• Romain Bougourd

Bonus (1/2) : Julian Alaphilippe, le facteur X

Mis à jour : août 29

Cinquième du Tour 2019 après une épopée de 14 jours en jaune, le leader de la Deceuninck-Quickstep revient sur la Grande Boucle cet été, sans que l’on puisse connaître ses vraies ambitions.


C’est le véritable tube de l’été 2019, voire de l’année entière. A tout juste 28 ans, le puncheur de la formation belge Deceuninck-Quickstep sort d‘une saison absolument prodigieuse qui lui a permis de terminer à la deuxième place du classement mondial UCI. 12 victoires individuelles, dont un monument (Milan-San Remo), deux classiques mythiques (Stade Bianche et la Flèche Wallonne), six victoires d’étape sur des courses World Tour (Tirreno-Adriatico, Criterium du Dauphiné, Tour de France, Tour du Pays Basque) qui lançaient la meilleure saison de sa carrière jusqu’alors. Mais ce que retient avant tout le grand public, ce sont ces 14 jours dorés de juillet, pendant lesquels il a donné autant d’émotions aux Français que de mal à ses adversaires, qui attendaient, longtemps impuissants, sa défaillance. Celle-ci finit par arriver, lors de la 19e étape absolument dantesque entre Saint-Jean-de-Maurienne et Tignes, à deux jours de l’arrivée finale à Paris. Le natif de Saint-Amand-Montrond, dans le centre de la France, était à deux jours de réaliser la plus grande performance de sa carrière, et de remplacer Bernard Hinault au titre de dernier Français vainqueur du Tour.


Pourquoi lui :


Mais au vu des circonstances de cet authentique exploit, la frustration n’avait pas lieu d’être, et avec deux victoires d’étape et une 5e place finale, le puncheur avait réussi son Tour. Parce qu’il n’était pas là pour jouer le général mais bien pour empocher des victoires d’étapes, lui qui en compte déjà 4 en seulement 3 participations, plus un maillot à pois décroché en 2018. Mais porté par le sentiment de devoir honorer sa tunique dorée, il s’est transcendé et a surpris plus d’un observateur, allant même jusqu’à remporter le contre-la-montre de Pau.


Ces performances exceptionnelles et surprenantes posent la question de ses ambitions sur ce Tour de France 2020 : Julian Alaphilippe cherchera-t-il à faire mieux que l’an passé, avec un podium, ou se contentera-t-il de chasser les étapes comme en 2018 et, normalement, 2019 ? Toute la question se pose, et même si le Français déclare privilégier les étapes plutôt que le général, rien ne dit qu’il ne profitera pas d’une échappée victorieuse pour s’installer solidement dans le haut du classement. Pour toutes ces raisons, son classement final n’est pas pronosticable, mais impossible de ne pas parler de l'un des meilleurs cyclistes du peloton mondial.


Concernant sa forme actuelle, elle est bonne même si la reprise fut plus poussive qu'à l'accoutumée. Le coureur de la Deceuninck était en revanche un peu plus tranchant sur les championnats de France, mais ne paraissait pas encore au top. Un indice quant à ses réelles ambitions ?

"Le premier week-end sera important pour moi pour voir comment je me sens, et je déciderai ensuite comment je courrai les étapes suivantes." Julian Alaphilippe

Ses forces :


Elles sont innombrables et évoluent chaque année. Après s’être fait connaître sur les classiques ardennaises comme un puncheur explosif, avec une accélération et une giclette dévastatrices, Alaphilippe a développé ses qualités de rouleur et de grimpeur. Sa performance à Pau sur le Tour l’an passé est l’apogée de sa progression dans l’exercice, où il a décroché l'étape devant de nombreux spécialistes. Il devrait être au niveau lors de l’unique étape du genre à la Planche-des-Belles-Filles, la veille de l’arrivée à Paris.


Ses qualités de grimpeur se sont elles développées progressivement, et ont été entrevues pour la première fois en 2016, d'abord sur le Tour de Californie puis sur le Critérium du Dauphiné qu'il a conclu à la 6e place, juste derrière Alberto Contador et devant Adam Yates, entre autres. Ses performances sur le Tour 2018, avec de longues échappées en montagne, laissaient entrevoir de belles choses mais nous étions loin d'imaginer un tel numéro sur le Tour 2019. Malgré cette progression constante en montagne, c'est bien sur des arrivées explosives qu'il fait le plus souvent la différence.


Et justement, le début de Tour est idéal pour lui. C'est là qu'il devrait être le plus dangereux et cumuler des secondes de bonifications, si encore une fois il fait du général une priorité. Entre des arrivées au sommet, accidentées et des cols sous les 2000 mètres, mais avec des pourcentages conséquents, le puncheur de la Deceuninck-Quickstep sera à surveiller de près. Malgré son dernier exercice glorieux et le marquage qui va avec, Julien Alaphilippe sera un des protagonistes principaux du début de ce 107e millésime de la Grande Boucle.

Freins à sa réussite :


Car c’est par la suite que les choses vont se gâter pour le Français, qui ne dispose ni de qualités suffisantes en très haute montagne, ni d’une formation à la hauteur pour le porter vers les sommets alpins. On l’a vu l’an passé, s’il a très bien résisté aux offensives adverses dans les cols, Alaphilippe a fini par craquer dans deux cols particulièrement difficiles : l’Iseran (2750 mètres d’altitude, 13 km de montée à 7,3% de moyenne) et surtout la longue montée vers Val-Thorens (33,4 km à 5,4% de moyenne). La fatigue accumulée mais surtout la longueur de l’ascension ont eu raison de lui, finissant 26e à près de 3 minutes d'Alejandro Valverde, premier des favoris au sommet.


Il est donc probable que les montées du Grand Colombier (16e étape) et col de la Loze (17e étape), qu'il a d'ailleurs reconnues en juin dernier, le feront souffrir et perdre du temps sur les meilleurs grimpeurs. D’autant plus que sans Enric Mas, parti à la Movistar, le Français ne pourra compter que sur son grand ami luxembourgeois Bob Jungels et son fidèle lieutenant Dries Devenyns pour l’accompagner en montagne, si tant est que ces derniers tiennent le rythme imposé par les formations Ineos et Jumbo-Visma. Alaphilippe risque d’être rapidement esseulé et devra gérer ses efforts. Sauf si le général ne l’intéresse pas (ou plus).

En revanche, la formation belge a déjà montré à maintes reprises qu’elle maîtrisait l’art du coup de bordure. Cette année, les étapes menant à Sisteron et à l’Île de Ré devraient offrir de belles occasions à l’équipe de Patrick Lefevere de lâcher quelques favoris au général. Quoi qu’il ambitionne, Julian Alaphilippe dispose donc de nombreux atouts pour combler ses faiblesses, mais il nous semble tout de même trop juste en haute montagne, là où se font les plus gros écarts, pour viser le titre à Paris. Mais après tout, il a déjà su nous surprendre.


La dernière variable, qui n'est pas une faiblesse à proprement parlé mais bien un frein, c'est son nouveau statut sur le Tour. Un statut qu'il va falloir assumer et qui lui offrira moins de liberté car la méfiance des favoris de cette Grande Boucle sera bien plus importante que l'an dernier. Il faudra qu'il soit particulièrement costaud pour prendre les devants, ou qu'il soit très loin au général.


Derniers résultats importants :


2e Championnat de France

24e Critérium du Dauphiné

2e Milan San Remo

16e Paris-Nice 2020

5e Tour de France 2019


Romain & Titouan


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Par Romain & Titouan

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