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Team DSM-firmenich-PostNL 2024 : la fin d’un modèle

En chute libre depuis trois saisons, le Team DSM-firmenich-PostNL de Romain Bardet est contraint de revoir son modèle pour rester en World Tour. Les arrivées de Fabio Jakobsen et de Warren Barguil montrent que le salut des Néerlandais ne passera pas seulement par les jeunes.

Team DSM-firmenich-PostNL 2024 : la fin d’un modèle

Qu’il semble loin, le Tour de France 2020 pour le Team DSM-firmenich. A l’époque, le collectif néerlandais avait ébloui le monde entier avec les performances grandioses de Sören Kragh Andersen, double vainqueur d’étape, et de la révélation Marc Hirschi, vainqueur d’une étape et super-combatif. Avec son caractère offensif et la prime à la jeunesse, le Team Sunweb – nom de l’équipe jusque fin 2021 – consacrait son modèle tourné vers le développement des jeunes pousses grâce à un encadrement strict mais fructueux. En plus d’un Tour réussi, les hommes d’Iwan Spekenbrink terminaient la saison à une formidable 5e place au classement UCI, pour la première saison du cycle 2020-2022 qui comptait pour le système de promotion / relégation en division World Tour.


Mais ce constat était bien éphémère et il a dramatiquement évolué en à peine 3 saisons. De la 5e place en 2020, DSM a dégringolé violemment à la 21e en 2021 et à la 19e en 2022, pour se sauver de la relégation de justesse, aux dépens de Lotto-Soudal et Israel Premier Tech. Une chute longue et douloureuse que la 17e place acquise fin 2023, avec un matelas relativement confortable sur Arkéa-Samsic (presque 2 000 points d’avance), ne permet pas d’endiguer. Car au-delà de cette dégringolade sportive, c’est tout un modèle qui s’effrite, presque irrémédiablement.


Trois piliers fondamentaux


Ce modèle repose sur trois piliers fondamentaux : la primauté à la jeunesse grâce à un scouting pointu, un encadrement strict des programmes et de l’entraînement, et un investissement important dans l’innovation, notamment en termes de nutrition et de technologie. Sauf que deux de ces piliers vacillent. Le premier, qui repose sur le développement de jeunes pépites, est toujours d’actualité. Avec 24,2 ans de moyenne d’âge, les Néerlandais restent les plus jeunes du World Tour. Si l’âge ne constitue pas un problème en soi, c’est surtout la qualité des coureurs qui compte. DSM a toujours su dénicher des talents exceptionnels par le passé (Marc Hirschi, Thymen Arensman, Jai Hindley, pour ne citer qu’eux), grâce à un système de scouting réfléchi et efficace. « On se repose sur un département de scouts très connectés et présents à de nombreuses courses U19 de niveau régional et national. Depuis 2016, nous organisons des Talent Days : pendant 4 jours, nous invitons dans notre camp d’entraînement entre 10 et 15 jeunes coureurs que nous avons repérés pour apprendre à les connaître, faire des tests physiques et comprendre leur personnalité, mais aussi leur montrer comment en travaille », détaillait pour nous en 2019 Sebastian Deckert, alors entraîneur et directeur de l’équipe de développement, depuis parti chez Tudor Pro Cycling.


Malgré ce système innovant et pointu, la détection de jeunes talents fait face à plusieurs risques et enjeux, comme la concurrence ou encore des potentiels qui ne confirment pas. Si l’effectif actuel compte encore des coureurs très prometteurs, comme Oscar Onley, Casper Van Uden ou Max Poole, ils n’ont pas encore atteint le niveau suffisant pour tirer l’équipe comme l’ont fait Hirschi ou Hindley dès leur deuxième saison professionnelle. Et c’est certainement là que le bât blesse : l’incapacité d’Iwan Spekenbrink à garder ses talents. Car depuis quelques années, l’exode est massif : Lennard Kämna, Marc Hirschi, Felix Gall, Jai Hindley, Ilan Van Wilder, Michael Storer, Thymen Arensman, Nico Denz ou plus récemment Andreas Leknessund et Marius Mayrhofer ont quitté le navire depuis 2020, sans compter les Tom Dumoulin, Michael Matthews ou Tiesj Benoot. Couvés en Hollande, la plupart de ces coureurs donnaient la même explication pour justifier leur départ : le contrôle jugé trop strict de l’équipe sur de nombreux aspects. Un reproche sur le 2e pilier fondamental des noir et bleu, que certains coureurs apprécient et qui fait parfois la force du collectif.


Un changement de modèle semble inéluctable


« DSM a une structure très cadrée et en tant que jeune coureur, c’est quelque chose qui me plaît beaucoup. Être autant encadré, toujours avoir quelqu’un à qui poser ses questions, c’est très important », nous confiait Marco Brenner début 2023, en citant notamment les méthodes d’entraînement ou encore la nutrition. Mais le jeune Allemand a fait les frais des limites de ce système. En août dernier, il a été évincé du groupe pour la Vuelta, pour laquelle il s’est soigneusement préparé, car il n’avait pas communiqué au staff un changement de chaussure et de position sur le vélo. Un épisode qu’il confiait à nos confrères de l’Augsburger Allgemeine Zeitung et qui a conduit vraisemblablement à son départ.


Pour lutter contre cet exode massif et la critique des fondamentaux de sa structure, le Team DSM a entrepris certains changements, en recrutant des coureurs d’expérience pour encadrer la classe biberon et apporter de la stabilité et de la maturité au groupe. Outre Romain Bardet et John Degenkolb, Warren Barguil a rejoint cet hiver l’équipe qui l’a révélé. Surtout, les Néerlandais ont pris le pari de relancer Fabio Jakobsen, meilleur sprinteur du monde début 2022 mais très en-deçà en 2023. Un pari malin. Au-delà de ces recrutements, Iwan Spekenbrink, propriétaire à 100% de la structure qu’il a fondée en 2005, a annoncé jeudi dernier l’arrivée de PostNL comme co-sponsor titre. L’entreprise de livraison postale apporte une hausse de budget significative (bien que non communiquée) ainsi que de belles perspectives pour les trois prochaines années. Les Néerlandais restent ambitieux et s’accrocheront au World Tour, mais il semble qu’ils revoient légèrement leur modèle. A voir si cela portera ses fruits dès 2024.

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