top of page

Tadej Pogacar veut supprimer les courses en juillet et août : est-ce vraiment envisageable ?

Alors que l'Europe, et notamment la France, connaît une canicule historique, le Tour de France est lui aussi touché de plein fouet. Si cette situation met en lumière les effets inévitables du réchauffement climatique, elle oblige également à anticiper l'avenir du cyclisme dans de telles conditions. Comment s'adapter ? Si de nombreuses solutions existent, l'une d'entre elles, proposée par Tadej Pogačar, fait particulièrement débat : supprimer les courses en juillet et en août dans les régions chaudes. Alors, est-ce vraiment envisageable ?


Pogacar veut supprimer les courses en juillet et août : est-ce vraiment envisageable ?
ASO / Charly Lopez

Avant de commencer cette analyse, il est important de se demander pourquoi le Tour de France se dispute en juillet. La première raison est évidente : les grandes vacances. C'est à cette période que les spectateurs sont les plus disponibles et les plus réceptifs pour suivre la course, en France comme dans le reste de l'Europe. La seconde est liée aux conditions météorologiques et à la praticabilité des cols. Chaque année, le Giro est confronté à des étapes annulées ou modifiées à cause de la neige. Dès lors, il paraît difficile d'imaginer un Tour de France disputé en mai, alors que le climat est en moyenne plus frais en France que dans les Alpes italiennes. De la même manière, les mois d'octobre à mai sont globalement à exclure, les premières chutes de neige pouvant rapidement compromettre le passage des grands cols.

Déplacer les courses de juillet et d'août obligerait donc à repenser entièrement le calendrier international, alors même que celui-ci devra déjà évoluer dans les prochaines années pour limiter les chevauchements entre les épreuves WorldTour. La proposition paraît donc particulièrement complexe à mettre en œuvre, mais tentons malgré tout d'examiner les différentes possibilités.


1 – Le Tour de France en septembre, la solution la plus crédible ?

Si les mois d'octobre à mai semblent exclus pour les raisons évoquées précédemment, le Tour de France serait sans doute mieux placé, d'un point de vue climatique, en septembre, comme lors de l'édition 2020 disputée en pleine pandémie de Covid-19.

Le principal argument en faveur de cette hypothèse est qu'aucune véritable baisse d'audience n'a été constatée en France. France Télévisions avait ainsi réuni en moyenne 3,7 millions de téléspectateurs à partir de 15 heures en 2019, contre 3,5 millions en 2020, des chiffres très proches. En revanche, au niveau international, plusieurs études estiment que le changement de calendrier aurait entraîné une baisse d'environ 10 % des audiences, notamment en raison de la reprise des championnats sportifs et de la concurrence d'autres événements.

Il faut toutefois interpréter ces chiffres avec prudence. L'édition 2020 s'est déroulée dans un contexte totalement exceptionnel, marqué par la pandémie, les restrictions sanitaires et un recours massif au télétravail. Il est donc difficile d'isoler l'impact du seul changement de calendrier. Un Tour de France organisé aujourd'hui en septembre pourrait produire des résultats sensiblement différents, sans bénéficier de cet effet de contexte.



Dès lors, décaler le Tour de France en septembre apparaît comme une solution crédible, mais elle n'est pas sans risques. C'est pourtant la seule véritable alternative si l'on souhaite conserver les grands cols tout en réduisant l'exposition aux fortes chaleurs. Un problème demeure toutefois : la Vuelta occupe déjà cette période du calendrier.

Où la placer, alors ? Une fois encore, l'édition 2020 disputée durant la pandémie offre une piste intéressante. Cette année-là, la Vuelta s'était élancée en octobre, démontrant qu'une telle organisation était possible. C'est donc le scénario que nous retenons.

Les premières chutes de neige dans les Pyrénées espagnoles apparaissent généralement entre la fin octobre et le début novembre, tandis que les températures sont, en moyenne, plus clémentes à la fin du mois d'août qu'au cœur de l'été. Nous proposons donc un Grand Départ du Tour de France lors de la dernière semaine d'août, pour une arrivée à la mi-septembre. La Vuelta pourrait alors s'élancer quelques jours plus tard et se dérouler durant le mois d'octobre, tout en limitant les risques météorologiques sur les grands cols espagnols.



L'autre problème concerne les courses de préparation. En décalant le Tour de France à la fin août, il devient impossible de conserver le Critérium du Dauphiné et le Tour de Suisse aux mêmes dates. Il faudrait donc, là encore, revoir entièrement le calendrier.

Surtout, avancer ces courses en juin ne règle pas forcément le problème des fortes chaleurs. Ces dernières années, plusieurs épisodes de canicule particulièrement précoces ont frappé la France dès le mois de juin, parfois avec une intensité comparable, voire supérieure, à celles observées durant le Tour de France. Autrement dit, déplacer les courses d'un mois ne garantit plus d'échapper aux conditions extrêmes. Le réchauffement climatique ne décale pas seulement les vagues de chaleur : il les allonge et les rend plus précoces, ce qui complique considérablement la recherche d'une période idéale.



La seule bonne nouvelle, c'est que cela permet de reculer le Giro pour réduire les chances d'annulation d'étapes à cause de la neige. Un bon point.



2 – Quand replacer les autres courses de septembre et d’octobre ?

Sur le papier, ce changement semble plus simple à organiser. Reste toutefois une question : où replacer les nombreuses courses actuellement disputées en septembre et en octobre, à commencer par les classiques canadiennes ?

Le Canada connaît lui aussi des épisodes de fortes chaleurs en été. Les avancer au mois de juin apparaîtrait donc comme la solution la plus logique. Difficile de les organiser plus tôt, en raison de la longueur de l’hiver, tandis qu’un décalage après septembre exposerait les organisateurs à des conditions météorologiques plus incertaines. Là encore, les marges de manœuvre sont donc limitées.

Le mois de juin deviendrait ainsi une période centrale du calendrier. Les classiques italiennes pourraient être regroupées dans la foulée du Giro, ce qui aurait d’ailleurs une certaine cohérence sportive et géographique. Les coureurs pourraient ensuite se rendre au Canada avant le début de la trêve estivale du WorldTour.

Ce scénario aurait au moins le mérite de créer une séquence assez lisible : Giro, classiques italiennes, épreuves canadiennes, puis pause estivale. Il supposerait toutefois une réorganisation profonde des équipes, des déplacements et des objectifs sportifs, avec un mois de juin particulièrement dense.



Cependant, il paraît difficilement envisageable de ne plus organiser aucune course au mois d'août. L'idée serait plutôt d'y concentrer des épreuves disputées dans les pays les plus septentrionaux, comme la Norvège, le Danemark ou encore le Royaume-Uni. Cette évolution montre qu'il ne s'agit plus seulement de déplacer les courses, mais aussi de les répartir plus intelligemment en fonction des régions et des conditions climatiques.

Les mois de juillet et d'août pourraient ainsi devenir une période privilégiée pour les courses organisées dans le nord de l'Europe, où les températures restent généralement plus clémentes. Le calendrier gagnerait ainsi en cohérence climatique, tout en conservant une activité sportive durant toute la période estivale.


3 – Replacer les championnats nationaux et internationaux

Actuellement organisés à la fin du mois de juin, juste avant le Tour de France, les championnats nationaux devraient eux aussi être déplacés dans ce nouveau calendrier.

Une solution pourrait être de les organiser à la fin du mois de février. Cette période permettrait de conserver une bonne visibilité médiatique, tout en offrant aux coureurs un premier grand objectif de la saison. Mais cette option serait difficilement applicable aux pays du nord de l'Europe, où les conditions météorologiques peuvent encore être particulièrement compliquées à cette période.

Pour ces nations, une organisation à la fin du mois de juillet-aout pourrait être plus cohérente, notamment dans la continuité des courses disputées dans la région. Cela permettrait d'adapter le calendrier aux réalités climatiques de chaque pays, plutôt que d'imposer une date unique à l'ensemble du continent.



Les Championnats d'Europe prendraient place dans notre calendrier fictif après Liège Bastogne Liège, et donc avant le Giro. Il y aurait tout de même 15 jours entre les Europes et le départ du Tour d'Italie.



Quant au mondial, on l'a placé après le Tour, juste avant la Vuelta. Pas idéal en vérité mais on se dit que la course pourrait changer de date selon le lieu chaque année. Pas impossible en soit.




Vous l'aurez compris, un tel scénario impliquerait une refonte profonde du calendrier cycliste. Seuls les trois premiers mois de compétition seraient relativement épargnés. À partir du printemps, en revanche, tout ou presque devrait être repensé : les Grands Tours, les courses par étapes, les classiques, les championnats nationaux… Un véritable effet domino.


Alors, quelle est la bonne solution ?

À nos yeux, le Tour de France doit continuer à se disputer en juillet. Son histoire, son ancrage dans les vacances d'été et sa place dans le calendrier sportif en font un rendez-vous quasiment impossible à déplacer.


En revanche, il devient indispensable d'adapter son organisation. En cas de canicule, les étapes devraient pouvoir être disputées le matin plutôt qu'en fin d'après-midi. Contrairement à une idée reçue, les températures maximales sont souvent atteintes entre 17 h et 19 h, lorsque les coureurs sont encore en course. Un départ aux alentours de 8 heures, pour une arrivée vers 12 heures, limiterait considérablement leur exposition aux fortes chaleurs. Il faudra également accepter de raccourcir certaines étapes lorsque les conditions deviennent extrêmes, comme cela a été fait dimanche en Corrèze. Préserver la santé des coureurs doit désormais primer sur le respect du parcours initial.


Quoi qu'il en soit, une chose est certaine : le cyclisme ne pourra pas ignorer plus longtemps les conséquences du réchauffement climatique. Adapter le calendrier est une piste, mais adapter l'organisation des courses sera probablement la solution la plus réaliste à court terme. Attendre reviendrait à prendre le risque de multiplier les malaises, les accidents et les situations dangereuses. Le temps de la réflexion est passé ; celui de l'action doit commencer.

  • X
  • Facebook
  • Youtube
bottom of page