Tour de France 2026 : Paula Blasi, un destin de Reine
- jibduluc
- il y a 1 jour
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Il y a encore deux ans, Paula Blasi préparait les Championnats d'Espagne de duathlon sans imaginer que le vélo bouleverserait sa vie. Une blessure, quelques courses, un coup de foudre, puis une ascension fulgurante jusqu'au sommet du Tour d'Espagne. À 23 ans, l'Espagnole s'apprête à découvrir le Tour de France Femmes avec Zwift, portée par une insouciance qui contraste avec son appétit pour les plus grands défis.

Il y a des destins qui avancent à coups de certitudes. Et puis il y a ceux qui prennent le temps de se chercher, hésitent, bifurquent, changent de cap avant de rencontrer l'évidence. Paula Blasi appartient à cette seconde catégorie. Aujourd'hui, alors que son nom résonne parmi les plus grandes stars du peloton, il est presque vertigineux de se souvenir que le cyclisme n'a longtemps été, pour elle, qu'un sport parmi d'autres. "J’ai toujours baigné dans le monde du sport — j’ai étudié les sciences du sport (INEFC) à l’université de Barcelone — et même si les disciplines diffèrent (je pratiquais le cross-country et le duathlon), j’étais déjà habituée aux efforts physiques intenses", expliquait-il en 2025 à Eurosport.es. Le sport était sa langue maternelle. Peu importait le terrain, pourvu qu'il y ait l'effort. "Ma mère me dit toujours que je dois être l'une des filles ayant pratiqué le plus de sports, racontait-elle à AS. J'aime ça, j'ai la mentalité de considérer qu'au-delà d'être cyclistes, nous sommes des athlètes, et j'aime être polyvalente. Si vous me donnez un ballon, je suis aussi capable de faire quelques jongles avec". Chez Paula Blasi, la curiosité précède toujours la spécialisation. Le destin, lui, avait déjà choisi son terrain de jeu : un vélo.
Ce n'était pas le plan de devenir coureuse cycliste
En mars 2024, pourtant, rien ne la destinait encore à devenir cycliste professionnelle. "Je me préparais pour le Championnat d'Espagne de duathlon qui avait lieu en avril, racontait-elle à DirectVelo. Mais je me suis blessée au psoas et je ne pouvais plus courir. J'ai donc décidé d'essayer le cyclisme pendant ma convalescence. Mais ce n'était pas le plan de devenir coureuse cycliste". Les plans, pourtant, pèsent rarement bien lourd face au destin. Quelques semaines auront suffi pour que la révélation s'impose. "J'ai fait quelques courses et je suis tombée amoureuse de ce sport, poursuit-elle. Petit à petit, ça m'a davantage attirée que le triathlon. Je me suis rendu compte que, finalement, je me sentais bien sur le vélo". Et le vélo semblait, lui aussi, avoir trouvé la sienne. Car la Catalane d'Esplugues de Llobregat apprend vite, très vite. Après une saison 2024 prometteuse chez les Espoirs (4e du Tour de l’Avenir notamment), elle confirme dès ses premiers pas chez les professionnelles en 2025 (4e du Tour de Romandie). Ni le niveau, ni les noms, ni le prestige des courses ne semblent capables de l'impressionner.
"Je crois que les plus grandes insécurités sont souvent celles que nous créons nous-mêmes, expliquait-il à Eurosport.es. J’apprends vite et j’aime m’adapter aux différentes situations. Je veux devenir une coureuse de Grands Tours, capable de jouer la gagne. J'aime également beaucoup le contre -la-montre, je pense avoir un grand potentiel dans cette discipline. Ce sont les deux domaines que je souhaite privilégier". Il est parfois des ambitions qui ressemblent à des prophéties. En 2026, pour sa première saison complète dans le WorldTour, la jeune Espagnole de 23 ans remporte l'Amstel Gold Race, puis le Tour d'Espagne, avant d'enchaîner avec le Tour Féminin des Pyrénées et le Tour de Catalogne, à domicile. Une année presque irréelle pour une coureuse qui découvrait à peine le cyclisme deux ans plus tôt. Celle qui rêvait de gagner un Grand Tour l'a fait dès sa première tentative. La voilà désormais au départ de son premier Tour de France Femmes avec Zwift, portée par un statut d'outsider qu'elle refuse encore d'endosser.
Paula Blasi va découvrir le Tour de France et sa pression
"Je serai simplement là pour essayer d'aider l'équipe, tempérait-elle pour Marca. Le Tour est une épreuve immense et je n'ai jamais rien vécu de tel. Je chercherai donc à soutenir les leaders tout en profitant du moment, puisqu'il s'agira de ma première participation". Il est vrai que la formation UAE Team L'IMAD ne manque pas d'arguments. Double vainqueure du Giro (2024 et 2025) et 6e du Tour 2022, Elisa Longo Borghini sera elle aussi au départ, alors que la 4e de l’édition 2025, la Polonaise Dominika Wlodarczyk, pourrait également en être. Pourtant, aucune ne concentre autant de curiosité que Paula Blasi. Parce que les révélations fascinent toujours davantage que les confirmations. Parce que chacun veut savoir jusqu'où peut aller celle qui semble n'avoir découvert son véritable talent qu'hier. Mais cette lumière nouvelle ne l'effraie pas. Elle paraît même l'attirer.
"D'autres fuient la pression, moi j'en ai besoin, avouait-il dans un entretien accordé à El Pais. Je la réclame, je la recherche et j'aime ça". Cette phrase raconte sans doute mieux que toutes les autres la compétitrice qu'elle est devenue. Là où beaucoup cherchent à alléger le poids des attentes, Paula Blasi semble s'en nourrir. Plus le défi grandit, plus elle se sent vivante. Mais le Tour de France appartient à une autre dimension. On peut tenter d'en mesurer l'immensité, mais les mots s'arrêtent toujours un peu avant la réalité. Il faut l'avoir traversé pour comprendre ce qu'il exige, ces regards qui pèsent sans relâche sur les épaules des favoris. Au Tour, tout prend une autre dimension. C'est dans cet univers que Paula Blasi s'apprête à entrer, portée par l'insouciance de ses 23 ans et cette curiosité insatiable qui semble guider chacun de ses choix. Car c’est peut-être cela qui frappe le plus.
Ce qui me coûte, c'est de me reposer
À une époque où le sport de haut niveau fabrique souvent des athlètes façonnés pour l'efficacité, Paula Blasi conserve quelque chose d'indiscipliné. Une manière de ne jamais oublier que le sport est d'abord un espace de liberté et une source de plaisir. Au sommet de l'Angliru, après avoir remporté la Vuelta, elle glissait quelques mots qui disent beaucoup de son rapport à la vie : "J'ai traversé des moments très difficiles ces dernières années, et ce qui m'a toujours sauvée, c'est le sport. Le sport n'est pas un simple travail, c'est ce qui me rend heureuse. Ce qui me coûte, ce n'est pas de m'entraîner, mais de me reposer". Peut-être est-ce là, finalement, que réside son secret. Paula Blasi ne court pas seulement pour gagner. Elle court parce qu'elle trouve dans l'effort une forme de liberté que d'autres cherchent ailleurs. Le Tour de France sera peut-être l'épreuve la plus difficile de sa jeune carrière, mais sans doute aussi le plus beau des terrains de jeu. Car Paula Blasi ne donne jamais vraiment l'impression de vouloir atteindre le sommet. Elle préfère l'ascension en elle-même. Et, jusqu'ici, elle l'a toujours gravie un peu plus vite que les autres.
