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Calendrier, One Cycling, Budget cap : comment le cyclisme et l'UCI veulent se réformer ?

Face à la flambée des coûts et la fragilité de son modèle, le cyclisme tente, par bien des voies et des initiatives, de se réformer. Si peu d’entre elles ont des chances d’aboutir, elles traduisent un certain besoin d’encadrement. Avant de croître sur de bonnes bases. Analyse.


Calendrier, One Cycling, Budget cap : comment le cyclisme veut-il se réformer ?

Le climat n’est pas le seul à se dérégler. Confronté à de nombreux défis, le cyclisme se dérègle. Outre la sécurité, on parlera ici de l’autre point clé de son dérèglement : son économie. Depuis plusieurs années, les équipes et les organisateurs font face à une envolée fulgurante des prix. Salaires des coureurs et du staff, prix du matériel, du carburant, des moyens de transport ou des hébergements : l’inflation est globale et menace un modèle fragile. Tandis que les organisateurs appellent à l’aide pour survivre, les équipes cherchent à diversifier leurs revenus pour minimiser le risque de retrait d’un sponsor majeur. De ce constat alarmant naît une volonté de réforme. Mais comment réformer le modèle d’un sport centenaire, au fonctionnement atypique et fragile ?


Les droits télévisuels du cyclisme au centre des débats


Le centre du débat, depuis plusieurs années et surtout quelques mois, ce sont les droits télévisuels. Contrairement au football, les équipes cyclistes ne bénéficient pas de cette source de revenus et aucune redistribution n’a lieu entre les organisateurs et les équipes. Une anomalie selon ces dernières. Problème, hormis les mastodontes de l’organisation (ASO, RCS, Flanders Classics) et quelques courses WT, la grande majorité des organisateurs payent pour être retransmis à la télévision et ne perçoivent pas de droits. D’après notre modèle théorique, une redistribution des droits TV des courses WT rapporterait 2,5 M€ par équipe, dans un monde utopique.


« Pensez-vous que c’est possible que les équipes reversent une partie de leurs revenus des sponsors aux organisateurs ? nous rétorquait Richard Plugge, le patron de Visma-Lease-a-Bike, à la question de la redistribution. Le problème, c’est que l’on essaye toujours de prendre quelque chose à quelqu’un d’autre plutôt que de travailler ensemble pour créer un meilleur revenu pour tout le monde », développait-il. Un postulat rempli de bon sens qui a servi de base au Néerlandais pour lancer en coulisses, fin 2023, un projet de réforme nommé One Cycling.


« Le problème, c’est que l’on essaye toujours de prendre quelque chose à quelqu’un d’autre plutôt que de travailler ensemble pour créer un meilleur revenu pour tout le monde » Richard Plugge

Soutenu par plusieurs acteurs du cyclisme (dont 8 équipes WT), il s’agirait, d’après Reuters, d’une ligue fermée, rassemblant 18 équipes ainsi que plusieurs organisateurs de courses. L’objectif serait de créer un circuit d’épreuves et de le vendre à des sponsors et chaînes de télévision. Le tout financé par SRJ Investments, société du Fonds public d’investissement d’Arabie Saoudite (PIF) à hauteur de 250 millions d’euros par an. Chaque acteur impliqué recevrait ensuite sa part des bénéfices. Mais il y a plusieurs hics. Le premier serait le PIF lui-même, qui fixerait des conditions jugées aberrantes par les opposants, notamment les patrons des équipes françaises. D’après L’Equipe, les Saoudiens exigeraient un retour sur investissement de 100 M€ dès la première année (qui induit que les équipes règlent la différence si ce montant n’est pas atteint), ainsi que la cession des droits à l’image des équipes et de leurs coureurs à court ou moyen terme.


One Cycling, un projet mort-né à cause d’ASO ?


Si L’Equipe avance que Flanders Classics est impliqué dans le projet, que Le Temps mentionne également RCS (Giro), une chose est sûre : ASO n’y est pas. Et c’est bien le plus grand frein : l’organisateur du Tour de France, principal centre d’attraction du cyclisme pour le grand public, a un pouvoir de vie ou de mort sur le moindre projet de réforme l’impactant. « Ce n’est pas notre projet, a évacué radicalement Christian Prudomme, directeur du Tour de France, au micro de Cyclism’Actu en février. Ça ne m’intéresse pas, et je ne suis pas convaincu que cela intéresse grand monde. La plus grande force du cyclisme, c’est que c’est un sport gratuit pour les gens au bord des routes », poursuivait-il en réponse à l’idée avancée par certains directeurs d’équipe, comme Ralph Denk (Bora-hansgrohe), de rendre payant l’accès à certaines zones de courses.


Peu probable, donc, que One Cycling voie le jour dans ces conditions. Pourtant, il bénéficiait d’une certaine approbation du côté de l’UCI. « J’y vois le prolongement des discussions que nous avons avec les équipes et les organisateurs, confiait David Lappartient, président de l’instance, à Direct Vélo en novembre. C’est un souhait des équipes d’être davantage acteur au niveau économique et de tirer davantage de dividendes de leur investissement. Ce qui ne semble pas être illogique ».


Réforme du calendrier et budget cap : l’UCI agit


Le Breton a bien d’autres idées pour générer des recettes, comme la commercialisation des classements UCI auprès d’un partenaire pour en assurer la promotion. Mais le sujet principal sur lequel planche l’instance internationale est autre : la réforme du calendrier. « A part ASO, RCS et Flanders Classics, aucun organisateur n’a la taille critique pour négocier des accords de manière individuelle, expliquait Lappartient, toujours à Direct Vélo. Rassemblons-les pour générer plus de revenus. Quand on saucissonne les droits, ça crée moins de valeur », avançait-il. L’idée, donc, serait de réorganiser le calendrier en blocs de courses dans la même région, pour à la fois réduire les déplacements des équipes, mais aussi générer plus d’audiences. « On voit bien avec les classiques flandriennes qu’on peut avoir des épreuves le mercredi, voire le vendredi avec l’E3 […]. Les coureurs sont là pour trois semaines et ne bougent pas. C’est bien pour tout le monde », poursuivait le Français. Ce dernier évoquait également le décalage de certaines courses (sortir la Vuelta de l’été pour éviter les chaleurs infernales), la réduction des longs transferts, et l’ajout de nouvelles courses, notamment en Amérique du Sud, lors des trous, comme au mois de février.


« Rassemblons les droits TV pour générer plus de revenus. Quand on saucissonne les droits, ça crée moins de valeur » David Lappartient

Si cette réforme du calendrier ressemble à un vrai casse-tête (notre tentative le prouve bien), elle semble être nécessaire pour poser les bases du nouveau cyclisme. Celles d’un cyclisme plus propre et plus attractif. Le nouveau triptyque jurasso-doubien, qui a rassemblé mi-avril trois classiques du vendredi au dimanche (Classic Grand Besançon Doubs, Tour du Jura puis Tour du Doubs), est un bon exemple. « Cela permet d'attirer des leaders comme Thibaut Pinot l'an dernier ou Guillaume Martin qui revient cette année, expliquait Fabien Vardanéga, codirecteur du Tour du Doubs, aux Echos. C'est aussi intéressant d'un point de vue écologique ». Il faut donc s’attendre à ce que ce type de blocs se multiplie à horizon 2026 et aide les organisateurs à générer plus de revenus.


Se réguler avant de croître


Quant au second projet de réforme mené par l’UCI, il vise davantage à encadrer le sport qu’à lui permettre d’augmenter ses revenus. A la suite du premier Conseil du Cyclisme Professionnel qui s’est tenu le 15 mars dernier, l’UCI a annoncé que « la mise en œuvre d’un système de plafonnement du budget des équipes (« budget cap ») a été approuvé ». Une décision qui devrait plaire à de nombreux managers d’équipes. « Je pense que je faisais partie des premiers à le dire », nous confiait Richard Plugge dans un entretien fin 2023. Ralph Denk, patron de la Bora-hansgrohe, avançait la même idée un an plus tôt, afin de « rendre les courses encore plus intéressantes et incertaines à suivre » grâce à une « meilleure équité sportive ». Cédric Vasseur (Cofidis) et Marc Madiot (Groupama-FDJ) ne disaient pas autre chose. Reste à savoir les conditions de ce budget cap, sur lequel un groupe de travail missionné par l’UCI devrait travailler rapidement : cela aura-t-il un impact immédiat sur les équipes aux plus gros budgets (on parle d’environ 50 M€ pour Ineos Grenadiers ou UAE Emirates Team notamment), ou cela repoussera-t-il simplement le problème de quelques années ?


Quoiqu’il en soit, ces différentes initiatives vont dans le même sens : réformer le cyclisme pour le rendre pérenne, plus équitable et plus encadré. Pas sûr néanmoins que cela suffise pour le rendre plus attractif économiquement, et que cela serve la volonté de diversification des revenus des équipes. Finalement, si le cyclisme se réforme, cela semble plus être pour sa survie que pour sa croissance…

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