top of page

Nicolas Prodhomme (Decathlon CMA CGM) : "Je mérite ma place auprès de Paul Seixas"

Proche équipier de Paul Seixas sur le dernier Tour de France et 16e du général final, Nicolas Prodhomme a réalisé une Grande Boucle de grande facture. Au point de surprendre Tadej Pogacar qui l'a comparé à Marco Pantani. Pourtant, le Normand de 29 ans a un parcours atypique. Entretien avec le grimpeur du team Decathlon CMA CGM.


Nicolas Prodhomme : "Pogacar m'appelle Pantani, mais je préférerais qu'il m'appelle par mon nom"
Crédit : ASO / Charly Lopez

Passé professionnel en 2021 au sein de la formation savoyarde, Nicolas Prodhomme ne fait pas partie des coureurs dont on parle le plus. Discret, il a connu une progression linéaire après être arrivé sur le tard après une formation en électricité. Pourtant, c'est bien lui qui a accompagné Paul Seixas le plus longtemps lorsque la route s'élevait, et a grandement contribué à la 4e place finale du leader de Decathlon CMA CGM. Retour sur cette performance et sa carrière en entretien exclusif.


Interview de Nicolas Prodhomme (Decathlon CMA CGM Team)

Comment te sens-tu quelques semaines après le Tour de France ?

Très bien. Le Tour est forcément épuisant, mais je l’ai terminé sur une très bonne dynamique, donc mentalement tout va bien. J’ai pris une semaine de coupure pour voir ma famille et ma copine, et j’en ai aussi profité pour déménager — à seulement une vingtaine de minutes de mon ancien logement. Cette pause m’a fait du bien et aujourd’hui je me sens vraiment bien.


Ta saison a semblé monter en puissance, jusqu’à un très gros niveau sur le Tour. Comment l’expliques-tu ?

Le début de saison n’a pas toujours tourné comme prévu. Les courses par étapes et la chaleur me réussissent bien, mais plusieurs circonstances ont limité les opportunités : des étapes ont notamment été modifiées ou annulées à cause des conditions. La condition était là sans que tout s’aligne comme l’année précédente. À partir du début juillet, j’ai senti que j’étais vraiment bien. Avec mon entraîneur, on a très bien géré l’approche du Tour pour arriver prêt et continuer à monter en puissance au fil des étapes. C’est un schéma que je connais : plus les jours passent, plus je récupère bien et plus je suis capable d’enchaîner les efforts.


Sur la dernière semaine, tu étais encore avec les meilleurs dans les moments les plus difficiles. Est-ce que ton niveau t’a surpris ?

Oui, quand même. Je savais que ma condition devait progresser après la première semaine, mais me retrouver sixième ou septième de ce qu’il restait du peloton, encore capable de travailler pour Paul, m’a fait prendre conscience du niveau que j’avais atteint. C’est probablement ce qui m’a le plus marqué. J’étais déjà très satisfait de pouvoir durcir la course pour lui et de rester présent aussi tard dans les étapes.


"Honnêtement, je ne me reconnais pas trop en Pantani et je préfèrerais qu'il m'appelle plutôt par mon nom [rires]. Après, quand je lis l'explication de ce surnom, c'est plutôt un beau compliment"

Tu termines 16e du classement général sans avoir couru pour toi. Quelle valeur donnes-tu à cette place ?

C’est une petite récompense, mais elle reste secondaire. Je n’ai jamais eu ma carte personnelle et j’ai beaucoup travaillé pour les objectifs de l’équipe. Avec les jambes que j’avais, je peux imaginer qu’un top 10 aurait peut-être été envisageable dans une autre configuration, mais cela aurait supposé d’économiser de l’énergie et donc de moins aider mes leaders. Or nous avions deux objectifs sur des terrains différents, notamment Paul et Olav, et cela demandait du travail tous les jours. Dans ce contexte, la 16e place montre surtout le niveau atteint sans avoir construit ma course autour du général.


Nicolas Prodhomme parmi les grands sur le Tour de France 2026 / ASO - Charly Lopez
Nicolas Prodhomme parmi les grands sur le Tour de France 2026 / ASO - Charly Lopez

Un échange de regards avec Pogacar après l’une de tes accélérations a beaucoup circulé. Que s’est-il réellement passé ?

C’était surtout un problème de communication avec la voiture. Je devais durcir la course, mais pas exactement à ce moment-là. Les oreillettes ne fonctionnaient pas parfaitement, j’ai donc accéléré très fort sur une courte période alors que l’action prévue devait arriver quelques kilomètres plus tard. Je pense qu’il s’est simplement demandé pourquoi je faisais ça. Sur le moment, je n’avais même pas remarqué son regard : j’étais occupé par la radio et mon compteur. Il n’y a aucun problème entre nous. On a déjà discuté du placement dans le peloton, il y a du respect, et il m’a même félicité après l'étape du Markstein où j’avais durci la course.


Il a déclaré début août qu'il te surnommait Pantani, car tu "semblais toujours avoir de très bonnes jambes pour la dernière ascension ». Comment l'as-tu pris ?

Je me fais pas mal chambrer par mes coéquipiers là-dessus, effectivement. Honnêtement, je ne me reconnais pas trop en Pantani et je préfèrerais qu'il m'appelle plutôt par mon nom [rires]. Après, quand je lis l'explication de ce surnom, c'est plutôt un beau compliment. Donc je le prends avec humour et du côté positif.


Quel bilan tires-tu du Tour au niveau collectif ?

Un bilan très positif, avec de la fierté et pratiquement aucun regret. L’équipe a essayé d’exploiter toutes les possibilités, aussi bien pour les sprints que pour le classement de Paul. Nous ne nous sommes pas contentés d’une place d’honneur : jusqu’aux derniers jours, l’idée était de continuer à peser sur la course. La dernière étape a aussi montré à quel point l’équipe était soudée autour d’Olav, avec tout le monde qui mettait la main à la pâte. Malgré des profils et des rôles différents, la dynamique et l’ambiance ont rendu ce Tour particulièrement agréable à vivre.


Ton parcours vers le professionnalisme a été atypique, avec une signature comme néo-pro en 2021, à 24 ans. Qu’est-ce qui explique ta progression régulière ?

Je suis arrivé relativement tard dans le haut niveau. J’ai suivi deux apprentissages en électricité et, lorsque j’ai intégré une équipe Élite, je travaillais encore environ 35 heures par semaine. Je n’étais donc pas à mon plein potentiel. Ensuite, j’ai rejoint une structure de développement et j’ai progressivement découvert mes qualités. Mon profil n’est pas forcément spectaculaire sur un test isolé de vingt minutes : mon point fort, c’est surtout la récupération et la capacité à enchaîner les efforts et les journées difficiles. Les courses m’ont permis de révéler cette qualité année après année. Aujourd’hui, avec mon entraîneur, on arrive aussi à mieux trouver l’équilibre entre le fond nécessaire et la fraîcheur, selon qu’on prépare une course d’un jour ou un Grand Tour.


Quelle place tient Paul dans ta progression et dans ta carrière ?

Il y a évidemment la relation leader-équipier, mais pas seulement. Nous avons partagé des moments importants et il y a une vraie dimension humaine. Pour ma première victoire sur le Tour des Alpes, l'équipe voulait que ce soit lui qui gagne. Il a pris le micro pour assurer que la victoire devait me revenir. Ce genre de geste compte beaucoup. Cela m’a aidé à franchir un cap et, au-delà du rôle sportif, nous partageons des souvenirs et des valeurs que j’apprécie.


"Si je devais donner un réel objectif de carrière, ce serait de réaliser la trilogie sur les trois Grands Tours. J'ai gagné une étape du Giro l'an passé, maintenant je vise le Tour et la Vuelta."

Les rumeurs de recrutement autour de l’équipe et du projet de Paul, avec les recrutements de Pavel Sivakov ou Laurens De Plus peuvent-elles remettre en cause ta place à ses côtés ?

Je ne le vis pas comme une menace. Après ce que j’ai montré sur le Tour, je sais ce que je peux apporter sur une course de trois semaines. Si l’équipe veut renforcer un leader avec de grandes ambitions, faire venir de très bons coureurs est positif. L’équipe a vu ce que j’étais capable de faire, donc je reste serein quelle que soit l’évolution de l’effectif. Je pense avoir montré ce que je valais et que je méritais ma place auprès de Paul.


Quand tu es passé professionnel, pensais-tu pouvoir atteindre ce niveau ?

Non. Au départ, je ne pensais même pas forcément devenir professionnel. Puis une opportunité s’est présentée et, après ma première course avec les pros, je me suis dit que c’était possible. Ensuite, chaque étape a repoussé la précédente : passer pro, gagner une course pro, disputer le Tour de France, puis réussir un Tour à ce niveau-là. Je n’imaginais pas aller aussi loin au début de mon parcours.


Quels objectifs te motivent désormais : le classement général ou les victoires ?

Je reste beaucoup plus motivé par la gagne. Un bon classement général a évidemment de la valeur, mais simplement s’accrocher pour faire un top 10 ne me motive pas autant qu’une vraie opportunité de victoire. À choisir, je peux préférer viser une étape sur le Tour plutôt que terminer cinquième du classement général. Si je devais donner un réel objectif de carrière, ce serait de réaliser la trilogie sur les trois Grands Tours. J'ai gagné une étape du Giro l'an passé, maintenant je vise le Tour et la Vuelta.


Est-ce que le leadership sur des courses par étapes, World Tour ou pas, pourrait t'intéresser ?

Ça peut clairement devenir un sujet pour l'an prochain. On en parlera avec l'équipe et le staff en fin de saison, mais c'est effectivement une ambition. Il faudra bien sûr que cela colle avec le reste de l'équipe, mais je pense avoir le niveau pour y prétendre sur certaines courses.


Comment se présente la fin de saison ?

Le programme doit encore être finalisé à 100 %, mais l’idée est de partir au Canada avec l’équipe, puis d’enchaîner avec les classiques italiennes. La Lombardie fait partie des possibilités évoquées pour cette fin de saison, même si tous les détails ne sont pas encore arrêtés

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • X
  • Facebook
  • Youtube
bottom of page