Lidl-Trek : un recrutement XXL en 2027, mais pour quoi faire ?
Depuis l'arrivée du sponsor Lidl, l'équipe Lidl Trek a changé de dimension. Après avoir racheté le contrat de Juan Ayuso, la formation allemande a encore accéléré sont recrutement avec l'arrivée de Felix Gall, Filippo Ganna ou encore Jordi Meeus. Mais ce recrutement est-il si aberrant? Et pour quoi faire? On analyse la situation.

3e en 2025, Lidl-Trek n'est que 5e au classement UCI en 2026, la faute à un recrutement, non pas raté, mais qui n'a pas fonctionné cette année. Si Juan Ayuso a été recruté pour le présent, mais surtout pour l'avenir, il n'a pas répondu aux attentes, en raison, il est vrai, d'une bonne dose de malchance, mais aussi d'une certaine fragilité. Pour retrouver le podium, la formation allemande a donc été ultra-offensive sur le marché des transferts. Au risque d'empiler les leaders ?
Un recrutement XXL pour la Lidl Trek pour 2027
En allant chercher Felix Gall, 2e du Giro et 3e de la Vuelta, Filippo Ganna ou encore Jordi Meeus, Lidl-Trek s'est renforcée dans tous les domaines du cyclisme, de la montagne au sprint, en passant par le chrono, un secteur dans lequel elle était déjà très forte.
Mais la formation allemande a aussi recruté des équipiers solides comme Jordan Jegat, Gregor Mühlberger ou encore Igor Arrieta, très proche de Juan Ayuso. Le Français est une valeur sûre, avec deux top 10 sur le Tour de France, et devrait permettre de mieux entourer les leaders en montagne. Quant à l'Autrichien, il a été tout simplement monstrueux en 2026 aux côtés de Felix Gall et continuera donc de l'épauler en 2027.
Le petit plus de cette période de transferts, c'est la montée dans l'équipe WorldTour de Héctor Álvarez, l'un des plus grands talents chez les jeunes, déjà capable d'aller chercher des résultats chez les professionnels à seulement 19 ans.

Un cocktail qui semble, sur le papier, exceptionnel, mais qui pourrait entraîner des complications en interne, compte tenu du nombre de leaders au sein de la formation.
Trop de leaders tuent les leaders ?
Vu la quantité de leaders au sein de la formation, on peut forcément se poser des questions, d'autant que leur niveau est très homogène. En montagne, à l'instant T, elle pourra compter sur Ayuso, Skjelmose, Gee ou encore Gall. Quatre coureurs capables de monter sur le podium d'un Grand Tour ou, a minima, d'intégrer le top 5.
L'équipe s'est séparée, de manière pas très élégante, de Giulio Ciccone, qui avait pourtant rendu de fiers services à la formation et qui était son meilleur coureur sur les Monuments vallonnés, afin de libérer de la place. Et Skjelmose pourrait suivre. Mais le problème, si cela arrive, c'est que Lidl-Trek perdra deux coureurs capables de briller également sur les classiques, ce que n'ont jamais réellement fait Ayuso, Gee ou Gall. Peut-être mise-t-elle déjà très gros sur Álvarez, mais ces choix semblent, au mieux, discutables, au pire, douteux.
Quoi qu'il en soit, il va falloir réussir à gérer les égos. Juan Ayuso a été recruté pour être le leader absolu et se retrouve avec un Felix Gall qui présente de plus solides références en 2026. Comment le prendre ? Le grand perdant de l'histoire est sûrement Derek Gee, qui semble se diriger vers un rôle de second couteau, avec un duo Gall-Ayuso chargé de tirer l'équipe le plus haut possible.
Au sprint, Jordi Meeus rejoint une équipe autrefois principalement dédiée à Jonathan Milan. Pas de raison de changer cette hiérarchie, surtout que Ganna va intégrer le train de Milan et lui offrir un avantage certain. Ce recrutement nous semble plutôt logique. Avoir deux sprinteurs solides n'a rien de scandaleux.
Beaucoup comptent également Mads Pedersen, mais on a bien vu cette année, sur le Tour, qu'il était incapable de peser sur les sprints massifs. Cela n'a finalement rien d'incohérent. On peut imaginer un Meeus sur le Giro, un Milan sur le Tour et un Pedersen sur le Tour et la Vuelta.
Enfin, Filippo Ganna vient renforcer le pôle chrono, qui était déjà exceptionnellement costaud avec la présence de Mathias Vacek, Juan Ayuso, Jakob Söderqvist, Mads Pedersen, Matteo Sobrero, voire Derek Gee. L'Italien pourra également jouer un rôle de capitaine de route sur les Grands Tours et de leader de secours sur les classiques, aux côtés de Mads Pedersen, souvent isolé dans le final des Monuments pavés. Là encore, c'est un recrutement intelligent.
Finalement, avec un peu de recul, disposer de quatre leaders en montagne ne semble pas si fou, surtout qu'ils n'ont pas, sur le papier, à assumer le poids de la course. Gall comme Ayuso, s'ils sont équipiers sur le Tour, pourraient constituer deux belles cartes offensives.
Le recrutement 2027 est donc très costaud, mais pas si démesuré que cela. C'est plutôt le choix des profils qui peut poser question. Perdre Skjelmose dans ces conditions pourrait être regrettable pour Lidl-Trek.
Des leaders forts, mais pas d'alien
L'autre grande question, c'est que ces coureurs arrivent pour renforcer l'équipe en densité, mais vont-ils lui apporter de grandes victoires ? Felix Gall n'est pas un grand gagnant, tandis que Jordi Meeus ne figure pas parmi les cinq meilleurs sprinteurs du monde. Plutôt dans le top 10 ? Filippo Ganna est lui totalement dominé par Remco Evenepoel sur les contre-la-montre depuis trois ans, même s'il reste très largement le deuxième meilleur rouleur du monde.
Mais au sein de cet effectif, aucun coureur n'est le numéro un mondial dans sa spécialité.
Juan Ayuso rêve de le devenir, mais n'a pas progressé comme il l'espérait. L'avenir nous dira s'il parvient à inverser la tendance. Jonathan Milan a été plus décevant cette saison, ne remportant qu'une seule étape sur son Tour national, et se situe plutôt dans le top 3 mondial du sprint derrière Merlier ou même Kooij.
Et Ganna, comme on l'a dit, continuera de perdre tant qu'il tombera sur un Evenepoel de ce niveau.

Quant à Mads Pedersen, il a beau être monstrueux, il lui manque toujours quelque chose sur les Monuments face à Tadej Pogačar et Mathieu van der Poel. Étant du même âge que le Néerlandais, il risque fort de ne jamais parvenir à mettre la balle au fond. Sauf peut-être sur Milan-San Remo, qui reste sa meilleure chance, notamment si Pogačar n'est pas au départ.
Alors, à quoi joue Lidl-Trek ?
Recrutement désespéré ? Méthode UAE avec une multiplication des leaders ? Véritable projet sportif ?
Difficile de dire quelle direction prend Lidl-Trek, mais selon nous, le recrutement 2027 n'est pas si dénué de sens. L'effectif s'est considérablement renforcé en densité et les choix sont globalement cohérents, même si le départ de Ciccone reste un regret et que celui, éventuel, de Skjelmose serait encore plus discutable.
Le recrutement de Gregor Mühlberger, proche de Gall, et celui d'Igor Arrieta, proche d'Ayuso, montrent d'ailleurs que la formation allemande ne s'est pas contentée d'empiler les noms. Elle a aussi cherché à construire un environnement favorable à ses nouveaux leaders. Des choix plutôt intelligents.
Mais dans quel but ? Ne valait-il pas mieux concentrer les efforts sur un futur très grand leader, notamment en haute montagne ? Lidl-Trek possède bien un immense espoir avec Héctor Álvarez, mais son profil ne répond pas vraiment à cette problématique.
Nous ne sommes donc pas aussi pessimistes que certains concernant ce recrutement. Sur le papier, Lidl-Trek a peut-être construit l'un des effectifs les plus complets du peloton, capable de jouer les premiers rôles sur presque toutes les courses du calendrier. Mais pas forcément celui qui remportera les plus grandes épreuves. Car au fond, toute la question est là : la densité peut-elle compenser l'absence d'un véritable extraterrestre ? En 2027, la formation allemande pourrait bien nous apporter un premier élément de réponse.






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