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Le cyclisme s'est rajeuni ? Vraie tendance ou simple impression ?

Depuis plusieurs années, de jeunes talents émergent de plus en plus tôt et donnent l’impression que le cyclisme se rajeunit chaque saison. Paul Seixas, 18 ans l’an dernier, a notamment marqué les esprits, tout comme Juan Ayuso, Tadej Pogačar ou Remco Evenepoel avant lui. Mais s’agit-il d’une simple impression ou d’une véritable tendance de fond ? Analyse sur les vingt dernières années.


Le cyclisme s'est rajeunit? Vrai tendance ou simple impression ?

Pour cet article, nous sommes remontés vingt ans en arrière, en nous appuyant à la fois sur les moyennes d’âge du peloton et sur l’âge des vainqueurs. Une analyse croisée qui permet de mieux appréhender la réalité.

Sources utilisées : ProCyclingStats et First Cycling.


Quel est l’âge moyen du peloton depuis 2005 ?

Pour une étude de ce type, la question évidente à se poser est la suivante : l’âge moyen des coureurs du World Tour a-t-il diminué ?À la lecture du graphique ci-dessous, la réponse est claire : non.

L’analyse pourrait toutefois être biaisée si l’on ne s’intéressait qu’à la période débutant en 2015, moment où les coureurs ont commencé à bénéficier d’une plus grande longévité, notamment grâce aux progrès en matière d’entraînement et de nutrition. En se limitant à cette période, on pourrait être tenté d’affirmer que le peloton s’est rajeuni, mais cela occulterait toute la première partie des années 2000.

Or, en observant la période 2005–2010, on constate que l’âge moyen du peloton était déjà similaire à celui des deux dernières saisons, avec une moyenne de 26,8 ans.



Mais attention, une moyenne peut être trompeuse. Il se peut qu'il y ai beaucoup de coureurs pas très vieux et pas très jeune. De ce fait, on s'est intéressé à la quantité de coureurs de strictement moins de 25 ans sur l'année révolue. C'est à dire que les coureurs qui ont 24 ans au 7 janvier mais qui auront 25 ans en 2026 ne sont pas pris en compte afin d'être sur un pied d'égalité avec notre année de comparaison : 2005.



Et nouvelle surprise : nous sommes sur un rapport équivalent. En soi, ce n’est pas vraiment étonnant, puisque les équipes professionnelles disposent aujourd’hui de structures de développement. Il est probable que les résultats auraient été différents sans ces équipes satellites. Mais cela confirme, une fois encore, que le peloton n’est pas plus jeune en 2025 qu’il ne l’était il y a vingt ans.

D’ailleurs, certains chiffres sont assez amusants à comparer. Movistar, qui existait déjà en 2005 sous le nom d’Illes Balears, compte autant de coureurs de moins de 25 ans en 2025 qu’en 2005. Lotto, qui était alors l’une des grandes écuries du sprint et des classiques, en compte deux fois moins en 2025.À l’inverse, Quick-Step alignait davantage de jeunes en 2005 (13) qu’en 2025. On y trouvait d’ailleurs un certain Tom Boonen, alors âgé de 24 ans.


Les coureurs arrivent-ils plus jeunes ?

L’autre question légitime est de savoir si les coureurs arrivent aujourd’hui en catégorie professionnelle de plus en plus jeunes. La donnée la plus simple à analyser est l’âge du plus jeune coureur par saison. Et là encore, le constat est clair : dès le début des années 2000, le plus jeune coureur du World Tour (ProTour à l’époque) avait déjà 18 ans.

On note toutefois une légère évolution. Entre 2005 et 2015, l’âge moyen du plus jeune coureur par saison était de 19,5 ans, tandis que depuis 2019, le plus jeune coureur a systématiquement 18 ans.



Pourtant, cela n'abaisse pas l'âge moyen des coureurs. Les jeunes sortent un peu plus tôt aujourd'hui certes mais le peloton n'est pas plus jeune. Alors pourquoi notre vision semble biaisé?


Des vainqueurs de plus en plus jeunes sur les grandes courses?

Si l'on a le sentiment que le peloton est de plus en plus jeune, c'est en partie car les coureurs sont performants de plus en plus tôt. On peut le constater sur les vainqueurs du Tour de France, du Giro ou encore des Monuments.


Sur le Tour de France, depuis la victoire d’Egan Bernal en 2019, on observe des performances de plus en plus impressionnantes chez les jeunes coureurs. Cette évolution coïncide, presque par hasard, avec l’arrivée des équipes de développement, qui ont largement professionnalisé l’entraînement des plus jeunes. Résultat : leur temps d’adaptation au plus haut niveau est considérablement réduit.

L'analyse se vérifie tout autant sur le Giro ou sur les Monuments, où la moyenne de vainqueurs est de trois à quatre ans plus jeune qu'en 2005.


Analyse des résultats : le cyclisme s’est-il rajeuni ? Vraie tendance ou simple impression ?

Alors, au vu des résultats, le cyclisme s’est-il réellement rajeuni ? La réponse est non. Il s’agit avant tout d’une impression, largement entretenue par les performances de jeunes coureurs désormais prêts beaucoup plus tôt pour le monde professionnel.


Cette analyse pourra bien sûr évoluer à l’avenir - il faudra la vérifier dans dix ans - mais à l’heure actuelle, le peloton n’est pas plus jeune qu’auparavant. L’équilibre global est toujours présent. Un déséquilibre a toutefois été observé autour des années 2015, avec la génération Valverde, Contador et consorts, capables de performer jusqu’à 36, voire 40 ans. Cette longévité a légèrement fait grimper l’âge moyen du peloton, avant un rééquilibrage progressif avec l’arrivée des néo-professionnels.


On observe donc aujourd’hui un écart-type plus important, mais pas un peloton plus jeune.

Le véritable changement réside ailleurs : les coureurs sont performants de plus en plus tôt. Même si l’on semble sans doute s’approcher d’un plafond de verre, illustré par Paul Seixas, 18 ans, déjà sur le podium des Championnats d’Europe élite. Il est en revanche difficile d’imaginer, à l’avenir, des coureurs de 16 ans capables de rivaliser avec les professionnels.

De toute façon, la réglementation actuelle impose aux coureurs de moins de 18 ans d’évoluer en catégorie junior. Nous sommes donc déjà à la limite de ce qu’il est possible d’observer sans changement structurel du cadre réglementaire.



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