Mas, Landa, pour l'Espagne 🇪🇸, le renouveau passe par les vieux sur cette fin de saison 2026
Après une première partie de saison très compliquée, marquée de nombreuses désillusions, l’Espagne est revenue de la plus belle des façons sur le devant de la scène, en remportant plusieurs succès majeurs, et principalement son Tour national pour la première depuis 12 ans. Des victoires acquises exclusivement par les vétérans ibériques, que l’on avait presque enterrés.

Lorsque Pablo Torres a survolé le Tour de l’Avenir en montagne, signant sur le Colle di Finestre l’une des montées les plus folles de ces dernières années, l’avenir s’annonçait radieux pour le cyclisme espagnol. Sans même parler alors de Benjamin Noval, le Seixas espagnol qui arrivera en World Tour en 2027, Markel Beloki, Adrian Pericas et Igor Arrieta ont tour à tour fait leur arrivée chez les professionnels, sans parler de Carlos Rodriguez, chargés de promesses dans les jambes et de pression sur les épaules, alors que Juan Ayuso était alors l’un des coureurs les plus prometteurs sur les courses par étapes avec deux tops 5 en Grand Tour. Deux ans plus tard, le Catalan n’en compte toujours que deux et, si les Ibériques ont renoué avec le succès sur leur Tour national, ils ne les doit aucunement à ses nouveaux talents. Cet automne l'Espagne peut dire merci à ses vieux, cette vieille garde, aussi éternelle qu’inattendue. Surtout quand il s’agit de gagner.
L'Espagne peut dire merci Ă ses vieux
Car s’ils sont présents sur le circuit depuis une bonne dizaine d’années, Enric Mas, Mikel Landa et Alex Aranburu ont passé plus de temps à subir les golibets des fans de cyclisme qu’à lever les bras. Habitués aux places d’honneur, même au plus fort de leurs carrières, ils trainaient une réputation, pas complètement usurpée, avouons-le, de "loosers", de coureurs incapables de gagner. Il est vrai qu’à eux trois, ils cumulent seulement 37 succès depuis leurs débuts, ce qui est peu en 9 ans de carrière pour Aranburu et Mas et 15 pour Landa. On s’était presque habitués à les voir tourner autour, symbole d’une génération espagnole qui peinait à prendre la suite de l’éternel Alejandro Valverde, qui a fini par rappeler en 2022 qu’il ne pouvait pas être éternel, en tout cas, pas sur la route. Mais quatre ans après la retraite du, sans doute, plus grand coureur espagnol de l’histoire, l’heure était enfin venue pour la génération d’après de prendre la lumière.
Difficile de trouver plus beau symbole de cette « succession » que celui que Valverde avait lui-même adoubé, couvé, fait grandir à ses côtés à la Movistar : Enric Mas. Le Majorquin avait pourtant connu des mois difficiles, marqués par sa phlébite à la jambe qui l’avait contraint à l’abandon sur le Tour de France 2025 et dont il ne semblait pas se remettre. Il avait été inexistant sur le Tour de Catalogne, méconnaissable sur le Tour d’Italie et au départ de Monaco, même en misant sur un abandon de Pogacar, personne ou presque ne l’imaginait gagner cette Vuelta. Parce qu’il ne semblait pas en avoir les jambes, parce qu’il semblait fini, parce qu’est Enric Mas, aussi, dont on parle, l’homme qui comptait déjà 4 podiums sur le Tour d’Espagne, mais qui paraissait voué à échouer dans la quête de son Tour national.
Landa, la revanche du dernier des romantiques
Tout terrain au possible, capable de jouer le général du Tour du Pays Basque (7e en 2025) comme de disputer des sprints massifs (8e sur les Champs-Elysées en 2021), Alex Aranburu a toujours été taillé pour claquer des classiques World Tour. Et comme Mas sur la Vuelta, le Basque est souvent passé à côté, sur l’Eschborn-Franckfurt (2e en 2024), les classiques canadiennes (4e à Québec et 3e à Montréal en 2023), la Klasikoa (7e) ou encore Milan-SanRemo (7e). Mais la victoire sur ces rendez-vous le fuyait sans cesse, qu’il soit chez Astana, Movistar ou Cofidis. Et à 30 ans, avec l’avènement de la nouvelle génération, il semblait avoir laissé passer sa chance. Il a, au contraire, su la saisir pour s’offrir fin août la Bretagne Classic, en solitaire, après une attaque plus sentie à 1,6km de l’arrivée. A leur niveau, Cristian Rodriguez (9e de la Vuelta, son premier top 10 en Grand Tour à 31 ans) et Ion Izagirre (vainqueur du Memorial Marco Pantani vendredi à 37 ans) ont eu aussi illustré le retour au premier plan des vétérans espagnols. Mais aucun retour n’était plus inattendu et apprécié que celui de Mikel Landa.
Comme Aranburu et Mas, lui aussi a évolué avec Valverde au sein de la Movistar, même si la cohabitation était plus compliquée. Lui aussi était destiné à prendre la suite du Murcien et de Contador sur les Grands Tours. Lui aussi a tourné autour (4e du Tour en 2017 et 2020, 3e du Giro en 2015 et 2022, 4e en 2019, 5e de la Vuelta 2023). Lui aussi semblait avoir perdu ses meilleures jambes, à 36 ans, cinq ans après son dernier succès. Il aura même traversé les 19 premières étapes du Tour d’Espagne dans l’anonymat le plus total (27e au mieux), incapable d’aider ses coéquipiers comme de s’échapper, encore moins de suivre les meilleurs. Il fallait être visionnaire pour s’imaginer le voir à l’avant sur l’étape la plus dure, la plus folle aussi, et encore plus pour penser qu’il serait en mesure de gagner, en étant pourtant piégé dans un second groupe, à la mi-étape. Mais la Vuelta a ressuscité ce que l’Espagne avait de mieux à offrir, ravivant ce cyclisme romantique pré-ère Pogacar dont Landa est l’un des derniers représentants, le plus symbolique peut-être. Est-ce vraiment un hasard si le second a levé les bras pour la première fois depuis … 2019 le jour-même où Mas validait définitivement son sacre au général, le premier d’un Espagnol sur la Vuelta depuis … 2014 ?
Et cela s'est ressentie au classement. L'Espagne n'était que la 6e meilleure nation avant le départ de la Vuelta. Elle a depuis récupéré deux positions, se classant 4e. Les cinq trentenaire, Mas, Landa qui n'a que très peu de points, Aranburu, Bilbao et Izagirre on marqué plus de 60% des points de l'Espagne sur l'année. Comme quoi, il faut parfois attendre l'âge de raison pour atteindre son âge d'or.
Des succès plus que mérités
Mais Mikel Landa a retrouvé le temps d’un jour ses jambes de vingt ans, la Movistar, dernière équipe espagnole au plus haut niveau, a régné tactiquement, loin des stratégies gags pour lesquelles elle a si souvent été moquée et, surtout, Enric Mas a couru en patron, dès l’abandon de Pogacar. Si on a si souvent douté de sa victoire finale, cela tenait bien plus à son passé qu’à ce qu’il montrait sur la route. Lui aussi a renoué avec un succès qui le fuyait (depuis 2022) en s’imposant à Alto d’Aitana, la première pierre d’une Vuelta dominée de la tête et des épaules. Une victoire sur son Tour national inattendue, que l’on promettait depuis plusieurs années à la nouvelle génération espagnole et notamment à Juan Aysuo. Mais, en Espagne, tout se fait toujours plus tard qu’ailleurs, presque quand on ne l’attend plus. C’est exactement ce qu’il s’est passé cet automne et, en toute honnêteté, ça n’aurait pu être plus mérité.





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