Valverde, Girmay, Granon ou Van der Poel : 2022, une année chargée en émotions

Le cyclisme, c’est avant tout un sport, une compétition dont l’objectif reste dans l’absolu de gagner. Pour autant, ce n’est pas toujours la victoire qui est la plus belle, mais les émotions que ce sport suscite, de la part du vainqueur ou, parfois, du perdant. Et, en cela, 2022 a été un très grand cru avec des moments qui nous ont marqués. Voici les plus belles émotions vécues par la rédaction de VéloFuté en 2022.


Romain : La victoire de Girmay sur la 10e étape du Giro


Parfois, les émotions viennent moins du scénario de course que de la symbolique de la victoire. Non pas que la course n’ait pas été passionnante, loin de là, avec des attaques qui se sont succédé dans le final, la lutte des sprinteurs pour essayer de passer les bosses, l’hommage à Scarponi en passant par sa ville natale… Mais c’est bien le sprint final entre Biniam Girmay et Mathieu Van der Poel qui m’a touché au plus profond de mon cœur.


Un sprint de fou furieux, tout en puissance, entre deux coureurs - particulièrement attachants – roue contre roue pendant près de 300 mètres, 50m devant toute concurrence, seuls dans leur monde. Van der Poel donnant tout, se déhanchant, avant de finir par se rasseoir et d’avoir ce geste, le plus grand geste de fairplay qu’il m’ait été donné de voir en cyclisme, en course : un pouce levé en direction du vainqueur, l’air de dire « bravo champion ». Rien que ça aurait pu me suffire. Mais ce serait oublier toute la portée de cette victoire. Ce jour-là, Girmay est rentré dans l’histoire en devenant le premier coureur noir et le premier coureur d’Afrique subsaharienne à s’imposer sur un Grand Tour. Quand l’histoire se mêle au sportif, au fair-play, aux symboles, il devient impossible de rester impassible.


Jean-Baptiste : La (presque) 6e Flèche de Valverde


Je ne l’ai jamais caché à qui que ce soit, que ce soit mes employeurs ou mes lecteurs : Alejandro Valverde est mon coureur favori, celui qui m’a fait aimer le cyclisme au début des années 2000. Autant vous dire que 2022 n’a pas été l’année la plus facile à vivre… Pourtant, c’est une défaite que je ressors. Non, je ne suis pas masochiste mais les émotions vécues lors de cette Flèche Wallonne restent pour moi uniques cette saison. Le contexte l’était aussi : voir Valverde lutter pour la victoire sur une épreuve prestigieuse, là où il est le recordman, pour sa dernière année, c’est tout ce que j’espérais. Et j’y ai cru. Tout semblait se passer comme à ses plus belles heures.


C’est lui qui a dicté le tempo dans le Mur de Huy, avant d'être le seul à pouvoir suivre l'attaque de Teuns puis de se décaler pour produire son effort à 150m, comme il l’a toujours fait…. Jusqu’à ce que ses jambes lui rappellent qu’il a 42 ans. J’avais beau être au travail ce jour-là, impossible d’être dans un état normal. Je l’avoue, j’étais dans un état second, mes mains en tremblaient et trembleront de longues minutes durant, conséquence du stress, du surplus d’émotions qui m’a traversé durant ces centaines de secondes. Le genre d’émotions qui vous fait aimer le cyclisme, même dans la défaite.


Quentin : Le Tour des Flandres et son suspense inouï


Je ne suis peut-être pas émotif au point d’avoir les mains qui tremblent mais sur le Tour des Flandres, oui, je me suis levé dans le final. Comment ne pas vibrer devant un tel combat de champions ? Sur plus de 50 kilomètres, Tadej Pogacar et Mathieu Van der Poel nous ont offert un mano-à-mano épique, la plus belle passe d’armes sur un Monument cette saison, et de loin. Voir le Néerlandais en souffrance dans la roue du Slovène dans le Paterberg, s’y accrocher comme si sa vie en dépendait, avec toute sa volonté et les ultimes parcelles d’énergie qui lui restaient alors, était déjà magique. Mais le final a encore sublimé ce duel.

Sous la flamme rouge, la victoire ne peut plus échapper au duo qui finit par trop se regarder. Sûr de sa force, Pogacar reste dans la roue de Van der Poel quand, soudain… Madouas et Van Baarle reviennent de l’arrière et les déposent en survitesse ! Pogacar est surpris mais pas Van der Poel qui résiste au terme d’un sprint dantesque pour s’offrir son 2e Ronde. Une course épique, un vainqueur mythique, un final de folie : oui, ça méritait bien que je me lève.


Laurent : L’étape du Granon


Aucune course cette année n’a été pour moi à la hauteur de la 11e étape du Tour de France. Tout y était réuni pour que cela soit un grand moment, avec cet enchainement Col du Galibier-Col du Granon, deux de mes cols préférés. J’attendais déjà avec impatience de voir ce dernier en course. Mais le scénario, complètement fou, a largement dépassé mes attentes et sublimé ce parcours de rêve. Comment ne pas s’extasier en voyant les favoris se faire la guerre à plus de 60 kilomètres de l’arrivée ? Depuis quand n’avait-on pas vu un tel harcèlement du maillot jaune dans l’avant-dernier col comme Roglic – héroïque malgré sa blessure - et Vingegaard l’ont fait subir à Pogacar ? Une dizaine d’attaques répétées, sans cesse, comme si l’arrivée était 200m plus loin…


C’est pour ce genre de course que l’on aime le cyclisme. Le genre de scénario à vous faire totalement perdre la tête et oublier où vous êtes. Quitte à particulièrement gêner vos voisins, surtout quand vous vivez la course en décalé, à 1h du matin (je vis à New York), comme c’était mon cas. On a pourtant longtemps pensé que tous ces efforts seraient vains tant Pogacar semblait le plus fort dans le Galibier. Je le pensais aussi d’ailleurs. Mais c’est justement ce qui rend sa défaillance si mémorable, si folle. On avait presque de la peine pour lui dans le Granon mais on a tout simplement oublié qu’il était humain. Un bien beau rappel.


Titouan : Les hommages à Nibali et Valverde sur la Vuelta


Plus qu'une étape, ce sont les adieux de la Vuelta aux légendes Vincenzo Nibali et Alejandro Valverde qui m’ont le plus ému cette saison. Il n’était déjà pas facile de se dire qu'on ne les verrait plus sur un vélo pendant une épreuve espagnole qu’ils ont tous deux marqué de leur empreinte. Cette 21e étape en a remis une couche avec ces hommages mille fois mérités. On pourra toujours me dire que ce sont les organisateurs qui ont demandé aux coureurs de la faire, que ce n’était pas spontané ou quoi que ce soit. Peu importe.


La haie d’honneur pour l’arrivée des deux hommes sur la ligne de départ, à Las Rozas de Madrid était sublime. Voir tout le peloton de la Vuelta applaudir ces deux champions … C’était juste magnifique. Un hommage trop rare. Comment voulez-vous ne pas avoir la larme à l’œil dans ce genre de moments ? Sans oublier le tour d’honneur de Valverde, lors du premier passage sur la ligne. Un véritable bain de foule pour saluer les adieux du Murcien. Même sans être fan de l’Espagnol, difficile de ne pas être ému. Alors quand on l’est…


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