Tour de France 2027 : "Je ne vois pas que 4 étapes au sprint, pas 7", dixit Tim Merlier.
Présenté ce jeudi au Palais des Congrès, à Paris, le Tour de France 2027 est marqué par une volonté -assumée - d’équilibrer les débats entre grimpeurs et rouleurs. Un choix plutôt plaisant tant il était réclamé ces dernières années, mais qui ne satisfait pas tout le monde évidemment, et notamment les sprinteurs. Tour d’horizon des principaux concernés.

La présentation du Tour de France ne serait pas le moment privilégié qu’elle demeure encore aujourd’hui, à l’heure du tout numérique qui ne préserve guère le suspense du tracé jusqu’au jour J, sans les habituelles ritournelles qui accompagnent la révélation du parcours, à chaque mois d’octobre. Il y a ceux qui s’en plaignent, ceux qui s’en émerveillent, les déçus, les ravis, les frustrés… A chaque année son lot de "favorisés", peu importe le tracé. Mais, en 2027, les organisateurs ont pourtant revu leur copie avec la volonté, claire et parfaitement assumée par Christian Prudhomme, d’offrir un parcours plus équilibré.
Le parcours du Tour de France 2027 n’est pas anti-Pogacar
"Jusqu’à ces toutes dernières années, les coureurs qui gagnaient du temps en montagne gagnaient du temps aussi dans les chronos, donc ça n'avait aucun intérêt de rallonger puisque c'étaient les mêmes, explique le directeur de la Grande Boucle. Là on a d'autres types de coureurs, comme dans les Tours d'antan, où Federico Bahamontes, l'Espagnol, prenait du temps en montagne sur Jacques Anquetil, le rouleur. On a un Remco Evenepoel qui gagne du temps systématiquement dans les chronos, mais qui va peut-être en perdre en montagne. L'idée est de rééquilibrer, pas simplement pour les organisateurs du Tour, mais pour tous les amoureux du vélo qui ont envie, quel que soit le vainqueur, qu'il y ait une bagarre la plus haletante possible jusqu'au bout". Une philosophie qui n’est effectivement pas sans ravir une bonne majorité de la planète cyclisme, qui réclamait un retour en grâce du contre-la-montre. En 2027, il y aura donc 71 kilomètres au programme (38km vers Chambord puis 33km autour de Toulouse), un total quasi trois fois supérieur à celui de l’an passé (26). Mais pas question d’y voir pour autant un parcours du Tour de France 2027 favorisant les adversaires du tenant du titre et co-recordman de victoire sur la Grande Boucle.
"Ce n'est pas Anti-Tadej Pogacar, assure Christian Prudhomme. Pogacar, vous lui mettez des pavés, il est devant. Vous lui mettez des chemins blancs, il est devant. On dit qu'il prend du temps en montée, c'est vrai, mais il en prend encore plus en descente. Donc de toute façon, s'il a un défi, il sera même encore plus fort. Mais oui, il y a une volonté de rééquilibrer, pas pour un coureur en particulier, mais pour un type de coureur, pour avoir le plus gros spectacle possible". Mais un Tour de France plus équilibré, c’est aussi un Tour de France moins montagneux, avec "seulement" trois arrivées au sommet, et donc moins favorable aux grimpeurs-puncheurs, à l’image d’Oscar Onley. Même si l’Ecossais de Netcompany INEOS refuse d’y voir une fatalité. "Il y a des opportunités partout, raconte le Britannique. Chaque coureur a ses points forts et ses points faibles. C’est une bonne chose de connaître le parcours dès maintenant, car cela permet de bien se préparer à ce qui nous attend. En juillet, il n’y aura pas d’excuses. Ce n’est pas comme si personne ne connaissait le parcours à ce moment-là. C’est donc un beau défi à relever ».
Des cols qui ne payent peut-être pas de mine mais qui sont terribles
D’autant que s’il est peut-être moins montagneux sur le papier, le tracé de cette 114e édition est loin d’être facile. C’est même tout le contraire. "Il y a des choses pour surprendre, prévient le directeur du Tour de France. En fait, il y a des pentes raides dès le début, avec l'étape du Pays de Galles, où j'ai vu une fierté incroyable à accueillir le Tour de France, le Cotentin, Plumelec et Cadoudal, le Signal d’Uchon, avec ses murs à 18% avant l'arrivée au Creusot, le Grand Colombier… Il y a dans ce Tour de France beaucoup d'ascensions très raides, parfois méconnues, mais en revanche des nouveaux géants et des cols qui ne payent peut-être pas de mine, qui n'ont peut-être pas une réputation formidable, mais qui sont terribles, à l’image du retour du col de Burdinkurutxeta dans le Pays Basque. Sans oublier le clin d’œil aux Mondiaux de Sallanches. Bref, il y a de quoi faire ». Et ça, les coureurs du classement général l’ont bien compris, même les purs grimpeurs. Encore plus un Ecossais comme Oscar Onley, qui partira à domicile. "J’espère vraiment pouvoir être au départ d’Ecosse, ce sera vraiment spécial, quelque chose dont je n’aurais même pas pu rêver, avoue le 4e de l’édition 2025. C’est une occasion unique dans une vie".

On n’ira pas jusque-là en ce qui concerne les sprinteurs mais, à la vue du tracé de cette Grande Boucle 2027, eux aussi seraient plutôt à ranger dans la catégorie des grands perdants. C’est en tout cas l’avis de celui qui est sans doute le meilleur sprinteur du monde depuis deux ans, Tim Merlier. "L'organisation dit qu’il y a 7 sprints, mais moi je pense plutôt qu’il y en aura 4 ou 5 maximum", regrette le Belge de la Soudal-Quick Step, qui devra une nouvelle fois faire le plein sur ses "rares" opportunités l’an prochain, comme il l’a si bien fait cette année (vainqueur à Bordeaux, Bergerac et Chalon-sur-Saône). Et, comme en 2025, cela débutera dès le premier jour, à Carlisle, avec une opportunité d’aller chercher le premier maillot jaune du Tour de France. "C’est un bel objectif, assume Merlier. C'est vraiment beau parce que ce n’est pas si fréquent que les sprinters puissent se disputer le maillot jaune". Son compatriote Jasper Philipsen y était parvenu à Lille, il y a deux ans, tout comme Alexander Kristoff, à Nice, en 2020. Mais avec Liverpool le lendemain, il y aura même peut-être deux opportunités en Grande-Bretagne. Un beau cadeau, avant de serrer la ceinture des sprinteurs. C’est aussi ça, le contrecoup d’un Tour plus équilibré et spectaculaire.






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