Les sprinteurs mis de côté sur les Grands Tours ? Analyse à l'approche de la Vuelta 2026
- Titouan Lallemand

- il y a 11 heures
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Alors que la Vuelta 2026 approche et que la course est connue pour être le Grand Tour le moins favorable aux sprinteurs, on a décidé de s'intéresser à leurs chances sur les GT qui semblent de moins en moins nombreuses. Est-ce vraiment le cas ? Qu'est ce qui a changé ? Les sprinteurs sont-ils obligé de se réinventer ? Analyse.

Combien de sprints massifs par saison en GT?
C'est un sentiment que l'on partage tous. Les sprinteurs semblent avoir de moins en moins de place sur les Grands Tours. Si c'est assez vrai statistiquement, cela reste bien moins évident lorsqu'on regarde les chiffres de plus près.
Les années 2000 sont souvent utilisées comme référence pour les sprinteurs. Pourtant, on découvre qu'en 2000 et 2001, ils n'ont eu droit qu'à 15 et 16 sprints sur les trois Grands Tours, soit à peine plus de 5 en moyenne par GT. C'est moins que ce que l'on a connu entre 2019 et 2024, par exemple.
Pour les méthodologie, il s’agit des sprints recensés, c’est à dire ceux qui ont vraiment eu lieu.

On note cependant une grosse progression des opportunités pour les sprinteurs à partir de 2002. D'ailleurs, la période allant de 2002 à 2012 reste la plus faste pour eux. Il est donc vrai que, dans les années 2000, les sprinteurs étaient globalement bien plus mis en valeur. Restent deux années d'exception dans la période moderne : 2016 et 2018, avec notamment un Tour de France 2018 qui avait offert 9 sprints massifs.
Néanmoins, on observe un véritable point de bascule en 2025. Seulement 14 sprints sur l'année, soit le total le plus faible du XXIe siècle. Et 2026 ne s'annonce guère mieux pour le moment. Avec respectivement 5 et 6 sprints sur le Giro et le Tour de France, nous en sommes actuellement à 11, tandis que la Vuelta promet d'être particulièrement montagneuse. On devrait donc difficilement dépasser les 16 sprints. Loin, très loin des 25 enregistrés en 2007.
Dernier constat : sur la période 2000-2025, la moyenne est de 18,6 sprints par an sur l'ensemble des trois Grands Tours. Et même si l'écart reste parfois faible, depuis 2019, nous sommes systématiquement en-dessous de cette moyenne.
La tendance récente est donc bien réelle. Mais elle est aussi moins ancienne qu'on pourrait le penser : ce n'est pas nécessairement depuis vingt ans que les sprinteurs perdent du terrain sur les Grands Tours. C'est surtout depuis quelques saisons que le phénomène semble véritablement s'installer.
Le Giro, le principal point de bascule
Au début des années 2000, le Giro était le paradis des sprinteurs. En 2003, 11 sprints massifs ont été répertoriés, pour le plus grand plaisir d'Alessandro Petacchi, vainqueur de six étapes. Il faut dire que c'était aussi la période des grands sprinteurs, avec Robbie McEwen, qui en avait remporté deux, tout comme Mario Cipollini.
Un changement s'est opéré en 2005 et n'a cessé de se poursuivre, à l'exception de quelques rares années comme 2018, un pic que l'on retrouve d'ailleurs dans la moyenne totale par année sur le graphique précédent. Depuis, les tracés du Giro sont beaucoup moins généreux avec les sprinteurs. Le Tour d'Italie semble perdre, année après année, ce qui faisait une partie de son identité : beaucoup de sprints d'un côté et des étapes de montagne ultra difficiles avec un dénivelé énorme de l'autre. Désormais, le Giro rentre davantage dans le moule.

Le Tour de France, lui, n'offrait pas tellement d'opportunités aux sprinteurs au début des années 2000. Un vrai contraste avec le Giro. Les deux courses étaient ainsi très différentes dans leur approche, ce qui permettait d'avoir de la variété et de contenter tout le monde. Entre 2000 et 2002, seulement cinq sprints massifs étaient répertoriés chaque année. Très peu finalement, puisque cela correspond à peu près à la moyenne des dernières éditions (2022 à 2026).
La Grande Boucle a commencé à rattraper son retard sur le Giro en 2006, avec une sorte de chassé-croisé entre les deux épreuves. Le Tour passait au-dessus des six étapes pour sprinteurs tandis que le Tour d'Italie passait sous cette même barre. Une période qui a permis à la Grande Boucle d'attirer enfin les meilleurs sprinteurs du moment, comme Tom Boonen, Robbie McEwen ou Óscar Freire. Cette tendance s'est ensuite globalement prolongée jusqu'aux années 2020, avec un nombre assez élevé de sprints et régulièrement huit ou plus entre 2010 et 2019, à l'exception notamment de 2015 et de son tracé particulièrement montagneux.
Enfin, la Vuelta confirme son statut de Grand Tour le moins adapté aux sprinteurs, même si la course a connu un pic de neuf sprints massifs en 2007 et 2008. Une parenthèse qui n'aura pas duré. En 27 saisons, la Vuelta est le Grand Tour qui a offert le moins de sprints à 16 reprises, soit plus de la moitié des éditions.
Mais globalement, que ce soit la Vuelta, le Giro ou le Tour de France, tous semblent suivre une tendance à la réduction du nombre de sprints, avec 2025 comme potentiel véritable point de bascule.
Alors, pourquoi une telle tendance ? Et surtout, va-t-elle se prolonger ?
Qu'est ce qui a changé pour les sprinteurs ?
Le mode de consommation a changé. Le Tour de France a commencé à diffuser ses étapes en intégralité et, avec cela, l'ennui s'est installé sur de nombreuses étapes de plaine. Dans le même temps, la baisse du nombre d'étapes promises aux sprinteurs a rendu ces journées bien plus cadenassées par leurs équipes, qui ne peuvent désormais plus se permettre de rater le coche, même une seule fois. Les baroudeurs sont donc davantage découragés et les fameuses échappées publicitaires sont devenues moins nombreuses.
Pour répondre à cet ennui, les organisateurs ont progressivement rendu les étapes de plaine plus difficiles afin de dynamiser ces journées parfois très longues. Cela ne passe pas forcément par davantage de dénivelé sur l'ensemble de l'étape, mais plutôt par l'ajout d'une difficulté plus importante à un endroit stratégique du parcours.
C'est par exemple le cas de la 3e étape du Giro 2026. Ses 1 500 mètres de dénivelé positif n'ont rien d'exceptionnel, mais la présence d'une montée suffisamment difficile pour mettre certains sprinteurs en difficulté rend la course beaucoup plus ouverte et imprévisible.
Moins d'ennui, plus de suspense, mais aussi une journée beaucoup plus difficile à contrôler pour les grosses cuisses.

Les sprinteurs obligés de se réinventer ?
Pour répondre à ce changement, les sprinteurs ont été obligés de se réinventer en devenant plus polyvalents. Les purs sprinteurs comme Mark Cavendish n'auraient probablement eu que trois ou quatre véritables opportunités sur le Tour de France cette année, par exemple. Tim Merlier, qui reste davantage dans cette lignée, n'a d'ailleurs participé qu'à quatre des six sprints massifs de cette édition, pour trois victoires.
Aujourd'hui, les Olav Kooij, Jasper Philipsen, Paul Magnier ou même Jonathan Milan passent plutôt bien les bosses. Une polyvalence devenue presque indispensable pour multiplier les opportunités de victoire, mais aussi pour espérer jouer le maillot du classement par points.
D'autant que cette année, sur le Tour, malgré un changement de barème censé favoriser davantage les sprinteurs, c'est tout de même Mads Pedersen qui a ramené le maillot vert à Paris, avec une 9e place comme meilleur résultat lors d'un sprint massif. Une preuve supplémentaire que, sur les Grands Tours modernes, être simplement le plus rapide ne suffit plus.
Les sprinteurs sont-ils vraiment mis de côté ?
En conclusion, oui, les sprinteurs semblent être progressivement mis de côté ou, plus exactement, davantage mis en difficulté par l'ajout d'obstacles sur des étapes qui leur étaient autrefois pleinement destinées. Mais 2025 semble surtout avoir marqué un véritable point de bascule.
Auparavant, nous avions droit à différents cycles, mais ceux-ci n'étaient pas forcément les mêmes sur les trois Grands Tours. Il y avait ainsi presque toujours au moins un GT pour offrir davantage d'opportunités aux sprinteurs. Depuis 2025, la tendance s'est uniformisée : les trois Grands Tours proposent désormais entre quatre et six véritables chances aux grosses cuisses. Des parcours de plus en plus similaires dans leur approche, qui brident incontestablement les purs sprinteurs.
Jusqu'où cela ira-t-il ? À notre humble avis, on aurait tort de vouloir progressivement rayer cette partie du cyclisme de la carte. Un bon Grand Tour, c'est aussi un GT capable d'offrir six à huit opportunités aux sprinteurs. Et si, de temps en temps, une édition leur propose une dizaine de chances, cela n'aurait rien de scandaleux. Au contraire, cela ferait même du bien en apportant davantage de variété entre les trois Grands Tours. Surtout si les étapes sont tracées comme certaines le sont sur le Giro depuis quelque temps. Une étape destinée aux sprinteurs n'a pas besoin d'être totalement plate pour être intéressante. On peut ajouter une bosse, créer de l'incertitude, obliger les équipes à travailler et offrir des possibilités aux attaquants sans pour autant éliminer systématiquement les sprinteurs. Après tout, étape de plaine ne veut pas forcément dire étape toute plate.





Excellent article merci ! Je pensais que 2000 était l’apogée du sprint mais en fait, en quantité non, plutôt 2010 apparemment. Ou alors c’était un peu avant.