top of page

Primoz Roglic, la chance d'une vie sur les championnats d'Europe 2026 de cyclisme

il y a 15 heures
5 min de lecture

Relégué dans l'ombre de Tadej Pogacar sur le Tour de France depuis l'éclosion de celui-ci, Primoz Roglic n'en reste pas moins une légende du cyclisme, encore plus en Slovénie, où il a ouvert la voie à la nouvelle génération. En l'absence de son illustre cadet, c'est lui qui devrait mener l'équipe nationale dimanche, à Sencur. Une chance unique de briguer un maillot de champion d'Europe, chez lui, en Slovénie.



Il y a ceux qui passent une carrière entière à rêver d’un jour où, enfin, ils pourront lever les bras. Une victoire, juste une, pour donner un sens à toutes les autres fois où ils auront été battus. Primož Roglič, lui, a depuis longtemps dépassé l’âge de compter les siennes. Pourtant, il n’a rien perdu de cet appétit qui pousse encore et toujours à croire qu’une victoire de plus est peut-être cachée quelque part. Dimanche dernier, à Montréal, il a même laissé entrevoir, l’espace d’un instant, qu’il pouvait se mêler à la bataille pour le maillot arc-en-ciel, mais la distance et le rythme effréné ont eu raison de lui. Qu'à cela ne tienne. L'avantage d'être européen, c'est qu'il a toujours une session de rattrapage, avec le championnat d'Europe. Mais en 2026, elle ressemble davantage pour les Slovènes à l’épreuve que l’on rêve de réussir. Car pour la première fois, Primoz Roglič aura la possibilité de disputer un championnat à la maison, sur un terrain dessiné presque sur mesure pour les dernières pages de son histoire.


Le Tour d'Emilie en miroir

Il aurait peut-être préféré que la difficulté soit encore un peu plus longue, histoire d'éliminer les purs puncheurs les plus explosifs susceptibles de lui faire mal à ses cannes de "papy" (36 ans), mais, au fond, cela importe peu quand on parle d'un coureur quintuple vainqueur de Grand Tour (4 Vuelta, 1 Giro) mais également vainqueur de Liège-Bastogne-Liège et, surtout, vu le profil de la course dimanche, triple vainqueur du Tour d'Emilie. L’épreuve italienne, qu’il terminait encore 5e l’an passé, offre d’ailleurs un curieux miroir au rendez-vous slovène. Cinq passages par San Luca, 2,1 kilomètres à 9,4 %. Cinq passages, dimanche, par Mozjanca, 2,1 kilomètres à 10,3 %. Des chiffres qui racontent presque la même histoire. Sur le papier, ce terrain aurait été taillé pour le Roglič de ses grandes années. En 2026, il ressemble surtout à une chance qui n’aurait jamais dû exister.



Car si Primoz Roglic a été la première star du cyclisme slovène, il n'en est plus la tête d'affiche depuis un moment, la faute à l'éclosion de Tadej Pogacar, qui éclipse tout, phagocyte tout, gagne tout. Lorsque l’on est Slovène, porter le maillot national ressemble moins à une occasion de s’exprimer qu’à une mission au service de "Pogi". Même lorsque l’on s’appelle Primož Roglič et que l’on possède un palmarès qui suffirait à remplir plusieurs vies. Aurait-il remporté davantage de grands titres internationaux sans Pogačar ? Impossible à dire. Les carrières se construisent aussi avec leurs rendez-vous manqués, leurs circonstances contraires et leurs ombres. Depuis 2021, il n'a participé aux Mondiaux qu'à Zürich en 2024 (64e) et à Kigali l'an dernier (11e) avec son cadet. Et jamais aux Europe. Jusqu'à aujourd'hui. Parce que le destin, parfois, possède une étrange manière de remettre les comptes à zéro.


Primoz Roglic ne sera LE grand pas favori

Tadej Pogačar rêvait depuis des mois de ce championnat d’Europe. Il devait courir chez lui, au sens le plus littéral du terme, la course passant par Komenda, sa ville natale. Puis, à la fin du mois d’août, une chute brutale sur la Vuelta a tout renversé. Un Grand Tour envolé, des Mondiaux qui lui tendaient les bras envolés eux aussi mais surtout ce championnat d’Europe qu’il avait tant convoité. Et voilà Primož Roglič propulsé à 36 ans leader de la sélection slovène. Comme si une porte, que l’on croyait depuis longtemps condamnée, venait de s’entrouvrir une dernière fois. Une opportunité unique. Peut-être la dernière. Et peut-être, aussi, une forme de récompense pour une carrière exceptionnelle qui n’a jamais tout à fait reçu ce qu’elle semblait mériter. Parce qu’il y a eu les chutes. Beaucoup de chutes. Il y a eu des erreurs, aussi. Et puis il y a eu Pogačar, surtout Pogačar. C’est lui qui lui avait arraché le Tour de France 2020, dans ce contre-la-montre devenu l’une des images les plus cruelles de l’histoire récente du cyclisme. Ce qui aurait dû constituer le sommet de sa carrière lui avait échappé à la veille de Paris. Six ans plus tard, c’est ironiquement une chute de Pogačar qui offre à Roglič sa dernière chance, peut-être, d’accrocher un grand titre international sur la route. Et pas n’importe où. Chez lui.


Primoz Roglic avec la sélection slovène
Primoz Roglic lèvera t-il les bras avec le maillot slovène ?

Il ne partira évidemment pas grand favori. Remco Evenepoel, Juan Ayuso, l’armada italienne, peut-être Mads Pedersen, qui l’ont tous devancé dimanche dernier à Montréal. Cependant, son entraineur à annoncé qu'il était dans une forme qu'il n'avait pas eu depuis longtemps. Un espoir? Il ne sera même pas la seule carte slovène, si Jakob Omrzel a les mêmes jambes que sur la Clasica San Sebastian (il sprintait pour la 3e place) et la Vuelta (7e). Mais il existe des courses où les jambes ne racontent pas toute l’histoire. Il existe des jours où le passé revient vous chercher, où le poids d’une carrière, de ses victoires comme de ses blessures, finit par peser davantage que quelques secondes au sommet d’une côte. Primož Roglič connaît trop bien les grands rendez-vous qui lui ont échappé. Comme Michael Matthews (6 tops 5 sur les Monuments, 4 médailles aux Mondiaux sans aucun succès), le Slovène a souvent approché la lumière sans parvenir à s’y installer. Un espoir Mais tout cela, c’était avant. Avant que la course ne soit chez lui, en terre slovène, où Primoz Roglic est vénéré encore plus que Tadej Pogacar. Parce qu’il existe quelque chose que les palmarès ne racontent pas.


La récompense de toute une carrière

Une affection. Une fidélité. Une trace laissée dans les cœurs. Roglič n’est pas seulement l’homme aux quatre Vuelta et au Giro, le champion olympique, le vainqueur de Liège. Il est aussi celui qui a chuté et s’est relevé. Celui qui a perdu et qui est revenu. Et peut-être est-ce pour cela que cette course possède une saveur particulière. Parce qu’un titre européen gagné ailleurs serait déjà immense. Mais un titre européen gagné ici, sur les routes de Slovénie, devant les siens, à 36 ans, au crépuscule d’une carrière qui aurait pu être encore plus grande et qui demeure pourtant exceptionnelle... Ce ne serait pas simplement une victoire. Ce serait un de ces moments rares où le cyclisme, après avoir tant pris, décide enfin de rendre un peu. Le championnat d’Europe ne remplacera jamais le Tour de France qu’il n’a pas remporté. Il n’effacera ni les chutes, ni les regrets, ni cette fameuse journée de septembre 2020 où tout lui semblait promis avant de lui être retiré. Mais il pourrait lui offrir quelque chose que le palmarès ne mesure pas. La plus belle des récompenses pour un coureur qui, malgré les détours, malgré les défaites, malgré les occasions perdues, n’a jamais cessé d'y croire.

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • X
  • Instagram
  • Facebook
  • Youtube
bottom of page