Leo Bisiaux (Decathlon CMA CGMA) : "Les Grands Tours sont les courses où je veux m'exprimer"
- Titouan Lallemand

- 7 juin
- 5 min de lecture
Si on parle énormément de Paul Seixas, on en oublie parfois de souligner le talent indéniable de Léo Bisiaux, qui à seulement 21 ans, réalise une excellente saison 2026. Auteur d'une année 2025 déjà prometteuse en tant que néo pro, il poursuit sa progression et sera au départ, ce dimanche, du Tour Auvergne Rhones Alpes, le nouveau nom du Critérium du Dauphiné. Interview exclusive avec Léo Bisiaux.

L'interview a été réalisée ce samedi 6 juin 2026, à la veille du départ. Il sort d'une très belle 3e place sur la Mercantour Classic. Entretien.
Leo Bisiaux : « Les courses de trois semaines sont celles sur lesquelles j'ai envie de m'exprimer dans le futur »
Pour commencer, j'aimerais revenir sur ta première saison en tant que néo-professionnel. On a senti une montée en puissance tout au long de l'année, avec un pic en août, notamment sur la Clasica San Sebastian et le Tour de Burgos où tu termines 3e. Quel regard portes-tu sur cette première saison ?
Oui, c'est sûr que cela s'est très bien passé. Une montée en puissance exactement comme tu l'as dit. C'était une année de découverte et d'acquisition d'expérience sur toutes les courses. Forcément, plus la saison avançait, plus j'accumulais de l'expérience et plus je pouvais m'exprimer. Je pense que c'est pour cela qu'en fin de saison, j'ai réussi à être meilleur.
Cette 3e place sur le Tour de Burgos a été importante, car le plateau était relevé avec notamment plusieurs coureurs en préparation pour la Vuelta. Est-ce que cela représentait un cap franchi ?
Oui, exactement. C'était un peu une première étape franchie. Pas forcément un cap complet, mais un vrai signal. J'aurais aimé confirmer cela sur la Vuelta. Malheureusement, je suis tombé malade juste avant le départ, donc cela a compliqué les choses. J'espère pouvoir confirmer tout cela cette année.
Qu'as-tu appris sur ton premier Grand Tour ? Même si la maladie t'a empêché d'être à 100 %, tu as dû découvrir beaucoup de choses sur ta récupération et ta capacité à performer sur trois semaines.
Oui, je pense avoir appris énormément.
Je pense notamment avoir une bonne capacité de récupération. Après, c'est vrai que la maladie biaise un peu l'analyse. Mais ce qui est certain, c'est que les Grands Tours sont les courses que je préfère et celles sur lesquelles j'ai envie de m'exprimer dans le futur.
En 2026, tu retrouves quasiment le même programme sur la deuxième partie de saison avec San Sebastian, Burgos et la Vuelta. Tu arrives désormais en terrain connu. Les ambitions sont-elles revues à la hausse ?
Oui, forcément. J'ai déjà bien préparé ce Dauphiné ainsi que les Championnats de France qui suivront. Ensuite, j'aurai une petite période de repos avant de basculer pleinement sur la préparation de la Vuelta afin d'arriver dans les meilleures conditions possibles.
Peut-être que l'an dernier, j'étais arrivé un peu trop en forme sur San Sebastian et Burgos. Cette année, nous allons peut-être gérer cela différemment pour vraiment atteindre mon pic de forme sur la Vuelta et pouvoir m'y exprimer pleinement.
Tu penses donc que le problème venait peut-être davantage de la préparation que de la maladie ?
Honnêtement, c'est très difficile à dire.
Je suis tombé malade et nous n'avons donc jamais pu avoir de réponse claire. Mais nous avons tiré des enseignements de cette expérience et je pense que nous allons repartir sur une très bonne préparation pour cette Vuelta.
Tu fais partie de ces grimpeurs qui n'ont pas besoin de beaucoup courir pour être performants ?
Je pense que les grimpeurs n'ont effectivement pas besoin d'énormément de courses. Nous faisons déjà beaucoup d'efforts à l'entraînement. Il faut tout de même courir avant un objectif pour se situer, se tester et voir ce qu'il reste à ajuster. Mais non, nous n'avons pas besoin de disputer 90 jours de course pour être performants.
Pour l'instant, ta saison 2026 est très solide. Tu sembles avoir encore franchi un palier avec plusieurs podiums et une belle campagne ardennaise ponctuée notamment d'une 12e place sur Liège-Bastogne-Liège. Que ressens-tu lorsque tu te retrouves aux côtés des meilleurs coureurs du monde à seulement 21 ans ?
C'est exactement ce que j'espérais.
Les Ardennaises n'étaient pas forcément prévues au programme initial, mais j'ai vraiment apprécié cette campagne. Je pense avoir réalisé des performances solides. Maintenant, je suis totalement concentré sur le Dauphiné, les Championnats de France puis la Vuelta, qui sera un objectif majeur pour moi.
Avant de parler du Dauphiné, j'aimerais revenir sur la Mercan'Tour Classic. Tu attaques à une douzaine de kilomètres du sommet et tu es repris dans les derniers kilomètres. As-tu des regrets ?
Oui, je pense être parti un peu trop tôt.
Mais maintenant, il est trop tard pour revenir dessus. C'est aussi en commettant ce genre de petites erreurs que l'on apprend.

Au moins, cela confirme que les jambes sont là.
Oui, je pense que les jambes sont bonnes.
Honnêtement, ce n'étaient pas mes meilleures sensations ce jour-là. En redescendant d'un stage en altitude, il faut toujours un peu de temps pour retrouver les bonnes sensations. Mais lors des deux derniers jours, c'était déjà beaucoup mieux. J'imagine que pour le départ du Dauphiné, je serai à 100 %.
Le Dauphiné débute avec une étape particulièrement difficile. On doit imaginer un grand numéro de l'équipe pour propulser Paul Seixas dans le Col de Rousset ?
Je l'espère. L'étape est très difficile et la concurrence est extrêmement relevée. Il faudra rester humble. Mais oui, nous espérons réussir un bon départ sur ce Dauphiné. Entrer dans une course par étapes avec le bon état d'esprit est toujours important. Toute l'équipe est motivée et en très bonne condition.
Quel sera précisément ton rôle sur ce Dauphiné ?
Mon rôle sera d'accompagner Paul le plus longtemps possible. L'objectif collectif est d'obtenir le meilleur classement général possible avec lui.
Et sur le plan personnel ?
Pour l'instant, l'objectif est avant tout d'aider Paul. Si des opportunités se présentent, je les saisirai comme j'ai pu le faire sur Liège. Mais aujourd'hui, toute l'attention est tournée vers le collectif.
Si l'on compare cela à un train de sprint, tu serais à quel étage de la fusée ?
Honnêtement, c'est impossible à prévoir.
Il peut se passer tellement de choses durant une course. Nous serons tous autour de Paul. L'ordre dépendra du rythme de course, des stratégies des autres équipes et des circonstances du moment.
Tu commences chaque année assez tard à cause du cyclo-cross. Est-ce quelque chose que tu comptes poursuivre longtemps ?
L'année prochaine, des courses comme les Strade Bianche pourraient être un bel objectif.
Concernant le cyclo-cross, aucune décision n'a encore été prise. Nous allons attendre de voir comment se déroule ce mois de juin, puis surtout la Vuelta. Ensuite, nous prendrons une décision.
Il est possible de continuer, peut-être en arrêtant simplement un peu plus tôt la saison de cyclo-cross. Mais rien n'est décidé pour le moment.
Qu'est-ce que le cyclo-cross t'apporte concrètement ?
Déjà, beaucoup de plaisir. J'ai toujours aimé cette discipline et j'en ai toujours pratiqué. Mentalement, cela me fait du bien.
Sur le plan sportif, cela m'apporte surtout de l'explosivité. Je pense que cela m'aide également sur les classiques ardennaises.
Dernière question. On parle énormément de Paul Seixas. Est-ce parfois frustrant d'être un peu moins exposé médiatiquement malgré ton immense potentiel ?
Frustrant ? Non, pas du tout. Ce qu'il réalise est exceptionnel. Moi, je grandis et j'évolue à mon rythme. Je pense aussi avoir prouvé que j'avais ma place et que j'existais derrière. Je suis surtout très heureux pour Paul. Ce qu'il fait est incroyable.
Merci Léo pour ton temps et bon Dauphiné !




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