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Tour de France 2026 - Clément Braz Afonso : « Ça me régale de prendre les échappées »

Alors qu'il est entré dans le monde pro sur le tard, Clément Braz Afonso a pourtant découvert le Tour de France cette année. Porté par une envie débordante et une résistance à toute épreuve, le coureur de la Groupama FDJ a été très en vue durant les trois semaines de course, sans réussir à obtenir le résultat qu'il méritait. Qu'importe, l'important n'était pas là. Il a prouvé qu'il faisait partie des meilleurs de son équipe et des baroudeurs à suivre sur le Grand Tour, en attendant des jours meilleurs. Interview de Clément Braz Afonso après son Tour de France 2026.


Tour de France 2026 – Clément Braz Afonso : « Ça me régale de prendre les échappées »
ASO / Thomas Maheux

Tour de France 2026 – Clément Braz Afonso (Groupama FDJ United) : « Ça me régale de prendre les échappées »


Tout d’abord, félicitations pour ton Tour de France. Pour une première fois, est-ce que tu t’attendais à être aussi performant ?

Merci. Pour Seixas aussi, c’était son premier Grand Tour et c’était bien plus convaincant ! Je ne suis pas de la trempe de quelqu’un comme Paul Seixas mais pour moi, c’est assez encourageant de faire un Grand Tour comme ça. J’avais déjà fait la Vuelta, je savais que j’étais capable de prendre des échappées et de potentiellement jouer la victoire sur certaines étapes. C’était de nouveau mon but sur ce Tour de France.

Forcément, on avait une opposition plus relevée, donc il restait à savoir si j’étais aussi capable de le faire sur le Tour. Je me suis montré que j’étais capable de continuer à prendre des échappées et d’essayer de jouer la victoire sur certaines étapes. C’est vraiment satisfaisant.


Le Tour a été particulièrement difficile cette année, avec la chaleur et un rythme très élevé. Pourtant, même en troisième semaine, on t’a encore vu à l’avant avec de grands grimpeurs. As-tu le sentiment d’avoir franchi un cap, notamment dans la récupération et en montagne ?

Peut-être un peu, mais je pense que j’étais déjà à un bon niveau sur la Vuelta l'an dernier. Je l’avais montré en suivant des gars comme Landa et Bernal à l’époque.

Sur certaines journées, je pense que je suis capable d’être avec ces gars-là. Enfin, je ne suis pas à leur niveau parce que, sur cette 20e étape, je me suis quand même bien fait sortir au bout d’une heure et demie d’échappée, dans le col suivant ! Ce sont des gars qui ont l’habitude de jouer le classement général pour la plupart et, quand ils ont leur carte pour aller devant, ce sont des grimpeurs hors pair, comme Carapaz. Ce sont d’anciens vainqueurs de Grands Tours.

Moi, j’essaie de me battre avec mes armes. J’étais surtout content, sur cette troisième semaine, de réussir à faire plusieurs échappées d’affilée et de voir que j’étais encore en forme.


Il y a encore deux ans, tu évoluais en troisième division. L’an dernier, tu as découvert le WorldTour et, cette année, tu participes déjà au Tour de France. Est-ce que tu imaginais une progression aussi rapide ?

Pas forcément. Même il y a trois mois, je ne me voyais pas forcément faire le Tour.

Mais je pense quand même que ma progression ne date pas seulement de ces deux dernières années. Cela fait peut-être six ans qu’elle est assez linéaire et que je franchis des paliers. J’étais à un niveau amateur assez bas, puis je suis monté progressivement. Je suis resté plusieurs années en Nationale, mais même durant ces années-là, je pense avoir franchi des caps.

J’ai toujours dit que ma force était ma capacité à m’adapter au niveau dans lequel je me trouve pour réussir à y jouer quelque chose. Je me suis retrouvé en Conti, je me suis adapté à ce niveau. Ensuite, je suis passé en WorldTour et j’ai réussi à m’y adapter également. Et je continue encore à m’adapter au niveau WorldTour cette année.

Je suis conscient que, pour certains, ma progression peut paraître impressionnante, mais moi, je la trouve assez linéaire par rapport à tout ce que j’entreprends et à tout ce que j’ai mis en place depuis plusieurs années.


Quand on regarde simplement tes résultats, tu ne comptes finalement qu’un seul top 10. Pourtant, ça ne reflète pas du tout ton Tour, où tu as été très actif. Est-ce un regret de ne pas avoir davantage concrétisé ?

Ce que je retiens, c’est mon engagement et le fait d’avoir essayé de me mettre en position de jouer une victoire, un top 5 ou un top 10.

Je n’ai pas l’impression d’avoir fait beaucoup d’erreurs. J’ai joué avec mes armes et mes qualités. Si j’avais réussi à faire plus de top 10, ça m’aurait évidemment fait encore plus plaisir, mais je n’aurais pas changé ma façon de courir.

Peut-être que si certaines situations s’étaient déroulées différemment, avec un peu plus de réussite, j’aurais obtenu davantage de top 10. Mais je n’ai pas de regrets par rapport à l’implication que j’ai mise. Je me suis donné les moyens de faire des résultats.

Il faut aussi comprendre que ce n’est pas parce qu’on arrive à prendre l’échappée qu’on va automatiquement faire un résultat. Il n’y a pas souvent de « rideau » derrière. Ça se bat vraiment et c’est très dur.

Une fois que tu es dans l’échappée, ce n’est que le début. Il faut déjà résister au tempo pour que l’échappée se mette en place, puis être encore présent dans le final pour aller chercher une place.

Clément Braz Afonso : « J’avais l’impression de m’amuser sur ce Tour »

La concurrence pour gagner une étape était exceptionnelle. On a parfois l’impression qu’il devient presque impossible pour un coureur moins coté de s’imposer sur le Tour. Est-ce frustrant ?

Non, parce que je pense que ce n’est pas seulement cette année. L’année dernière, c’était déjà le cas. Il n’y a plus vraiment de « petit coureur » qui gagne sur le Tour.

Pour mon premier Tour, je me suis quand même régalé. Oui, j’ai subi certaines journées, mais il y en a d’autres où j’étais vraiment acteur de ma course. C’est ça qui m’a plu et qui m’a donné envie de réessayer tous les jours en troisième semaine.

Mentalement, ça allait bien et j’avais l’impression de m’amuser sur ce Tour en réussissant à prendre des échappées.

Si ça continue comme ça et que le Tour est comme ça tous les ans, ça pourra peut-être devenir un peu frustrant. Mais, en tant que petit coureur que je suis, je continue de garder cette étincelle en me disant que, peut-être, un jour, il y aura la bonne échappée.

Ce jour-là, je serai peut-être insolent, je ferai tous les bons choix et je réussirai à aller au bout. Il faut continuer d’y croire parce que le vélo n’est pas une science exacte. Parfois, une échappée va au bout alors qu’on ne l’attendait pas forcément. Ça peut marcher.


Tu termines ce Tour encore capable d’aller dans les échappées malgré la chaleur et la vitesse record et tu enchaînes directement avec la Clasica San Sébastien. Est-ce que ce Tour peut te faire franchir un nouveau palier physiquement ?

J’espère. Il va falloir bien récupérer, mais j’ai compris que, sur les Grands Tours, j’arrivais à être encore présent en troisième semaine. Ça prouve que j’ai une bonne capacité de récupération.

Comme je suis arrivé assez tard dans le vélo, je pense que faire un nouveau Grand Tour, avec vingt et un jours de course et de grosses charges autour, peut me permettre de franchir des paliers. J’espère continuer à progresser.


Tu es aussi devenu l’un des chouchous des supporters de Groupama-FDJ sur les réseaux sociaux grâce à tes échappées et ta combativité. Est-ce que tu t’en es rendu compte pendant le Tour ?

Je m’en rends peut-être un peu compte, notamment parce que l’équipe essaie aussi de me mettre en avant sur les réseaux sociaux. Je le ressens également avec les interviews pendant le Tour, qui étaient assez nombreuses, et de la part de certains supporters. Mais je ne suis pas encore au niveau de la hype qu’il peut y avoir autour de certains coureurs français !


Clément Braz Afonso acclamé par la foule sur le Tour de France 2026
Clément Braz Afonso acclamé par la foule sur le Tour de France 2026

Quand as-tu appris que tu allais participer au Tour de France ?

Je l’ai appris après les classiques du Jura. Quand on me l’a annoncé, j’étais super content. Je savais que j’allais partir en altitude pour pouvoir préparer le Tour. C’était évidemment important que l’équipe me fasse confiance et m’annonce assez tôt ma présélection. Ce n’était encore qu’une présélection, pas la sélection définitive, mais c’était déjà une vraie marque de confiance et ça permettait de me mettre dans les meilleures conditions pour participer au Tour de France. J'ai vraiment su après le Tour Auvergne Rhone Alpes.


Collectivement, le Tour de Groupama-FDJ a été difficile, avec une 18e place au classement UCI. Comment expliques-tu ces difficultés ?

Clément Russo a fait un gros Tour. C’est peut-être même le meilleur Tour qu’il ait fait de sa carrière.

Forcément, dans une équipe, il y a toujours des gars qui performent et d’autres pour lesquels c’est un peu plus difficile. Je ne peux pas vous dire pourquoi ça a moins bien marché pour certains coureurs. Ce n’est pas à moi de tirer des conclusions. Il y a plein de facteurs et plusieurs explications potentielles.

Mais c’est sûr qu’on a manqué de régularité au niveau de l’ensemble de l’équipe. On sait déjà à quel point il est difficile de faire un Tour de France. Donc, si l’ensemble des coureurs, pour différentes raisons, n’est pas à 100 %, ça devient forcément encore plus compliqué.



Quel bilan les directeurs sportifs ont-ils dressé du Tour ?

On a fait de notre mieux. On peut être déçu de certains résultats, mais je pense qu’on ne peut pas être déçu de l’implication qu’on a mise.

C’est peut-être bateau de dire ça, mais tous les coureurs ont mis le maximum d’implication. On a fait avec nos armes, on s’est battus avec nos armes.

Le résultat est celui-là. Il est moins bon que ce qu’on attendait, mais il est comme ça. En tout cas, on n’a rien à se reprocher au niveau de l’engagement qu’on a mis pour aller chercher des résultats.


Il y a aussi eu beaucoup de malchance avec la chute et l’abandon de Clément Berthet dès le début du Tour.

Forcément. Clément Berthet était l’un des gros éléments de notre équipe pour ce Tour de France.

Il a connu un début de saison compliqué avec les blessures et il revenait en forme. C’est sûr que sa chute dès le premier jour et son abandon ne nous ont pas aidés. On s’est battus, mais avec un coureur en moins, et surtout un coureur de sa trempe, c’était dommage de ne pas pouvoir l’avoir avec nous.


Quelle est maintenant la suite de ta saison ? Tu vas disputer la Clasica San Sebastian avec des ambitions personnelles ?

Je ne sais pas encore, on n’a pas eu le briefing. Mais j’espère être capable de jouer un peu et de voir ce qu’il me reste après le Tour de France.

Ensuite, je reprendrai normalement à Plouay, peut-être quelques classiques canadiennes, puis les Italiennes en fin de saison. J’avais aussi envie, depuis le début de saison, de découvrir le Tour de Guangxi.

Je ne vais pas avoir énormément de jours de course supplémentaires jusqu’à la fin de la saison si mon calendrier reste celui qui est prévu pour le moment. Mais j’avais déjà fait un bon début de saison et j’ai déjà pas mal couru.

Clément Braz Afonso : « Je n’ai pas spécialement envie d’être leader »

Est-ce que faire deux Grands Tours dans une même saison pourrait devenir un objectif ?

Oui, pourquoi pas. En tout cas, c’est quelque chose qui pourrait m'intéresser parce que j’ai pris beaucoup de plaisir sur le Tour.

J’aimerais bien faire le Giro ou retourner sur la Vuelta en plus du Tour, si jamais je devais refaire le Tour, ou simplement participer à l’un de ces deux Grands Tours.

C’est vrai que sur la Vuelta, il y a quand même davantage d’opportunités lorsque les échappées vont au bout. La Vuelta me va bien et le Giro pourrait peut-être bien me convenir aussi.

Gagner sur le Tour, c’est un rêve, mais ce n’est quand même pas facile d’y exister. Sur la Vuelta, il y a également un très bon niveau, mais j’ai l’impression que, dans les échappées, il y a davantage de coureurs moins connus qui réussissent à gagner. Il y a plus de surprises.


À plus long terme, quelles sont tes ambitions ? Est-ce que tu pourrais te voir devenir leader sur certaines courses ?

Je ne me projette pas vraiment. J’attends aussi de voir comment je vais évoluer.

Je n’ai pas spécialement envie d’être leader. Je ne pense pas avoir les épaules pour être leader. J’arrive à faire certaines échappées et à être focus pendant une semaine, mais pendant trois semaines, ce n’est pas évident. Sur une semaine, si le parcours est convenable, pourquoi pas.

Je ne suis pas le prototype d’un leader. Ce qui m’anime et ce qui me régale dans le vélo, c’est de prendre les échappées et d’entrevoir la victoire grâce à elles.

Quand je suis avec les meilleurs mondiaux ou les favoris des classements généraux, c’est difficile d’entrevoir une victoire. Alors que, dans une échappée, je peux essayer d’y croire. C’est ça qui me fait vibrer et qui me donne envie de continuer à prendre les échappées.


Et sur des classiques comme l’Amstel Gold Race, la Clasica San Sebastian ou certaines courses italiennes, pourrais-tu envisager davantage de responsabilités ?

Peut-être, mais je ne suis pas sûr d’avoir l’étoffe d’un gagneur. Je n’ai pas vraiment une grosse pointe de vitesse et ça me manque. Il faut donc essayer d’arriver en solitaire.

Sur une course d’un jour, j’ai aussi l’impression que j’arrive peut-être un peu moins à faire valoir mes qualités que lorsqu’il y a de la fatigue accumulée.

Maintenant, sur certaines courses et au top de ma forme, pourquoi pas essayer. Sur une classique italienne également. Mais il faut voir comment j’évolue et si j’arrive à prendre encore de la caisse et à continuer de progresser.

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