Paul Seixas, le Tour de Lombardie 2026 comme premier Monument ?
Moins de deux ans après ses débuts professionnels, Paul Seixas ne cesse de franchir les étapes les unes après les autres. Même s'il lui arrive bien sûr d'échouer dans sa quête de gagner les plus grandes courses, à l'image des derniers Mondiaux (15e), le Français a une occasion en or sur le Tour de Lombardie d'ouvrir son palmarès en Monuments.

C'était la principale promesse de l'absence de Tadej Pogacar sur la fin de saison, après sa chute sur le Tour d'Espagne. Vivre quelque mois dans la nostalgie de ce qu'était le cyclisme avant l'hégémonie du Slovène, avec des courses à suspense, des renversements de situation et, surtout, l'ouverture des possibilités sur les Mondiaux et le Tour de Lombardie, chasses gardées du quatre vainqueur du Tour de France depuis plusieurs saisons. Paul Seixas espérait bien en profiter dès les championnats du monde, mais la stratégie douteuse de l'équipe de France, un Brandon McNulty exceptionnel et des crampes dans le final l'ont privé du sacre mondial dont il rêvait tant. Qu'à cela ne tienne, il lui reste désormais le Tour de Lombardie, dimanche.
Le Tour de Lombardie et Paul Seixas, un lien particulier
C'est que le Tricolore a un lien forcément spécial avec le 5e Monument de la saison, lui qui y a découvert l'an passé l'élite des classiques en prenant une incroyable 7e place, faisant du Lyonnais le plus jeune coureur dans le top 10 d'un Monument depuis 1917. Une éternité. Alors forcément, un an plus tard, au sortir d'une saison qui l'a vu rivaliser un temps avec Tadej Pogacar sur Liège (2e), flirter avec le podium du Tour de France (4e), accrocher une médaille de bronze aux Mondiaux de contre-la-montre mais surtout gagner la Flèche Wallonne et le Pays Basque, les attentes ne sont plus les mêmes. Surtout en l'absence du maitre-lieu. Car le Tour de Lombardie appartenait à Pogacar, vainqueur des cinq dernières éditions. Quand il était là, le futur vainqueur ne faisait aucun doute. Sans lui, ce n'est plus vraiment la même chose. Outsider en sa présence, Paul Seixas va pouvoir enfiler son costume de favori.
Et c'est logique tant le Français a progressé cette saison sur les courses d'un jour, ne passant jamais au travers – ou presque – et ayant montré des dispositions folles sur les classiques pour puncheurs. Car c'est bien de cela qu'il s'agira dimanche. S'il a pu être pour grimpeurs les années précédentes, le Tour de Lombardie retrouve avec cette 120e édition un tracé moins exigeant, plus dans la fibre des grimpeurs puncheurs que des purs grimpeurs. Et ce n'est pas pour déplaire à Paul Seixas. Car sur les montées plus longues, là où la gestion de l'effort peut parfois prendre le pas sur l'explosivité et la puissance brute, le Français n'est pas forcément au-dessus de la concurrence. Si cette année doit servir de valeur étalon, il serait même inférieur à Remco Evenepoel et Isaac Del Toro, sans doute ses deux rivaux majeurs sur les bords du Lac de Côme. L'an dernier, les deux l'avaient distancé dans le Passo di Ganda et le Belge avait même pris la 2e place avec plus de 2' d'avance sur le Tricolore. Evidemment, du temps a passé depuis, Seixas a progressé et on a vu sur le Tour que l'écart s'était réduit.
Le défi d'enfin réussir à s'isoler pour Paul Seixas sur le Tour de Lombardie 2026
Sur des efforts comme le Civiglio, il s'est peut-être même inversé, comme l'a vu à Liège-Bastogne-Liège ou aux Mondiaux, même s'il est difficile de juger le niveau du Belge à l'aune de la course de Montréal, tant il a semblé fort dimanche dernier aux championnats d'Europe. Mais il n'y avait pas Paul Seixas. En 2026, sur les courses d'un jour, le Français a distancé le Belge à Liège, au Grand Prix de Montréal et aux Mondiaux. La vérité d'un jour n'est pas forcément celle du lendemain mais celle de trois jours ressemble tout de même fortement à une tendance. Il est de toute manière évidemment que le Remco Evenepoel puncheur à quelque peu disparu depuis qu'il a été renversé à l'entrainement en décembre 2024. Et ce constat ouvre un peu plus le champ de possibles pour Paul Seixas, qui a tout pour jouer la gagne à Côme dimanche. A condition de se débarrasser des cadors.
Car s'il y a bien un "point noir" à ressortir de la saison de Paul Seixas, dans sa folle ascension, c'est qu'il n'a encore jamais gagné en battant les principaux cadors. Il a battu beaucoup de grands coureurs, comme Juan Ayuso et Mattias Skjelmose (Lidl-Trek), Florian Lipowitz et Primoz Roglic (RedBull-Bora Hansgrohe) ou encore Matteo Jorgenson (Visma-Lease a Bike). Du très beau monde, mais aucun ne fait partie des cadors du cyclisme actuel. Il a bien devancé Isaac Del Toro sur les Strade Bianche, mais celui-ci n'était pas le leader des UAE Emirates-XRG. Il a également battu Remco Evenepoel sur la Doyenne. Mais, à chaque fois, la gagne n'était au bout pour autant. La seule fois où Seixas a réussi à s'isoler sur une classique date de février, sur la Faun-Ardèche, où Jan Christen était le leader de la formation émiratie. Et si le Français paraissait au-dessus du Mexicain au printemps, l'automne a sérieusement rabattu les cartes.
Seixas et la problématique Del Toro
Car celui qui ressemblait fortement au Canada à l'ogre des Mondiaux s'appelait bien Isaac Del Toro, mal récompensé (5e) des incroyables efforts fournis dans les 80 derniers kilomètres, malgré la faiblesse de son équipe. Un point qui n'existera évidemment pas au Lombardie. Sur les routes lombardes, UAE Emirates-XRG devrait régner en maitre, par la force de l'habitude et de ses jambes. Et si Paul Seixas a progressé de manière impressionnante sur les classiques, "Torito" n'est pas en reste. Cela s'est joué à rien sur le GP de Montréal, à bien plus aux Mondiaux en raison des crampes du Tricolore, et la distance n'est pas forcément étrangère à ce phénomène.
Le Français a certes brillé sur Liège dans ces conditions mais il n'a dépassé qu'à 4 reprises le cap des 230km en carrière, contre plus de double (9) pour "Torito", dont la caisse est un avantage, encore. Sans oublier sa pointe de vitesse, comme le Tricolore de Decathlon-CGA CGM a pu le constater au GP de Montréal. Alors, oui, Paul Seixas peut gagner le Tour de Lombardie 2026. Oui, il en sera même l'un des grands favoris. Mais la problématique des Mondiaux s'appliquera une nouvelle fois au Tricolore : pour espérer s'offrir son premier Monument, le Français va devoir sortir tout le monde de sa roue. Et jusqu'ici, il n'y est jamais parvenu sur une course d'un jour majeure.






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