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Kévin Van Melsen (IWG Dévo) : « Redynamiser le cyclisme wallon »

Pour sa troisième saison au niveau World Tour, la formation Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux lance son équipe de développement, enregistrée comme Continental Team dès janvier 2023. A sa tête, le Belge Kévin Van Melsen a pour ambition de fournir de grands talents à l’équipe pro, mais pas seulement. Entretien.

Tout juste retraité, après 14 saisons dans le peloton professionnel, Kévin Van Melsen n’a pas tardé pour se reconvertir. Lorsqu’en juin dernier, les dirigeants d’Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux, son équipe de cœur, lui proposent le poste de directeur d’une équipe de développement en création, le Wallon n’a pas hésité longtemps. Pas le temps de profiter de ses derniers mois en tant que coureur, l’ancien équipier modèle s’est entouré et a sillonné les routes wallonnes pour bâtir une structure de A à Z. Pour Vélofuté, il explique la genèse du projet, les objectifs et le fonctionnement d’IWG development, enregistrée comme équipe Conti dès janvier 2023.


Vous n’avez pas traîné pour trouver une reconversion. Comment vivez-vous cette période un peu étrange ?

Effectivement, c’est bizarre. Mais c’est aussi la meilleure façon pour moi de tourner une grosse page de ma vie. J’ai commencé le vélo à 13 ans, j’ai tout fait pour réussir, donc je me voyais mal, du jour au lendemain, rester chez moi ou dans un bureau.


A quel moment tout s’est décidé ? Quand est-ce que le projet est né ?

L’équipe y pensait depuis un petit moment. En octobre 2021, quand j’ai signé ma dernière année de contrat, on avait déjà évoqué le projet d’une équipe dévo, et j’avais fait part de mon intérêt. Ils sont revenus vers moi début juin, avec un dossier validé par les sponsors et le staff. J’étais enchanté, pour moi c’est une véritable continuité de poursuivre dans l’équipe où j’ai fait toute ma carrière.


Quels sont les objectifs et les ambitions de l’équipe de développement ?

En termes de résultats, nous n’avons pas encore d’objectifs précis, car on démarre de 0. Mais ce qui a fait la force de notre équipe WT, c’est qu’on est parti de rien, on a grandi petit à petit, sans un sponsor qui est resté 2-3 ans en mettant 15 millions d’un coup. On va rester dans notre modèle, on voit sur le long terme en passant chaque pallier un par un. Notre objectif, c’est d’amener nos meilleurs coureurs de la dévo vers l’équipe WT dans les années à venir, sans passer par des stagiaires comme on le faisait. C’est l’objectif principal. Ensuite, on est une équipe wallonne, et on aimerait affirmer cette identité en recrutant des coureurs wallons. On va travailler avec des clubs, j’espère qu’on va pouvoir dénicher des grands coureurs wallons à l’avenir.


L’identité belge et même wallonne est vraiment importante pour vous ?

Nos sponsors sont wallons, moi aussi. Nous n’avons pas de quotas bien sûr, mais quand je pense au nombre de courses organisées dans la région quand j’étais jeune, et les moyens déployés… A l’époque, on était 20 à 30 par catégorie dans mon club, aujourd’hui le club ne compte à peine 70 licenciés. Ça m’attriste, j’espère que sur le long terme, on va attirer d’autres Wallons et redynamiser le cyclisme en Wallonie. Les gens que je connais me disent ‘on n’a pas de courses ici, on doit aller en Flandre pour courir’. Mais c’est déjà loin pour les familles, donc il faut vraiment redynamiser le cyclisme wallon.


Comment s’organise votre stratégie de scouting ? Avez-vous des scouts, ou faites-vous tout vous-même ?

Pour être honnête, au départ, j’ai dû me mettre à jour car j’avais un peu perdu le fil au niveau du repérage des jeunes. Je me suis penché sur toutes les courses, les résultats, les faits de course pour repérer les coureurs offensifs. Et je ne suis pas seul, Dimitri Claes m’aide aussi, car son frère roule en espoir donc il connaît pas mal de monde. J’ai pu discuter aussi avec de nombreux managers de jeunes. Je dois dire que l’équipe que nous avons constituée sera sûrement un peu jeune pour 2023, car le gros problème aujourd’hui, c’est que les jeunes veulent passer pro beaucoup plus vite.


Ils voient Evenepoel, Pogacar, et ils ne se rendent pas compte que le fossé entre le niveau junior et les pros. Celui entre junior et espoir est déjà grand, alors avec les pros… Mais certains ne voient pas ça et veulent passer en WT directement. Ce n’est pas notre vision. J’ai donc pris des coureurs plus jeunes, moins expérimentés, sur qui je ne veux pas mettre de pression sur eux. On va les faire progresser petit à petit et ne pas les dégouter du vélo. On aura un programme de courses assez attractif, mais il faudra faire attention à ne pas brûler les mecs. Dans ma propre carrière, je me suis toujours mis beaucoup de pression et je n’ai pas toujours bien géré cet aspect-là. Je n’ai pas envie les coureurs ressentent cette pression du monde pro.


Comment s’est passé la sélection des coureurs ?

J’ai fait ma propre liste de coureurs que j’ai pu voir, puis j’ai recoupé cette liste avec Dimitri Claes. On a aussi un groupe Whatsapp avec le management de l’équipe pro, les entraîneurs, et on a réfléchi à ça. On a reçu pas mal de candidatures, avec des tests physiques, on les a analysés et on a fait une première sélection. Ensuite, j’ai organisé des entretiens avec chacun des candidats, j’ai exposé ma vision, présenté la méthode, le matériel disponible. C’était important pour moi d’être pleinement impliqué dans la sélection.


Vous êtes-vous inspiré d’un modèle déjà existant pour construire votre équipe de développement, comme DSM, AG2R ou autre ?

On est parti de notre version, mais on doit dire que Aike Visbeek et Ioannis Tamouridis, de l’ancienne formation SEG Racing, nous ont rejoint. C’était une formation très réputée dans ce milieu, et ils amènent leur vision et leur expérience. Je ne suis pas seul, mais on ne s’est pas inspiré d’un modèle comme DSM qui dispose de plein de scouts. Pour le moment, nous n'avons pas le budget pour ça. C’est important de faire avec nos moyens, et d’avancer progressivement. Le but est de voir sur le long terme, et pas de tout miser sur 2-3 ans.


Quels profils de coureurs recherchez-vous ?

Le but est de pouvoir participer aux plus belles courses du calendrier, et pour ça il faut avoir un peu tous les profils. On a une équipe polyvalente avec deux sprinteurs, quelques puncheurs et un bon grimpeur avec Alexy Faure Prost notamment. On est bien équilibré avec de bonnes cartes à jouer et je suis certain qu’on est prêt pour faire de belles choses, se battre sur tous les terrains, même si l’effectif est jeune.


Personnellement, qu’est-ce qui ferait de 2023 une saison réussie ?

Je veux que de l’extérieur, on donne l’impression d’être une équipe compétitive. Je veux qu’on dise « l’équipe dévo d’Intermarché, elle est sur de bons rails, ça fonctionne ». Et ensuite que les coureurs se sentent bien dans l’équipe, et je veux vraiment les mettre dans les meilleures conditions. J’aimerais qu’ils me disent en fin d’année qu’on a respecté nos engagements vis-à-vis d’eux. Enfin, mais ce serait vraiment la cerise sur le gâteau, j’aimerais qu’on décroche au moins une victoire. Je pense qu’on a les cartes pour le faire, ce serait vraiment top. Et si on peut engager un coureur de la dévo dans le WT dès l’an prochain, ce serait formidable.


Dans votre équipe, quels sont les coureurs avec le plus de potentiel ?

C’est difficile de citer un nom. Mais notre Italien, Francesco Busatto, il est costaud. Il a fait plusieurs podiums sur le Giro, top 5 au Piccolo Lombardia, il s’est classé 7e avec les pros sur la Venetto Classic en octobre. Pour moi, il a déjà le potentiel pour franchir le pas. Il roulera dès cette année avec les pros en .2 et .1. C’est notre avantage de structure, il prendra rapidement du galon. Si je dois en citer un 2e, c’est le Néerlandais Roel Van Sintmaartensdijk, qui a fait 3e d’une étape du Tour de Tchéquie. Pour moi, ce sont les deux coureurs actuellement les plus proches du niveau pro.

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