Top 10 des meilleures équipes : Astana, tout pour les Tours

Arrivée dans le peloton pour promouvoir un jeune pays récemment indépendant, Astana a su surfer sur le talent et l’aura d’Alexandre Vinokourov pour se faire une place parmi les 10 meilleures équipes du 21e siècle. Avec une 5e place, elle y figure même très bien placée.

La longévité est d’une certaine rareté au sein du peloton professionnel, d’autant plus au niveau des équipes. La précarité du modèle économique rend difficile la compétitivité sur le long-terme, et rares sont les marques prêtes à investir plus de 5 ans. Pourtant, certaines équipes durent, profitant de sponsors particulièrement fidèles ou généreux. Si une entreprise est tenue à des résultats, ce n’est pas forcément le cas des sponsors étatiques, présents dans le sport pour exercer leur soft power et influencer le monde par ce biais. Astana en est le parfait exemple. Créée en 2006 puis financée par le fonds souverain du Kazakhstan Samrouk-Kazyna dès 2008, la formation est le véritable porte-drapeau du pays eurasiatique. Couleurs bleu et jaune, coureurs emblématiques et victoires de légende ont permis au Kazakhstan et à sa capitale, Astana (rebaptisée en 2019 Noursoultan, du nom de son ancien président historique Noursoultan Nazarbaïev), de se placer sur la carte du monde cycliste et politique. Ainsi que dans notre classement des meilleures équipes du siècle.


Histoire et palmarès : Vinokourov comme précurseur, les Grands Tours dans le viseur


Une fois n’est pas coutume, Astana a en quelques sortes existé avant de construire sa structure. « L’arrivée de l’équipe Astana dans le cyclisme doit son origine marketing dans les succès d’Alexandre Vinokourov », nous expliquait, en avril, Jean-Christophe Gallien, directeur de Zenon7 Public Affairs, cabinet de conseil en Affaires Européennes et Diplomatie Economique. Car le coureur kazakhstanais (nom des citoyens du pays, kazakhs étant un qualificatif ethnique, ndlr), évoluant alors chez T-Mobile, venait de remporter, en 2005, Liège-Bastogne-Liège, son premier Monument, après avoir triomphé sur Paris-Nice en 2002 et 2003 et le Dauphiné 1999. Il était alors l’un des meilleurs coureurs au sein d’une des meilleures équipes du monde. De quoi inciter son jeune pays, désireux de se faire un nom sur la scène internationale, à investir dans le cyclisme. D’abord connue sous le nom de Lyberty Seguros - Würth, Astana rejoint la structure à la mi-saison 2006 après le retrait des deux sponsors suite à une sombre affaire de dopage. Une arrivée à point nommé, puisque Vino remporte la Vuelta, et que son coéquipier et compatriote, Andrey Kashechkin, termine 3e. Un succès prestigieux pour lancer une histoire glorieuse, bien que semée de doutes : en 2008, Astana recrute Alberto Contador, certainement le meilleur coureur de Grands Tours à venir. L’Espagnol confirme sa réputation en remportant cette année-là le Giro et la Vuelta. El Pistolero est l’homme fort de la formation bleu et jaune, puisqu’il remporte ensuite le Tour de France 2009, Paris-Nice 2010 et d’autres victoires d’étapes prestigieuses avant d’être effacé des tablettes pour dopage.

La formation kazakhstanaise a ensuite cherché un remplaçant à l’Espagnol, parti en 2011, et l’a trouvé en la personne de Vincenzo Nibali puis de Fabio Aru. Les deux Italiens ont poursuivi la moisson sur les GT, remportant le Tour de France 2014, les Giro 2013 et 2016 ainsi que la Vuelta 2015. Avec quelques Monuments supplémentaires, grâce notamment au Requin de Messine et au dernier homme fort de l’équipe, Jakob Fuglsang, Astana a empilé 353 victoires en 16 saisons, dont 135 sur le circuit World Tour. Des statistiques solides pour arriver à la 5e place de notre classement. Une position que le collectif devrait continuer à consolider. Début octobre, l’équipe annonçait son nouveau nom pour 2022 : Astana Qazaqstan Team. Dans sa quête de développement géopolitique, le sponsor étatique n’est pas près de s’arrêter, tout comme l’ambition des jaunes et bleus.


Spécialité et philosophie : grimpeurs, puncheurs, gagneurs


Très vite, Astana s’est concentrée sur ses forces en mettant de côté les courses qui ne collaient pas aux qualités de son effectif : les pavés et les sprints. Jamais le Team jaune et bleu n’a disposé de cadors dans ces domaines, et pour causes. Le focus était mis sur les classiques, plutôt ardennaises, ainsi que les courses par étapes, d’une à trois semaines. Avec trois grands noms que sont Contador, Nibali et Aru, Astana a remporté 7 Grands Tours. Si l’on ajoute le succès de Vinokourov en 2006 sur la Vuelta, le compteur monte à 8. C’est tout simplement le 2e plus grand total au 21e siècle derrière l’intouchable mastodonte Sky/Ineos. Nibali a d’ailleurs été le seul, entre 2012 et 2019, à inscrire son nom au palmarès de la Grande Boucle, en dehors des Sky.


La philosophie des courses par étapes est aussi perceptible sur une semaine, avec un beau palmarès que ce soit sur Paris-Nice, le Tour de Suisse, de Romandie, due Pays-Basque ou encore le Critérium du Dauphiné. Avec 11 succès depuis 2006, Astana se place en référence en la matière, derrière Sky/Ineos et Movistar, 20 succès au 21e siècle. Mais contrairement à l’équipe britannique, Astana s’est illustrée sur les classiques, en accrochant 5 Monuments : Liège-Bastogne-Liège par trois fois, et Il Lombardia à deux reprises. Les deux Monuments qui conviennent le mieux aux grimpeurs-puncheurs de l’effectif eurasiatique. Des succès atteints pour la plupart avec des coureurs de classe mondiale, que la direction a su attirer en leur offrant des conditions sportives et financières à la hauteur de leur statut.

Mais impossible de parler d’Astana sans évoquer son rôle moteur dans le développement du cyclisme au Kazakhstan. Lancée dans le sillage de l’icône Vinokourov, la structure a ensuite formé et mis en lumière de nombreux coureurs issus de la République d’Asie centrale : Anrey Kashechkin, Maxim Inglinskiy, Andrey Zeits, Alexandr Dyachenko, Alexey Lutsenko ou le récent champion national Yevgeniy Fedorov. Depuis 2006, pas moins de 33 Kazakhstanais ont porté les couleurs de l’équipe nationale, apportant 63 victoires. Un succès bien plus que sportif pour un pays qui fêtera ses 30 ans le 16 décembre prochain.


Nibali le performeur, Vinokourov l’emblématique

On l’a vu, Astana n’a pas fait les choses à moitié en recrutant de véritables stars du peloton pour atteindre les sommets. Son plus gros coup restera Vincenzo Nibali, malgré les performances de Contador. Vainqueur de la Vuelta 2010, le Requin de Messine était l’emblème de la Liquigas, à l’époque une des deux formations transalpines en vogue avec Lampre. Il incarnait un cyclisme italien toujours à son sommet, après Cunego et Basso. Bref, un top coureur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a su confirmer les attentes placées en lui. Vainqueur du Giro 2013 puis du Tour de France 2014, il est devenu, à cette occasion, le 6e coureur de l’histoire du cyclisme à remporter les trois Grands Tours. De quoi en faire le 7e meilleur coureur du siècle d’après notre classement. En plus de cela, Nibali s’est imposé comme un fin tacticien et redoutable classicman, en remportant le Tour de Lombardie 2015 et le titre national en 2014 et 2015. Une véritable légende, et c’est un joli clin d’œil à l’histoire que de le voir revenir, en 2022, au sein du collectif qui lui a fait atteindre les sommets, après 5 saisons loin du Kazakhstan.


Mais de toute évidence, si Nibali a écrit la légende d’Astana, Vinokourov en fut le créateur. Sans lui, il est très probable que l’équipe cycliste kazakhstanaise n’ait jamais vu le jour. Coureur prolifique dans ses années T-Mobile, Vino a inspiré plus qu’une génération de cyclistes. Le grimpeur-puncheur a enrichi son palmarès sous ses couleurs nationales, remportant, entre autres, la Vuelta 2006, la course en ligne des Jeux Olympiques 2012 et Liège-Bastogne-Liège 2010. Retraité du peloton après son succès à Londres, il rejoint rapidement l’encadrement de son équipe, qu’il dirige de 2013 à 2021, non sans rebondissements. Evincé mi 2021, il retrouvera sa place en 2022. Soit seulement 6 mois passé en dehors de la structure, en 16 ans d’existence. La preuve qu’Astana ne peut se passer de son symbole.


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