Israël Premier-Tech, les raisons d’un échec

Après trois années mitigées et peu probantes au niveau World Tour, la formation Israël Premier-Tech est la grande perdante du système de relégation instauré par l’UCI en 2020. 20e équipe sur l’ensemble des trois dernières années, les Israéliens ont payé les frais d’un recrutement hors du temps et d’un réservoir national pas au niveau. Décryptage.

La relégation sonne comme un sérieux coup d’arrêt à l’ascension de la formation israélienne. Créée en 2015, elle doit en partie son existence au milliardaire israélo-canadien Sylvan Adams, véritable passionné et mécène du cyclisme israélien. A l’origine du Grand Départ du Giro depuis Israël en 2018, il avait dès 2013 l’ambition de développer le sport cycliste dans son pays. Du statut de Continentale (division amateure), Cycling Academy est devenue Israel Cycling Academy en 2017 en niveau Conti Pro. L’ascension est fulgurante, et les succès récoltés en 2019 (29 !) sont le signe d’une structure bien rodée. Elle obtient donc la licence pour intégrer la division World Tour new look dès 2020.


« Quand on voit qu’ils ont passé 3 ans en continental puis 2 ans en continental pro, j’ai senti le sérieux du projet. Ils m’ont assuré qu’ils voulaient passer en World Tour et qu’ils faisaient tout pour y arriver. J’ai été récompensé par mon choix en quelque sorte, car ils ont tout de suite obtenu la licence pour 2020 », nous racontait, début 2021, le sprinteur Hugo Hofstetter, membre du collectif ISN pendant 2 saisons. Effectivement, le passage en WT a permis aux Israéliens de recruter de véritables têtes d’affiche. André Greipel, Dan Martin, Dani Navarro en 2020, Chris Froome, Sep Vanmarcke, Michael Woods ou Daryl Impey en 2021 ou encore Jakob Fuglsang et Giacomo Nizzolo en 2022 sont des noms clinquants. Le problème, c’est que tous ces coureurs ont plus de 30 ans, voire 33, et qu’ils n’incarnent pas l’avenir. S’ils étaient censés porter le collectif et apporter leur expérience aux jeunes pousses de l’équipe, notamment les Israéliens issus de l’équipe de développement, les résultats ne furent que rarement au rendez-vous.


Un effectif de seniors


Tant et si bien que parmi tous les noms cités, seuls Michael Woods et Dan Martin peuvent être vus comme des satisfactions. Mais pas les autres. Et avec son recrutement de séniors, ISN a souvent été moquée par sa moyenne d’âge à contre-courant du cyclisme actuel, où la jeunesse frappe à la porte et se montre mature bien plus tôt que 20 ans auparavant. Arrivé avec le statut de quadruple vainqueur du Tour de France et avec un véritable pont d'or, Christopher Froome ressemblait à un beau recrutement. Mais après sa grave blessure survenue sur le Dauphiné 2019, le Kényan Blanc n'était que l'ombre de lui-même chez ISN, ne remportant pas le moindre succès et lâché dès le début de chaque col. Un échec cuisant.

La saison 2020 a surtout été très compliquée avec seulement 10 succès : l’apprentissage du WT et de ses contraintes, avec l’obligation de participer à toutes les épreuves WT du calendrier, ont pesé sur cet effectif pas suffisamment large. Le manque d'un sprinteur de haut vol a notamment cruellement manqué.


Mais le véritable chaînon manquant au projet reste ses racines mêmes : en investissant des millions dans une structure professionnelle pour développer le cyclisme israélien, Sylvan Adams a en quelques sortes mis la charrue avant les bœufs. Depuis 2015, 12 coureurs israéliens ont porté les couleurs de la formation bleue et blanche. Certes, c’est bien plus que le contingent professionnel existant avant la création de d’ISN (1 seul coureur israélien en 2014, ndlr), mais cela reste bien peu pour un projet boosté par une forme de national branding. La raison est peut-être simple : Israël n’est pas un pays de vélo. « Le week-end, on voit beaucoup de vététistes amateurs, mais les compétitions sont rares. Sur route, nous avons très peu de courses, sept à dix par an pour les amateurs. Ce n’est pas dans notre culture de fermer des routes pour faire du vélo, il faudrait payer la police israélienne et la fédération n’en a pas les moyens. Alors, les jeunes doivent quitter le pays pour courir. Certains vont en Belgique », confiait Guy Niv au Monde en 2018.


Un réservoir national infime et pas au niveau


Le constat le plus amer est sûrement celui des résultats : depuis 2015, les 12 coureurs israéliens ont compilé 15 victoires en 8 ans, mais seulement une seule au-delà des championnats d’Israël, avec une étape du Tour de Slovaquie en 2021 pour Itamar Einhorn… Pas suffisant pour avoir un impact médiatique et entraîner des générations de cyclites derrière eux. Guy Sagiv, Omer Goldstein et Guy Niv sont les plus grandes réussites nationales d’ISN, avec 11 participations aux GT. Un bilan honorable, mais bien pauvre en points UCI. Car c’est bien ça dont manque ISN en cette fin 2022. Avec plus de 2000 points de retard sur Arkea, 18e, les Israéliens sont loin du compte. Même le recrutement éthiquement discutable de Dylan Teuns en août dernier n’a pas changé la donne (pour boucler l’affaire, ISN avait payé une clause de libération à la Bahrain Victorious et dû se séparer de Guy Niv pour faire une place dans l’effectif, ndlr).


Même la création d’une équipe de développement, en 2020, n’a pas permis de suffisamment alimenter l’effectif en jeunes talentueux. Le réservoir national n’a pas pu porter un projet au départ bien structuré et avec des ressources impressionnantes. Le recrutement « clinquant » mais quelque peu dépassé n’a pas permis à ISN de se fixer au plus haut niveau, de quoi amener Sylvan Adams à jouer au mauvais perdant en menaçant l’UCI de créer un circuit parallèle... Pas sûr que cette menace soit mise à exécution, mais ISN va devoir changer de stratégie pour revenir au plus haut niveau, celui du World Tour, en 2026.

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