• Romain Bougourd

Classement des équipes de formation cycliste : Hagens Berman au sommet

Notre classement des meilleures équipes de formation en cyclisme met en avant deux modèles opposés : celui des structures indépendantes dédiées à la formation, et celui des équipes réserves des grandes écuries du World Tour. Analyse.

Grands animateurs du Giro 2020, Joao Almeida et Tao Geoghegan Hart ont crevé l’écran en 2020. Le premier en portant le maillot rose pendant 15 jours, l’abandonnant le soir de la 17e étape. Le second en remportant ce même maillot rose sans jamais le porter ailleurs que sur le podium final à Milan. Les deux hommes, de 22 et 25 ans, que les styles et les cultures opposent, ont pourtant deux autres points communs. D’abord, ils incarnent le renouveau d’un cyclisme qui ne laisse plus beaucoup de place aux anciens, aussi glorieux fussent-ils. Ensuite, leur parcours sont similaires : tous les deux ont été formés au sein d’une formation méconnue, le Team Hagens Berman Axeon, dirigée par le fils du célèbre Cannibale, Axel Merckx.


Cette équipe, axée sur la formation de jeunes coureurs, ne doit pas être connue que pour les noms de son directeur sportif ou de ces deux talents. Car depuis 2017, pas moins de 21 coureurs passés par Hagens Berman ont signé un contrat professionnel, que ce soit dans une équipe World Tour (17) ou Continental Pro Tour (4). De quoi en faire, d’après notre classement, la meilleure équipe de formation sur la période 2017-2021. Si elle n’est pas l’équipe à avoir formé plus de coureurs pro (Lotto CT en a formé 25), elle est celle qui en a amené le plus en World Tour et dont les coureurs ont remporté le plus de victoires, 31, dont une particulièrement prestigieuse : le Giro 2020 grâce à « TGH ». Lancée en 2009, cette structure enchaîne les saisons en gardant sa philosophie de formation, tout en restant indépendante. Pourtant, l’équipe américaine a particulièrement souffert financièrement fin 2020. Il manquait alors 300,000€ au Bruxellois pour boucler son budget. « C'est le problème d'une équipe de formation, le coureur part, tu n'as rien en retour. J'aime travailler avec les jeunes mais je me rends compte que c'est très difficile d'attirer les sponsors. On est un peu les oubliés du cyclisme. Moins de gars (sponsors) sont passionnés par les Espoirs », confiait-il à L’Equipe.


Des équipes structurées autour de la formation…


Mais Hagens Berman Axeon n’est pas la seule équipe cycliste orientée vers la formation. Plusieurs autres structures comparables sont présentes dans notre top 10. La SEG Racing Academy, le Team Colpack Ballan ou encore Kometa Xstra. La SEG Racing Academy est elle aussi consacrée à la formation de jeunes coureurs, et figure très haut placée dans ce classement grâce aux sprinteurs Cees Bol et Fabio Jakobsen. Le collectif néerlandais, fondé en 2015, est le résultat d’une entente entre plusieurs coureurs renommés comme Dan Martin, Sep Vanmarcke, Niki Terpstra et Bauke Mollema. Bien structurée, la SEG a formé, ces deux dernières années, 3 des néo-pros les plus prometteurs, avec Alberto Dainese (Team DSM), Jordi Meeus (Bora-Hansgrohe) et David Dekker (Jumbo-Visma). Un ancrage très fort en Europe du Nord et de bonnes relations avec des formations de premier plan, voilà ce qui fait la force de l’équipe de Michiel Elijzen, ancien coureur d’Omega Pharma-Lotto et directeur sportif de SEG depuis sa création.


Fondée en 1999, le Team Colpack Ballan est depuis 2017 l’équipe réserve du Team Bahrein Victorious et assure une bonne partie du recrutement de la formation bahreïnie. La troisième formation citée, Kometa Xstra devenue ELO - Kometa en 2021 avec la licence Pro Tour, devrait également faire parler à l’avenir. Elle est surtout connue pour ses deux figures de proue, son fondateur Alberto Contador et son manager Ivan Basso. « Notre philosophie reste de faire évoluer nos jeunes de la Fondation. C’est une stratégie qui portera ses fruits. […] Le travail de formation est bien fait et il ne faut pas perdre ce savoir-faire. C’est l’une des valeurs fondatrices de notre équipe », expliquait Stefano Zanatta, directeur sportif de l’équipe, en décembre dernier. Cependant, si celle-ci est haut dans le classement, c'est uniquement grâce à sa promotion au rang d'équipe Pro Tour cette saison. Pour cause, sur les 14 coureurs considérés comme formés, 8 étaient présents lorsque l'équipe était en continental, l'année passée. Il en va de même pour la Formation UNO-X.


Et les équipes de développement des formations World Tour


Outre ces équipes indépendantes, ce classement met aussi en avant les structures de développement de certaines grandes équipes du World Tour. Lotto U23 ou Lotto CT arrive à la 2e place de notre classement, avec pas moins de 25 coureurs formés. Si Lotto Soudal n'est pas en tête, c'est en partie parce qu'elle forme moins de coureurs en WT que Hagens Berman : 13 en World Tour. La plupart alimente la Lotto Soudal. L’historique équipe belge est l’exemple d’un modèle qui tend à se multiplier pour les grosses formations, souvent les plus stables du peloton mondial. Le Team DSM (ex-Sunweb, 7e), l’équipe continentale de Groupama FDJ (10e) ou encore le CCF (structure de formation d’AG2R, 12e du classement) sont trois autres exemples parlant d’un cyclisme qui investit dans la formation plutôt que de recruter de grandes stars en sortant le carnet de chèques. Proposée par l’UCI dans une réforme qui n’a finalement pas vu le jour, l’introduction d’équipes continentales dites « de développement » a été poursuivie par une dizaine d’équipes WT.


« L’objectif de notre Development Team est de fournir des ressources supplémentaires à notre effectif professionnel, en formant et préparant nos coureurs à tous les aspects fondamentaux de la course de haut niveau », nous expliquait en janvier Sebastian Deckert, entraîneur chez DSM et ancien responsable de l’équipe de développement. La structuration de ces équipes, de la formation jusqu’à la division WT, varie selon les modèles, avec différents degrés de professionnalisation. Mais cela répond à une tendance très nette et importante d’investissements dans la formation des jeunes coureurs cyclistes. Alors que de plus en plus de projets se lancent, les grosses écuries du World Tour multiplient les partenariats pour dénicher « la » future pépite du cyclisme. Nul doute qu’à l’avenir, cet enjeu deviendra de plus en plus décisif, alors que les inégalités de budget sont grandissantes et que l’économie du sport cycliste reste fragile. Ce modèle offre des parades et verra peut-être l’émergence d’un cyclisme mieux structuré, plus professionnel et stable.

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