• Quentin D.

En route vers : découverte du col de la Lusette

Notre série, A travers la France, vous propose de découvrir des routes idéales pour la pratique du cyclisme. Il y a encore quelques mois, le Col de la Lusette était un inconnu du peloton et très certainement de la grande majorité des suiveurs et autres amateurs du Tour de France. Plusieurs semaines après que le peloton ait sillonné ses routes escarpées, ce col retombe dans un certain anonymat. Cela est bien dommage. VeloFuté vous raconte son expérience.



Situé au cœur des Cévennes dans le Gard, le col de la Lusette culmine à 1351 m d’altitude. L’escalader par le sud, via le Vigan en prenant la route de Ganges vous obligera à fournir un effort de 17,9km à 6,5% de pente moyenne avec des pourcentages très irréguliers.


Les premiers mètres de la montée sont exigeants, avec des pentes à 9% pendant quelques kilomètres, avant de relâcher l’effort sur les quelques faux plats qu’on rencontrera tout le long de l’ascension. La route est belle, bien que sinueuse et étroite. Une des particularités de cette ascension est de la démarrer en traversant des champs d’oignons doux des Cévennes que les agriculteurs cultivent depuis des siècles dans cette zone. On se laisse facilement distraire (pas pour bien longtemps !) par ce paysage enchanteur.



Une importante variation de dénivelés va se répéter sur les 7 premiers kilomètres. On trouvera aussi bien des pentes proches de 10% comme des parties plus planes. Impossible de trouver un rythme de pédalage jusqu’à Mandagout, un petit village de 400 habitants, situé au tiers de la montée. En sortant de la commune, le plus dur reste à venir car se profilent les parties les plus difficiles mais certainement les plus belles. Devant nous se dressent des pentes raides mais beaucoup plus régulières. Les traversées des forêts s’alternent avec des panoramas imprenables sur la vallée. Le paysage est enchanteur. Le bitume est parfois recouvert de petits cailloux ou autres pignes de pains mais ce n’est pas sur le sol qu’il faut s’attarder. On doit surtout lever la tête et admirer la vue.


Quel cycliste ne regarde pas le paysage dans une ascension ? Froome peut-être c’est vrai. Mais nous, amateurs, serions bien bêtes de ne pas en profiter. Les odeurs de nature vous enivrent, la chaleur tape, le goudron chauffe, la sueur coule, et les jambes brulent, toutes les sensations que l’on aime ressentir sur le vélo. Même si les mollets se raidissent, le plaisir est au rendez-vous. C’est une réelle satisfaction de gravir ce col. La montée est tout simplement magnifique. On se sent seul. On ne croise que peu de monde. Bref vous êtes bien dans la Lusette et dans ses parties les plus dures.

Alors oui, c’est vrai, son nom est moins clinquant que celui du Tourmalet. Oui, ce col n’est pas un mythe et fait moins rêver car il n’a été emprunté qu’une fois par le Tour de France lors d’une étape sans saveur et sans réel exploit sportif. Et alors ? En tant que cyclotouriste, c’est peut-être celui qui nous a le plus agréablement surpris et un des plus beaux que nous ayons fait.


Le dernier tiers qui s’offre à nous est à l’image du col. Un dernier effort à travers les bois nous attend. Il faut en garder sous la pédale avec une partie à 9,6% de moyenne dont 1,5km entre 12 et 15%. Si vous ne connaissez pas l’enfer, en voici un aperçu. Chaque coup de pédale se transforme en victoire. Mètre après mètre, nous nous rapprochons de la fin. Difficile de trouver son souffle car le rythme cardiaque est à son maximum. Après ce mur, on trouverait même que le 7% qui arrive est facile. Le faux plat des deux derniers kilomètres arrive. Quel soulagement ! Il faut avouer que les muscles sont tendus et remplis de lactiques et que ces derniers mètres ressemblent à un calvaire. Les jambes sont coupées mais on continue de se délecter du paysage. Les chemins de randonnées partent de part et d’autres de la route. Le souffle retombe, le cœur tape encore. L’ascension est finie. Voilà le panneau « Col de la Lusette » après 17,9km.


Quel régal ! Le temps passe doucement tant les efforts sont violents mais cela vaut tellement le coup. Plus on monte, plus on comprend pourquoi le goût de l’effort est une drogue. Pour ceux qui se demandent en escaladant les cols, pourquoi ils se font si mal, ils ont toujours une réponse en haut : la satisfaction et la fierté de l’avoir fait. La Lusette est une ascension atypique, bucolique, inédite, qui ne ressemble à aucun autre col des Pyrénées ou des Alpes. Le temps s’y arrête. Le bonheur est immense quand on pose son cadre carbone (ou aluminium, mais alors là chapeau bas !) et qu’on prend son téléphone pour prendre une photo. Cette montée marque les esprits par sa beauté et son originalité. Quand on y goute une fois, on y revient toujours.


Alors, qu’attendez-vous ? Partez à sa rencontre. En haut du col, vous pourrez rejoindre le Mont Aigoual, car il ne reste plus que quelques kilomètres alternants plats, puis montée régulière de 7km à 6%. Le panorama est également magnifique. Essayez de le faire un jour de transhumance pendant le mois de juin. Vous traverserez un village de l’Esperou animé par ses 1400 brebis et 200 paysans. Ceux qui accompagnent leurs maris, leurs femmes, leurs amis, familles ou enfants pendant l’ascension, trouveront refuge sur les aires de pique-niques, ou dans un café pour patienter le temps que vos héros cyclotouristes arrivent. Vous pouvez réaliser une belle sortie de 80km avec 1780 mètres de D+ voir même plus pour les plus aguerris en enchaînant Lusette + Aigoual + Col du Minier (descente 22km à 5%). On espère que le Tour de France reviendra sur ces terribles pentes en positionnant une arrivée au sommet, et surtout vous y voir nombreux dans les prochains mois.


Par Quentin D., alias le Pignon Voyageur


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