagner dans ce contexte. En parallèle, j’étais prêt pour le Giro après un super stage de préparation avec Nicolas Prodhomme. A cause de ma chute, je l’ai finalement regardé sur mon canapé, ce qui a été frustrant.
Passer d’une grosse WorldTeam à une ProTeam comme TotalEnergies, qu’est-ce que ça change concrètement pour toi ?
Honnêtement, sur le plan de la performance pure et de l’accompagnement, il n’y a pas énormément de différences. La vraie nuance, c’est qu’en ProTeam on dépend des invitations pour les grandes courses, ce qui a un impact sur le calendrier. Pour le reste, on a un staff très impliqué, notamment au niveau des entraîneurs, et je fais même certaines choses nouvelles dans l’entraînement que je ne faisais pas auparavant.
Avec quelle ambition arrives-tu dans cette équipe, après avoir déjà envisagé ta reconversion ?
On peut dire que c’est un peu une année bonus, car à la base je me préparais à tout autre chose. Je rejoins une équipe assez décomplexée, avec la possibilité de courir de manière offensive et de tenter des coups audacieux, ce qui me plaît beaucoup. Avec mon expérience, je peux aussi apporter des conseils, rassurer, transmettre des choses qui me paraissent évidentes mais ne le sont pas forcément pour les plus jeunes, tout en essayant de retrouver un très bon niveau de performance.
"Jordan est un coureur très intéressant, et ce serait évidemment un beau rôle de l’accompagner sur des courses comme le Tour de France"
Sur le plan sportif personnel, quels sont tes objectifs pour 2026 ?
Franchement, ça fait un moment que je n’ai pas couru, ma dernière vraie compétition doit être le Tour du Limousin en août, donc il va déjà falloir se remettre dans le rythme. L’idée, c’est d’avoir confiance dans le process, d’être sérieux au quotidien et de laisser le travail payer, avec la volonté de retrouver des résultats et un niveau très correct, ce en quoi l’équipe croit beaucoup.
Le maillot à pois sur le Tour de France, est-ce un rêve caché pour compléter ta collection après le Giro et la Vuelta ?
Honnêtement, ce serait très compliqué. Je disais la même chose pour le Giro et au final ça s’est fait, donc il ne faut jamais dire jamais, mais ce n’est pas un objectif acté ni discuté avec le staff pour le moment. On verra comment la saison se déroule, si je suis sélectionné pour le Tour ou non, d’autant qu’il y a des jeunes qui poussent et que des révélations peuvent apparaître au fil des mois.
On parle aussi d’un rôle d’équipier en montagne, par exemple pour accompagner Jordan Jegat sur le Tour. C’est une perspective qui te plaît ?
L’idée de ma venue était clairement de renforcer le secteur montagne de l’équipe. Jordan est un coureur très intéressant, et ce serait évidemment un beau rôle de l’accompagner sur des courses comme le Tour si le calendrier et la sélection vont dans ce sens. L’objectif est de multiplier les jours de course ensemble pour créer des automatismes.
As-tu déjà une idée de ton calendrier pour la reprise ?
Normalement, je devrais reprendre sur le Tour d’Oman et la Muscat Classic. Ensuite, l’enchaînement exact des courses n’est pas encore complètement fixé, mais il y aura une montée progressive en intensité avec des courses par étapes et un travail important sur la dimension musculaire et la compétition.





