Une Vuelta 2026 à quitte ou double pour Movistar : la pression sur Enric Mas
- jibduluc
- 18 août
- 5 min de lecture
Longtemps l'une des plus grosses équipes du peloton international, notamment au niveau World Tour, la Movistar n'est désormais plus que l'ombre d'elle-même, obligée de scorer au niveau continental comme continuer d'exister, dans tous les sens du terme. A moins que la formation de Navarre ne profite de la Vuelta 2026 pour retrouver de sa superbe. Il serait temps.

Le déclin de la Movistar est tellement évident, tellement avancé, que l'on aurait presque oublié qu'il ne s'arrête plus. Sur l'échelle de Picnic-PostNL, l'équipe espagnole reste une cador du peloton, certes, mais à la vue de son passé, encore récent, la situation est préoccupante. Surtout pour la dernière formation ibérique au niveau World Tour, dont le sponsor principal Telefonica Moviles cherche à se retirer, autant en raison de la crise que des performances sportives de l'équipe. Car depuis 2019, sa dernière grosse année en termes de résultats, la Movistar n'a cessé de s'enliser dans une crise sans fond.
Des leaders défaillants, trop peu de promesses...
Il y a sept ans, la formation espagnole remportait le Giro et passait tout près de remporter la Vuelta, en glissant trois coureurs dans le top 10 du Tour de France, remportant des étapes et le classement par équipes sur les trois Grands Tours. Figure de l'équipe, Alejandro Valverde trônait en tête du classement mondial UCI et la Movistar avait 21 succès au compteur. Des accomplissements alors presque normaux pour une équipe qui pouvait alors compter également sur Richard Carapaz, Nairo Quintana, Mikel Landa ou encore Marc Soler. Six ans plus tard, en 2025, la formation de Navarre n'atteignait même pas les 10 succès, malgré les 4 titres nationaux décrochés, avec deux petites victoires en World Tour, grâce à Javier Romo au Tour Down Under et Ivan Romeo au Critérium du Dauphiné. C'était le 10 juin 2025 et, depuis, la Movistar n'a plus gagné une seule fois en World Tour. Pire, elle n'a glissé aucun coureur dans le top 15 lors des cinq derniers Grand Tour ! C'est dire la décadence atteinte par l'équipe espagnole.

Alors, oui, la malchance d'Enric Mas, victime d'une thrombose veineuse (ou phlébite) à la jambe gauche sur le Tour de France l'an dernier, a fortement pénalisé la Movistar sur la période, tout comme les nombreuses chutes et maladies de l'autre leader, Cian Uijtdebroeks. Mais le fait même que les deux leaders de la Movistar soient aussi peu fiables physiquement en dit beaucoup sur le niveau actuel de l'équipe, qui doit espérer désormais des miracles sur courses ProSeries des Jon Barrenetxea, Natnael Tesfatsion ou Ivan Romeo, qui devait incarner la relève mais peine encore à assumer cette charge. Symbole de cette défaillance individuelle : seuls 3 coureurs de l'équipe (Tesfatsion, Uijtdebroeks et Romeo) figurent dans le top 100 de l'UCI Ranking, et aucun dans le top 60. Loin, très loin de son lustre d'antan donc et une situation qui inquiète à l'aube de cette Vuelta 2026.
La Vuelta, c'est LE Grand Tour de la Movistar
Comme dit plus haut, Telefónica, maison mère de Movistar, souhaiterait se désengager de son sponsoring cyclisme, alors que son contrat avec Abarca Sports court jusqu’en 2029 et représente environ 25 millions d’euros par an. L’entreprise chercherait soit à revendre son contrat, soit à faire entrer d’autres sponsors pour partager les coûts. Dans cette seconde optique, voir une Movistar aussi moribonde plombe fortement les espoirs d'une continuité. C'est en grande partie pour cela que cette 81e édition du Tour d'Espagne est si importante pour l'équipe espagnole. C'est sa survie qui se joue. Pas sa survie sportive, car sa place en World Tour n'est pas – encore – mise en danger, le cycle de 3 ans (2026-2028) venant seulement de débuter, mais sa survie en tant qu'équipe. Car si la Movistar venait à quitter le navire, qui viendrait mettre les sous dans une équipe aussi défaillante, dont les promesses d'avenir sont assez rares, à l'exception de Pavel Novak (3e du Baby Giro 2025) voire de Diego Pescador ? Heureusement, la Vuelta est l'épreuve parfaite pour un réveil de la Movistar.

C'est le Grand Tour qui correspond le mieux à la formation de Navarre, c'est son Grand Tour, celui qu'elle a gagné à 4 reprises, celui où elle avait toujours brillé au général entre 2017 et 2025, celui où elle a décroché son dernier podium sur trois semaines, avec la 3e place d'Enric Mas en 2024. Celui, surtout, où son leader majorquin a toujours brillé, finissant dans le top 10 à chaque participation sous les couleurs de la Movistar, briguant trois podiums (2e en 2021 et 2022). Alors bien sûr, le Mas de 2026 n'est pas celui de 2024, et encore moins de 2022. Mais il ne faut jamais enterrer le grimpeur espagnol, qui n'est jamais aussi fort sur les routes ibériques que lors qu'on ne l'attend pas. Vu sa saison et la présence de Tadej Pogacar, c'est peu dire qu'il sera loin de la victoire finale. Mais la Movistar n'attend pas cela de lui. Elle veut juste retrouver son leader et sa régularité.
La Vuelta 2026, l'heure de ressusciter pour la Movistar
Un constat qui vaut aussi pour Cian Uijtdebroeks, défaillant puis contraint à l'abandon sur le Tour de France en raison de la fièvre et qui rêve de renouer avec les espoirs que sa 8e place espagnole avait suscité en 2023. Deux leaders revanchards, symbole d'une Movistar qui devrait être sur tous les fronts sur les routes espagnoles. Cela aurait du être le dernier Grand Tour de Nairo Quintana, finalement laissé de côté au profit d'Orluis Aular, l'unique carte de la Movistar dans les sprints. Avec le Vénézuélien mais également Ivan Romeo, Raul Garcia Pierna ou encore Pablo Castrillo, glaner un succès sera presque la moindre des choses pour la Movistar, qui n'a plus gagné sur son Tour national depuis 2021. Une éternité.
Sur le papier, l'équipe alignée ne peut pas franchement être mieux. Avec Enric Mas, Iván Romeo, Pablo Castrillo, Cian Uijtdebroeks ou Raúl García Pierna, Movistar ne manque ni de talent, ni de raisons d'espérer. Enric Mas a semblé retrouver des jambes, d'abord sur la Klasikoa puis sur le Tour de Burgos. Une progression qui pourrait l'amener à son top pour le départ de son GT national.
Mais avec l'équipe espagnole, la réalité rattrape souvent les espoirs nés du papier. Peut-être que la Vuelta 2026 permettra cette Movistar de faire mentir les fantômes qui la poursuivent et éviter l'ombre planante d'un gros gâchis. Car il reste, au fond, quelque chose à sauver : une histoire, un maillot et une certaine idée du cyclisme espagnol. Et pourquoi pas une équipe à ressusciter. Il ne reste plus qu'à grimper, à attaquer, à y croire. Et peut-être, au bout des trois semaines, découvrir que les cendres de cette géant n'étaient pas froides. Elles attendaient simplement qu'un vent d'Espagne vienne, enfin, rallumer la flamme.




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