Vélotaf : Avec le vélo, le travail, c’est la santé !

La pratique du vélo, longtemps considérée comme marginale, est désormais en vogue. On retrouve parmi les nouveaux pratiquants de plus en plus de vélotafeurs, ces usagers se rendant au travail en bicyclette. Véritable phénomène, il s’inscrit dans une récente mutation du transport urbain, favorisé notamment par les acteurs privés et les pouvoirs publics. Explications.

Et si vous vous rendiez au travail à vélo ? Si l’idée paraissait quelque peu farfelue il y a encore quelques années, voire réservée à une caste d’« écolos bobos », celle-ci a fait son chemin et est devenue un véritable phénomène qui porte un nom : le vélotaf. Vous l’aurez compris, ce mot vient de la contraction des mots vélo et « taf », désignant le travail. Apparu dans les années 2000, ce mot désigne aujourd’hui une véritable communauté de cyclistes.


Véritable tendance connaissant une forte popularité, ce phénomène s’inscrit dans un processus plus large de croissance du secteur du cycle déjà constaté par les experts du milieu. La preuve, le marché du cycle représentait en 2020 plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires tandis que 66% des Français affirmaient avoir pratiqué du vélo au moins une fois lors des 12 derniers mois, prouvant ainsi la place grandissante du vélo dans le quotidien des citoyens. Aussi, l’étude « La pratique du vélo en milieu urbain » réalisée par l’Union Sport et Cycle en 2019, analysant notamment la place du vélo dans les trajets quotidiens des actifs en ville, démontre non seulement l’essor de la pratique, puisque 38 % des actifs urbains français se déplacent à vélo pour leurs trajets réguliers en ville, mais également la place grandissante du vélotaf dans leur quotidien.

Ainsi, un Français sur cinq vivant dans une grande ville (plus de 100.000 habitants) pédale pour son trajet domicile-travail, selon l'étude. Les actifs urbains pratiquent le vélotaf de façon régulière : 71 % des vélotafeurs utilisent leur vélo au moins une fois par semaine ; 26 % cinq fois et plus par semaine.

Alors, qui sont les vélotafeurs ? L’Union Sport et Cycle s’est amusé à construire la carte d’identité du vélotafeur type : le cycliste urbain est âgé de 42 ans en moyenne, il est le plus souvent en couple avec enfant(s) à charge (38%), et plutôt CSP+ (61 %). Voilà pour les présentations officielles.

Nous sommes allés à la rencontre de ces vélotafeurs et avons échangé avec Rémi, responsable grand compte pour une entreprise de logiciel informatique et vélotafeur en région parisienne. L'utilisation de la bicyclette est devenue son quotidien : « Avant le Covid-19, je me rendais tous les jours au travail à vélo, sauf quand il pleuvait ! Depuis, je me suis équipé. Comme le dit le proverbe, il n'y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais vêtements ! »



Citoyens, salariés, entreprises… Tout le monde gagne au vélotaf !


Les avantages du vélotaf sont très nombreux, à commencer par la pratique d’une activité physique régulière ! C’est d’ailleurs la raison première des individus interrogés lors de l’étude : le vélo permet à 62 % des urbains actifs de pratiquer une activité physique au quotidien.

Mais si les bienfaits du sport sur la santé sont prouvés, les avantages du vélotaf sont variés. D’un point de vue financier tout d’abord, le vélotaf est jugé peu coûteux. Il permet de réaliser d’importantes économies en remplaçant les coûts liés à l’utilisation d’un véhicule (carburant, assurance, entretien, etc.). Le gain de temps est également un argument non négligeable puisque 42 % des urbains actifs ont le sentiment de mieux maîtriser leur temps de trajet et de ne pas dépendre des autres modes de transport.

Pour Rémi, notre vélotafeur parisien, c'est cet argument qui l'a poussé dans les bras de la petite reine :  « Maîtriser mon temps de trajet est primordial, et c'est toujours un peu aléatoire avec les transports en commun. En vélo je suis sûr de ne jamais avoir de bouchons et d'arriver à l'heure à toutes mes réunions ! Il me fallait au mieux 40 min en transport et 15-20 minutes en vélo ! Le choix a été vite fait ! »


Dans le cadre du travail, puisque c’est de cela qu’il s’agit, les avantages sont nombreux, aussi bien pour le salarié que pour l’entreprise. Source de motivation, de concentration et de créativité, le vélotaf permettrait aux salariés pratiquants d’être 12% plus productifs que les travailleurs sédentaires. « C'est aussi une bonne façon de réfléchir à ma journée à l'aller pour m'organiser avant d'arriver et de me vider l'esprit en rentrant à la maison, »confirme Rémi.

De même, selon le rapport « Faire de la France une nation sportive » réalisé en 2019 par la sénatrice Françoise Gatel et le député François Cormier, l'absentéisme et le taux d'accident de travail auraient reculé de 30 à 40 % dans les entreprises ayant mis en place une politique sportive au travail.


Les entreprises ont donc compris le rôle du sport en général, et du vélotaf en particulier, sur le bien-être de leurs salariés. Elles ont donc un vrai rôle à jouer dans le développement de la pratique !


Une pratique simplifiée et impulsée par de multiples acteurs


Si la croissance rapide du phénomène est tant visible, c’est que la pratique a été favorisée par un certain nombre de facteurs, rendant le vélotaf plus simple et plus sûr.

L’engagement des pouvoirs publics est un élément important. Déployant à différentes échelles un véritable plan pour la démocratisation du vélo, l’Etat et les régions ont démontré ainsi leur vision volontariste dans ce domaine. Ainsi, l’adoption d’un « Plan national vélo » par l’Etat pour développer une véritable « culture vélo » s’est traduit par la mise en place d’une prime de 50€ baptisée « coup de pouce vélo », permettant aux individus de réparer leur vélo à moindre coût. Aussi, la loi d'orientation des mobilités, votée en décembre 2019 et entrée en vigueur en mai 2020, propose une indemnité kilométrique allant jusqu'à 500 euros par an pour les vélotafeurs salariés (sont concernées les mobilités dites « douces » et « propres », c'est-à-dire les vélos, électriques ou mécaniques et les véhicules en libre-service, notamment). Sa mise en place reste néanmoins facultative et dépend des entreprises : elles ont donc un rôle à jouer, comme nous l’évoquions plus haut.


A une échelle plus locale, l’élargissement du réseau de pistes cyclables (notamment pendant la crise sanitaire) et le développement d’offre de location de vélo ont favorisé les déplacements à bicyclette. En 2020, lors du confinement, le trafic sur les pistes cyclables a augmenté d’environ 29 % en France, de 67 % à Paris et de 26 % à Lille. A Orléans par exemple, la fréquentation de certaines pistes est en hausse de 70 % sur la période janvier-mars 2021 ! Notre témoin privilégié, confirme cette évolution : « Paris a beaucoup changé ces derniers temps pour faciliter cette pratique, notamment avec la généralisation des pistes cyclables qui permettent de se sentir en sécurité. Cela prendra du temps, mais c'est en améliorant les subventions vélo en entreprise, en développant les espaces vélo (circulation et stationnement) que les villes françaises ressembleront à des modèles comme Amsterdam ou Copenhague ».


Surtout, le succès retentissant du VAE (vélo à assistance électrique) a simplifié les déplacements domicile-travail. Plus de 500 000 vélos ont été vendus en 2020, soit une hausse de 29% par rapport à 2019 ! Et tous les segments profitent de ce formidable élan puisque les VAE urbains, dédiés notamment au vélotaf, demeurent de loin les plus prisés avec 40% de parts de marché.


Enfin, comment ne pas mentionner les récentes crises ayant poussé les Français à réfléchir à d’autres modes de transport ? Les grèves des transports en commun, notamment celles de 2016, ont obligé les travailleurs à se tourner vers un mode de transport plus simple et plus efficace. La crise du Covid-19 a favorisé quant à elle le vélo comme un geste barrière par excellence. Aussi, la prise de conscience écologique des citoyens a contribué à l’essor de la pratique. D’ailleurs, l’étude menée par Union Sport et Cycle démontre que pour les urbains, se déplacer à vélo combine des valeurs et notions positives : Rouler à bicyclette contribue à préserver l’environnement pour 50 % des urbains actifs !


Autant de raisons qui contribuent aujourd’hui au succès du vélotaf. Si tout n’est pas parfait il est vrai, notamment en matière de sécurité et de partage de la route, les efforts des différents acteurs ont impulsé une dynamique qui ne cesse de se développer et de se pérenniser. Alors, les mordus de voitures, convaincus ?


L’étude de l’Union Sport et Cycle est à retrouver ici : https://www.unionsportcycle.com/usc/2019-09-20/le-velo-nouvelle-passion-des-urbains

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