• Romain Bougourd

« Socrate à vélo », plongée dans l’univers de Guillaume Martin

Dans le cadre de son deuxième jeu concours, VéloFuté vous présente le livre du cycliste français Guillaume Martin, Socrate à vélo, réédité cette année avec une postface à cœur ouvert. Un très bel ouvrage mêlant philosophie et fiction pour mieux comprendre la personnalité, très posée mais riche, du grimpeur de la formation Cofidis.



« J'ai vu cette année que je pouvais rivaliser avec les meilleurs et pourquoi pas le faire l'an prochain pendant trois semaines ». Avec cette déclaration en marge de la présentation du parcours du Tour de France 2021, Guillaume Martin montrait qu’il faisait autant preuve d’ambition sportive que de modestie en littérature. Le 11e de la dernière Grande Boucle n’est pourtant pas en reste : auteur d’une pièce de théâtre mais aussi d’un livre dans la droite lignée de son master de philosophie, le grimpeur de chez Cofidis manie aussi bien le vélo que la plume. Son ouvrage, Socrate à vélo, paru en 2019 aux éditions Grasset, a été réédité cette année pour connaître une seconde jeunesse. Un livre enthousiasmant, qui nous emmène dans l’univers du coureur, entre anecdotes du quotidien et fictions amusantes.


Entre fiction et autobiographie


Car le début du livre est un peu déstabilisant : on y apprend que l’équipe grecque de cyclisme participera au prochain Tour de France, en 2017, qui signe le retour des équipes nationales. Dans ses rangs, la formation hellène compte quelques noms connus de tous, mais pas en vélo : Socrate, Platon ou encore Aristote. C’est alors que l’on comprend, au bout d’une dizaine de pages, l’idée de l’auteur : il souhaite ainsi mêler l’univers du cyclisme à celui de la philosophie, en associant les pensées des philosophes les plus célèbres à différents types de cyclistes. Socrate se mue ainsi en leader de l’équipe grecque, tandis que Platon souhaite lui prendre sa place. L’équipe d’Allemagne, qui évolue à domicile puisque le départ est donné à Düsseldorf, est menée par le directeur sportif Albert Einstein. Ce dernier a la brillante idée d’associer cyclistes de renoms légèrement rebaptisés (Ullrig, Altich, Vogt et Zadel) à des philosophes comme Nietzsche ou Kant. De quoi inventer le joli terme de « vélosophe ».


Guillaume Martin raconte les différentes étapes de la saison cycliste avant d’arriver au Tour de France, entre les sollicitations médiatiques, les entraînements et les doutes. Une fiction entre-coupée de véritables passages autobiographiques, formant une sorte de carnet de bord du quotidien du Parisien de naissance. Outre son plaisir, l’auteur explique pourquoi il écrit cet ouvrage, et revient sur sa révélation aux yeux du grand public, lorsque l’on s’est intéressé à lui non pas pour ses performances, mais pour sa formation en philosophie et sa double casquette étonnante, en 2017. « Pourquoi ce livre ? Avant tout pour questionner la manière dont le grand public perçoit les sportifs, et les cyclistes en particulier. Une perception qui me semble trop souvent outrancière et parcellaire » raconte-t-il tout en reconnaissant avoir profité du buzz médiatique, qui l’a pourtant « assez vite ennuyé ».


Les sportifs sont intelligents


Guillaume Martin s’attache donc à donner une autre valeur au cycliste que le simple dépassement de soi et la répétition des forts. Il insiste sur la notion d’intelligence du corps, soulignant qu’un sportif possède deux types d’intelligence, pas seulement liées au corps, théorique et pratique, qu’il compare à celles d’un philosophe. L’intelligence théorique n’est autre que « l’ensemble des savoirs nécessaires à la bonne pratique de son activité : connaissance des règles, analyse de ses adversaires, apprentissage des tactiques », quand l’intelligence pratique rassemble « des talents instinctifs dont dispose le sportif pour réagir face une situation donnée ». Une analyse minutieuse de sa vie d’athlète couplée à des notions philosophiques pleines de référence, une fiction amusante et un humour subtil : tels sont les ingrédients utilisés par Guillaume Martin pour faire entrer le lecteur dans son monde, qu’il le veuille ou non, bien original.


Le récit se poursuit par les 21 étapes du Tour de France 2017, lors duquel s’illustrent Socrate et les Grecs mais aussi l’équipe allemande, avec plus ou moins de réussite. Et après 200 pages, l’auteur dresse le bilan de son aventure littéraire, fin février 2020 depuis son camp d’entraînement au pied de l’Etna. Avec « le sentiment d’être reconnu dans chacun de mes domaines d’activité ». Conscient de la singularité de son ouvrage, Guillaume Martin se livre à cœur ouvert et nous offre un ouvrage amusant et touchant à la fois, que les passionnés de cyclisme devraient apprécier pour le nouveau regard qu’il apporte sur la discipline. Peut-être même que vous finirez par citer Nietzsche, Pascal ou Socrate sur les pentes du Tourmalet.

118 vues

Posts similaires

Voir tout