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Tadej Pogacar, c'est quoi la suite ?

Dans un cyclisme moderne ultra spécialisé et calculé au millimètre, l’insouciance en course et la diversité du calendrier de Tadej Pogacar dénote du reste du peloton. Le Slovène est un glouton qui vise toutes les courses, sur tous les terrains, quitte à s’éparpiller un peu et à éventuellement le payer. Mais changer sa manière d’être et de courir serait plus une perte qu’autre chose. Pour lui comme pour nous.

Tadej Pogacar

Il sera intéressant en fin de saison de demander à Tadej Pogacar le bilan qu’il tire de sa saison 2023. Garde-t-il plutôt en tête son début de saison hallucinant, marqué par son sacre incroyable sur le Tour des Flandres, le doublé Amstel Gold Race-Flèche wallonne ou encore le gain de Paris-Nice et du Tour d’Andalousie ? Considéra-t-il comme de – relatifs - échecs ses performances sur Milan-San Remo (4e), les Mondiaux (3e) et, surtout, le Tour de France (2e) ? Sera-t-il frustré par sa blessure sur Liège qui a perturbé sa préparation pour la suite de la saison ? Lui seul le sait. Mais avec 16 succès, un Monument et trois épreuves World Tour, 2023 a encore été un grand cru pour le Slovène. Et, pourtant, impossible de ne pas souligner cette petite pointe de frustration sur les résultats de Pogacar.


Sa spécialisation, c'est sa polyvalence


Gagner tout le temps est évidemment impossible mais, si le Slovène n’avait pas réussi à gagner le Tour des Flandres – au terme d’une performance légendaire on le rappelle – pourrait-on juger son année comme ratée ? S’il a toujours été dans les meilleurs, si sa blessure a évidemment joué sur la suite de sa saison, le fait est qu’il n’a pas gagné Milan-San Remo qu’il visait, n’a pu courir Liège, a encore craqué face à Jonas Vingegaard sur le Tour de France et a dû "se contenter" du bronze aux Mondiaux. Qu’on soit clair : le bilan est exceptionnel. Mais Pogacar a pris l’habitude de banaliser l’exceptionnel, de normaliser l’extraordinaire. On attend toujours qu’il gagne partout, tout le temps, sur tous les terrains. Comme les géants du cyclisme qu’étaient Bernard Hinault ou Eddy Merckx. Mais c’est oublier que le cyclisme n’est plus le même.


Aujourd’hui, l’ultra spécialisation et la préparation au millimètre a pris le pas sur le naturel. Si Jonas Vingegaard vient de battre deux fois de suite Tadej Pogacar sur le Tour de France, alors que le Slovène a remporté l’immense majorité de leurs confrontations précédentes (5-3 en tout), c’est aussi parce que le Danois court "pour" le Tour et uniquement avec ça en tête. A tout viser, Pogacar ne se prépare exclusivement et spécifiquement à rien et cela le dessert sans doute sur certains objectifs. A Glasgow par exemple, il n’avait pas reconnu le parcours des Mondiaux. Est-ce que cela aurait changé la donne ? Rien n’est moins sûr. S’il avait préparé le Tour de France et que cela cette année, sans blessure, aurait-il battu Vingegaard ? Impossible de le savoir.


Un champion à l'instinct, qui court à l'émotion


Mais c’est aussi cette manière d’aborder le cyclisme qui en fait le champion qu’il est actuellement. Tadej Pogacar est tout ce que le public aime et supporte. Un champion déchu de sa couronne de juillet qui donne tout, se bat jusqu’à la dernière seconde, même avec l’énergie du désespoir, pour la reconquérir. Un champion du Tour qui n’hésite pas à s’exporter en terrain inconnu, comme les Flandriennes où les Armstrong, les Froome ou les Contador n’ont jamais posé une roue, même en voiture. Il serait faux de dire qu'il ne se spécialise comme les autres, mais plutôt qu'il a tendance à ne pas choisir de domaine. Il se spécialise dans tout et surtout dans sa polyvalence. Mais c’est aussi son caractère qui le pousse vers cette polyvalence. Les oreillettes ont pris le pas sur l’instinct des coureurs ? Lui écoute ses sensations avant toute chose. Il sent la course et agit en fonction de cela. Le tacticien, ce sont les sensations.


Il peut lui arriver de se réfréner, comme vers Cauterets sur le Tour de France, mais quand il veut attaquer, il attaque. Qu’importe que l’on soit loin de la ligne. Sur le GP E3 cette année, il est sorti à 73 km de l’arrivée, à 83km sur l’Amstel, à 36km sur la Jaen Paraiso ou encore à 49km du but sur les Strade 2022. Pogacar court à l’instinct, aux émotions et ce sont elles qui le poussent à se diversifier… parce qu’il est en mesure de se le permettre et de le réussir ! On ne l’a encore jamais vu prendre le départ d’une course « juste pour participer ». Quand il court, c’est pour gagner. Que ce soit un Grand Tour, un Monument ou une course de début de saison. A défaut d’être toujours vainqueur, le Slovène est toujours acteur. Et ses capacités hors-normes changent tout.


Petits ajustements, grands bénéfices ?


Pourquoi devrait-il arrêter de viser toutes ces courses alors qu’il est en capacité de les gagner ? Cela n’aurait aucun sens. Ce n’est pas parce qu’il s’est incliné deux ans de suite face à Jonas Vingegaard et les Jumbo-Visma qu’il n’est pas en mesure de les vaincre. Il est évident que Tadej Pogacar ne doit ni changer sa manière de courir, ni les objectifs qu’il se fixe, même s'il pourrait être tenté d'aller découvrir un jour le Tour d'Italie ou de retourner sur la Vuelta. "Je ne pense pas que je participerai à la Vuelta cette année mais j'ai vraiment envie d'y retourner à l'avenir, disait-il en juillet dans Marca. C'est pareil pour le Giro. Je ne suis pas pressé, mais en tant que cycliste c'est une course qui est importante dans le patrimoine cycliste et, naturellement, j'ai envie de la vivre".


Mais c'est surtout au niveau de la préparation qu’il pourrait éventuellement franchir un cap. Il pourrait par exemple alléger son calendrier en début de saison, en visant les courses d’un jour jusqu’aux Flandres avant de retrouver un parcours classique avec Romandie+ Dauphiné avant le Tour. De quoi lui permettre de viser classiques + Tour. Ou alors prendre plus de repos en mai et faire plus de stages en altitude, la nouvelle « technique » pour briller en montagne. Ou alterner année tournée vers les classiques et année tournée vers les Grands Tours… Mais la vérité c’est qu’il est très bien comme ça.


Du temps comme allié


Le Slovène n’a jamais autant couru avant le Tour de France qu’en 2021, lorsqu’il avait écrasé la concurrence. Il n’a pas tout gagné mais il n’a pour autant jamais été aussi dominateur sur les classiques que cette saison. Tadej Pogacar n’a pas besoin de changer pour viser les 5 Monuments et les 3 Grands Tours en carrière. Ils sont inscrits dans son ADN, y compris les deux Monuments qui lui manquent encore (Milan-SanRemo et Paris-Roubaix). Tout comme le Slovène est destiné à rapidement devenir champion du monde (Kigali en 2025 semble taillé pour lui). Il a juste besoin d’un peu plus de temps, qu’il n’a jamais vraiment gaspillé jusqu’ici. Et, à 24 ans, il lui en reste beaucoup. Et on ne va pas s’en plaindre.

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