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Stéphane Heulot (Lotto-Dstny) : "Construire avec De Lie, c'est une priorité"

Nommé manager général de Lotto-Dstny en décembre dernier, Stéphane Heulot revient dans l’univers du cyclisme professionnel, avec un objectif ambitieux : ramener la formation belge au niveau World Tour fin 2025. A peine trois mois après l’arrivée du Breton, Lotto-Dstny est 8e UCI, et Heulot semble déjà avoir installé sa vision, qu’il nous présente dans un entretien transparent.

Rejoindre une formation au moment où elle est reléguée en Pro Tour, ce n’est pas le projet le plus excitant sur le papier. Mais finalement, ça ressemble à un beau défi, non ?

D’abord, j’étais très surpris d’être sollicité, car même si je n’étais pas complètement détaché du vélo, j’étais surtout occupé par mon activité de coaching d’entreprises. Mais effectivement, quand l’annonce a été officielle, j’ai reçu beaucoup de messages du type ‘bon courage’, ‘pas facile comme projet’, d’autant que j’arrivais tardivement dans l’équipe. Malgré ça, j’avais beaucoup d’enthousiasme, car j’aime beaucoup la philosophie de Lotto, de ce projet global, avec beaucoup de ficelles à tirer, de potentiel avec l’équipe féminine, la dévo et la Conti à remettre sur les rails pour retoucher le top niveau mondial. C’est un beau défi et j’aime ça. J’aime les choses parfois un peu compliquées, et ce projet me tient à cœur au niveau des valeurs.


Parmi vos objectifs majeurs, retrouver le World Tour avec la Conti fin 2025. Avez-vous un plan, une stratégie claire pour y parvenir ?

Oui, et heureusement (rires). Je suis certes arrivé tard dans l’équipe (il a été nommé le 22 décembre dernier, ndlr), mais j’avais pu réfléchir aux leviers à actionner. L’effectif était déjà établi, mais je voulais l’agrandir avec les ressources dont on disposait. Ça passait donc par l’intégration de Jarne Van de Paar et d’Alec Segaert de la dévo. Les intégrer dans la structure professionnelle leur permet d’améliorer leur approche de la performance, et aussi d’élargir l’effectif, avec 28 coureurs, c’est plus confortable. Ensuite, je voulais faire passer un message aux coureurs par rapport au règlement. Il a changé au niveau des points, puisque désormais ce sont les points des 20 meilleurs coureurs de chaque équipe qui comptent pour le classement UCI (contre les 10 meilleurs auparavant, ndlr). Il fallait donc casser les codes dans notre équipe, qui s’est trop reposée sur des mono-stratégies autour de ses deux leaders charismatiques, Caleb Ewan et Arnaud De Lie. Il faut communiquer aux coureurs que même s’il y a des leaders, il faut saisir sa chance. Je suis très fier de la performance de Frederik Frison et Cedric Beullens sur De Panne (4e et 8e, soit 280 points UCI, ndlr), qui ont assuré malgré la malchance de Caleb Ewan. Ces coureurs sont mis à contribution toute l’année pour aider leur leader, mais ils sont capables de performer. Ils ont pris conscience des capacités d’évolution dans l’équipe et qu’ils n’ont pas un rôle figé. Cette prise de conscience a contribué au beau classement mondial qu’on a aujourd’hui (8e et meilleure équipe Pro Tour, ndlr).


Vous avez donc déjà activé des leviers à effet immédiat. Mais pour le long terme, votre stratégie est-elle de construire une équipe autour d’Arnaud De Lie ? Autrement dit, par une prolongation de son contrat, qui court jusqu’en 2024 ?

D’abord, on ne veut pas construire une équipe autour de lui, mais avec lui. Les mots sont importants, et dans ma vision du cyclisme, ce n’est pas qu’une personne qui contribue à la réussite d’une équipe, mais tout un ensemble de personnes, et le staff joue énormément. Construire avec Arnaud, effectivement, c’est une priorité : nous sommes une équipe belge, Arnaud est Belge, il a un talent de folie. Mais il ne faut pas brûler les étapes, et on se doit de discuter ensemble des points de progrès dans l’équipe pour grandir avec lui. La prolongation est évidemment discutée, on veut écrire une histoire et faire grandir l’équipe avec lui. Et je pense que si on ne parvient pas à le prolonger, pour moi, ce serait un gros échec. C’est un enjeu effectivement crucial.


Où en sont les discussions ? On a entendu parler de la recherche de nouveaux sponsors pour augmenter le budget dans l’optique de cette prolongation.

Les ressources sont là, nous avons déjà un budget assez conséquent…


Justement, de quel ordre est-il ?

On est dans le médian des budgets Pro Tour. Je n’aime pas parler de budgets de façon ouverte, mais on est très satisfait de ce dont on dispose. Nous sommes évidemment loin des formations à fonds infinis, mais le budget ne fait pas tout, l’intéressant est de voir ce que l’on fait de chaque individu. On peut prendre l’exemple d’un concurrent : regardez Intermarché Circus Wanty. Ils ont une bonne gestion, un bon recrutement et sans un budget énorme, ils ont d’excellents résultats. L’argent ne fait pas tout. De notre côté, on discute avec nos sponsors actuels bien sûr, et aussi de la possibilité d’ajouter un 3e nom. Mais le projet Arnaud n’est pas déterminé par cet aspect budgétaire. La question est de savoir comment on peut construire une équipe solide avec lui. Il faut être capable de lui apporter du soutien, mais aussi d’avoir d’autres options sur chaque type de course. C’est ce qui fait l’attrait d’une équipe : sa faculté à casser certains codes stratégiques pour faire basculer des courses. C’est là-dessus que l’on réfléchit en interne, sur ce qu’il faudrait modifier ou mettre en place. Mais la vraie discussion avec Arnaud, on l’aura après la période des Classiques, en ce moment c’est trop tôt.


Pour lui apporter des soutiens, avez-vous déjà en tête des noms de coureurs, ou est-ce que cela passera surtout par votre équipe de développement, l’une des meilleures du peloton ?

C’est un savant mélange de tout cela. Je suis particulièrement bluffé par la qualité de la formation chez Lotto. Et je crois qu’un marqueur fort de cette formation, c’est la prudence. Il y a des étapes à franchir pour chaque individu. On a de grands talents, comme Maxim Van Gils, Lennert Van Eetvelt, et dans la dévo on a aussi plein de jeunes qui seront bientôt pour nous des références. On doit absolument potentialiser sur cette formation. ça passera effectivement par nos jeunes talents, mais aussi par le recrutement de coureurs plus expérimentés, pour s’intégrer rapidement dans la structure et laisser du temps aux plus jeunes de prendre leurs marques et de gravir les échelons au plus haut niveau. Je ne donnerai pas les noms que l’on a en tête, il est trop tôt, mais on travaille dessus.


Vous avez mentionné la concurrence féroce en Belgique : Soudal Quick-Step, Intermarché Wanty Circus, Alpecin Deceuninck… Comment comptez-vous vous démarquer pour attirer les talents face à ces équipes en pleine bourre ?

Je pense que nous avons une ancienneté et un savoir-faire reconnus. En tant qu’ancien manager d’équipes françaises, Lotto a toujours été vu comme un modèle. Nous avons de vraies synergies et une proximité entre la dévo et l’équipe pro. On profite d’un règlement très intéressant qui permet aux coureurs de la dévo de faire des courses avec les pros. On équilibre bien, on franchit les paliers prudemment. Pour se démarquer, il faudra encore développer cette capacité d’accueil, tout en maintenant notre savoir-faire, sans brûler les étapes. On va peut-être professionnaliser encore plus la dévo, en lui faisant profiter des bénéfices de notre département pour la performance, mais en restant sur l’humanité, sans entraîner de fatigue psychologique chez les plus jeunes.

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